
GOMORRA de matteo garrone
Un film signé par un auteur férocement italien
Se déroulant dans un contexte napolitain et typiquement mafieux, Gomorra d'emblée choisissait, dans sa volonté d'adapter son propos à l'écran, un cadre exemplaire. De ceux auxquels on échappe peu lorsque l'on veut donner du cachet à ses films. Or, loin d'être référentielle ou symbolique dans l'accessoire, cette localisation répond autant à une contrainte qu'à la volonté de son auteur. Tout d'abord, rien ne valait mieux que de se placer en plein dans les localités énoncées et visitées par le narrateur de l'ouvrage d'origine. Ainsi, à la lisière d'un documentaire qui réinvestirait les lieux, tout du moins leur proximité, Gomorra se donne d'emblée une véritable intention, celle d'une envie de naturalisme et vérisme. Au point que l'image à l'écran se pare à dessein des habits de la vérité et donne l'impression d'y être. Et pourtant, astreint à répondre à certaines contingences et à une obligation de sécurité, Gomorra a dû faire face à la réalité d'une Camorra en action et qui déteste qu'on l'évoque pour de sombres desseins.
Se plaçant dans la lignée d'un Francisco Rosi (Le Christ s'est arrêté à Eboli, Salvatore Giuliano, Lucky Luciano) pour le choix d'un tel arrière-plan et de lointains cousins comme Francis Ford Coppola si l'on songe aux épisodes siciliens de son film Le Parrain, Matteo Garrone reprend une culture proprement italienne, ici impossible à négliger. En effet, par instants, sa volonté de recréer le « vrai » par la fiction augure de l'impact rossellinien mais tout autant, s'inscrit-elle dans la perspective de films aussi marquants que L'affaire Mori de Pasquale Squittieri.
GOMORRA de matteo garrone
De même, Gomorra se situe par l'actualité de ce qu'il raconte dans une veine récente du cinéma italien, plus polémique et moderne que tout ce qui fut fait quelques années auparavant. Ainsi, pendant plus sobre et réaliste d'A Casa nostra, Matteo Garrone renoue avec les seventies et ne peut renier qu'aujourd'hui, son film se place politiquement entre Il Divo et Le Caïman, même si le ton et la manière de présenter et raconter diffèrent sensiblement. En effet, moins caricatural et défaillant que le film de Nanni Moretti et plus classique dans sa narration que celui de Paolo Sorrentino, Gomorra n'en reste pas moins l'un des parfaits exemples d'un cinéma transalpin revivifié et renaissant. Un cinéma à l'écoute de ses contemporains et prompt à dialoguer avec les anciens. Pour s'en convaincre autrement, il suffit de se remémorer deux films de Luchino Visconti, Rocco et ses frères et Le Guépard pour trouver dans la peinture qu'il fait, la marque d'une fidélité et d'une envie de montrer débarrassée de toute censure et plus intéressé que tout autre à l'esthétisme de ce qui est cadré.
[p1] [p2]
![]() | ||
GOMORRA : INTERVIEW DE MATTEO GARRONEA l’occasion de la sortie en salles de Gomorra, Grand Prix au dernier Fes... | ||
![]() | ||







GOMORRA : INTERVIEW DE MATTEO GARRONE



























