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CINE : GANGS OF NEW YORK

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Un grand film sombre qui tire sa violence non pas de son sang (pourtant abondant) mais surtout dans la démonstration étape par étape par Scorsese de la naissance de l'Amérique dans la rue, dans la violence, dans la corruption et dans l'intolérance.

Kevin Prin 9
Si l'année 2003 s'annonce déjà riche en événements majeurs (Matrix 2, Kill Bill,...), le premier d'entre eux n'aura pas mis longtemps à se faire attendre. Enfin, façon de parler puisqu'il a fallu en fait plus de 30 ans à Martin Scorsese pour livrer "sa" version de Gangs of New York. Constamment reporté (le tournage a pris fin en 2001) et ayant subi des coupes drastiques mais officiellement assumées et revendiquées par le réalisateur, cette fresque épique, ce film "bigger than life" possède toutes les caractéristiques pour être l'une des figures de proue du nouveau millénaire cinématographique : un cinéaste parmi les plus brillants s'attaquant à un sujet (New York) et des thèmes qu'il affectionne depuis toujours et disposant pour se faire d'un casting de rêve. Après deux heures cinquante de Cinéma, Scorsese a bien su en grande partie combler nos attentes les plus folles mais alors qu'il tenait le chef d'oeuvre espéré, la dernière partie grippe quelque peu les parfaits rouages de son épopée fleuve : Gangs of New York n'est donc qu'un grand film !

GANGS OF NEW YORK
Réalisateur : Martin Scorsese
Acteurs : Leonardo DiCaprio, Daniel Day Lewis, Cameron Diaz, Jim Broadbent, John C. Reilly, Henry Thomas, Brendan Gleeson, Liam Neeson
Durée : 2h50
Sortie : 8 janvier 2003


Le début du film est prodigieux et offre sans aucun doute l'un des plus grands moments de cinéma de récente mémoire. Appliquant à la lettre le slogan accrocheur de son affiche ("L'Amérique est née dans la rue"), Scorsese nous plonge au sein d'une communauté, les immigrés irlandais, s'apprêtant à entrer en guerre. Du fond de leur grotte, ces hommes, habillés tels des barbares et portant fièrement toutes armes ou ustensiles tranchants (on a alors forcement une pensée pour le 13ème guerrier de Mc Tiernan) , marchent d'un pas décidé vers la lumière, vers cette place enneigée où la bataille va prendre place. La caméra virevoltante de Scorsese bien aidé par un montage d'une précision diabolique et d'une musique inspirée et inspirante de Howard Shore magnifie chaque geste et chaque posture de ces fascinants préparatifs. Et tout le message que veut faire passer le cinéaste éclabousse alors l'écran en ces quelques minutes vertigineuses : l'Amérique est un pays qui s'est conquis par la force et où chaque habitant a du batailler ferme pour y vivre ou plutôt survivre. L'affrontement titanesque qui oppose ensuite ces irlandais aux natifs clôt de manière magistrale et impressionnante une mise en route parfaite.



Ainsi plongé dans cette fresque qui carbure au simple mais terriblement efficace drame shakespearien (le fils qui veut venger la mort de son père mais qui devient fasciné par le meurtrier, faisant figure de père spirituel), on se dit bien qu'on tient là une nouvelle Porte du Paradis. Effectivement, il est bien difficile de ne pas penser au film de Michael Cimino : même volonté de raconter une période peu glorieuse de l'Amérique où l'étranger, l'immigré appartenant aux minorités a du subir de plein fouet l'oppression des « américains » déjà installés (chez Scorsese, les natifs, chez Cimino, les grands propriétaires terriens), même ambition de mêler l'intimisme, « l'anecdotique » aux événements historiques et leur impitoyables conséquences, mêmes soucis dans la reconstitution (une méticulosité et une richesse dans les moindres détails qui laisse pantois d'admiration : Le New York de 1860 vit devant nos yeux fascinés) et même génie filmique qui culmine pour Scorsese dans un plan séquence époustouflant où l'on découvre ébahi l'implacable sort réservé aux émigrants : au moyen d'une caméra aérienne le cinéaste les suit fraîchement débarqués de leur navire pour être enrôlés par l'armée nordiste et embarqués à nouveau d'un autre vaisseau qui lui même décharge sa funeste cargaison, les cercueils des soldats (d'anciens immigrés ?) morts au combat.



Mais alors que le film de Cimino est un chef d'oeuvre maudit (qui figure toujours parmi les plus gros bides de l'histoire, et a eu comme triste conséquence de couler le studio qui le produisit), l'un des plus grands films que le cinéma américain ait enfanté, celui de Scorsese n'arrive pas à atteindre la même dimension lyrique, la même beauté fulgurante et le même souffle épique. Malgré une interprétation magistrale (si le couple vedette, Di Caprio - Diaz est épatant, c'est Daniel Day Lewis, en forme olympique, qui vole constamment la vedette, offrant une prestation largement oscarisable) et une maîtrise presque totale de son récit (l'histoire d'amour étant quelque peu sacrifiée), Scorsese ressasse avec bonheur deux heures durant toutes ses aspirations et convictions n'ayant de cesse de prolonger habilement le moment où le dénouement (tragique ?) va survenir. Fébrilement, on est prêt à exploser de bonheur cinéphilique, emportés par un maelström d'images forcement épiques et grandioses où la « petite histoire » s'entremêle avec la « Grande » (les émeutes mettant New York à feu et à sang). Malheureusement, l'extase, l'aboutissement logique d'une telle fresque n'est pas tout à fait au rendez-vous tout simplement parce qu'au lieu de se compléter et se nourrir l'un de l'autre, les deux récits se télescopent presque maladroitement, la vengeance d'Amsterdam (soit le moteur principal du récit, du moins celui qui le fait avancer scénaristiquement) devenant quasi anecdotique alors même que dans le même temps, les événements atroces se déroulant dans les rues new-yorkaises n'ont pas l'impact et la puissance émotionnelle espérés.



Alors forcement, à ce moment, on pense au premier montage, celui qui dépassait les 3h 30 et que Scorsese a soit disant accepté de son propre chef d'abandonner et on se prend à rêver aux scènes qui nous manquent et qui permettrait au film de prendre cette fameuse dimension mythique qui imprègne chaque plan et image de La porte du paradis.

Laurent Pécha



Une épopée lyrique époustouflante mettant en avant l'un des épisodes les plus sanglants de l'histoire des Etats-Unis.

En 1860, alors que la guerre de sécession gronde aux portes de New York, Five Points, l'un des quartiers les plus pauvres de la ville est dévoré par une violente guerre des gangs. Les natifs, américains de souche rejetant farouchement les immigrés irlandais, deux clans se font face et c'est lors d'une sanguinaire bataille que le père d'Amsterdam Vallon est tué par le redoutable Bill le Boucher. Après un exil forcé, Amsterdam revient 15 ans plus tard à Five Points bien décidé à venger la mort de son père.

Depuis presque 30 ans, depuis ce fameux jour où il est par hasard tombé sur une chronique écrite par Herbert J. Asbury en 1928 qui l'a captivée, Martin Scorsese planche sur ce projet, cette épopée dans laquelle on retrouve tous ces éléments fascinant le réalisateur et dont la force narrative, portée par ces précédentes expériences, prend ici une fascinante dimension. Se laissant emporter par le lyrisme épique de son sujet, il ne prend pas le temps de s'arrêter longuement sur chaque sujet, chaque objet, ne multiplie pas les plans séquences et s'engouffre dans une brutalité esthétique fulgurante qui happe littéralement le spectateur, soutenu dans cette aventure par le jeu étonnant des comédiens avec un Léonardo DiCaprio au regard toujours aussi lumineux, percutant et un Daniel Day Lewis tout simplement impressionnant, méconnaissable, incroyablement détestable.

S'appuyant parallèlement sur une trame très simple, la banale histoire d'une vengeance shakespearienne ou racinienne, à laquelle se mêle une douloureuse passion amoureuse, Scorsese relate l'un des épisodes les plus sanglants de l'histoire américaine, un épisode étrangement proche d'une violence actuelle. Même si le ton de Martin Scorsese n'est ni didactique, ni incisif, il ne cherche absolument pas à se positionner en donneur de leçon, on est forcément amené à se poser des questions sur la force politique et sociale d'une ville, d'un pays reposant sur un cosmopolitisme lié à de terribles faits historiques. Voir ces images nous oblige à réfléchir, mais inutile de rentrer plus avant dans un débat politique avancé, laissons chacun tirer sa propre conclusion.

Sophie Wittmer

  

 


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