Il est évident qu'avec une vie aussi dangereuse et consacrée à la destruction, un personnage tel que celui de Mesrine finira fatalement seul. Ce premier volet, maîtrisé de bout en bout, se fera témoin du criminel intime, celui moins connu du grand public car caché et confidentiel. Plein de faiblesses, de paradoxes, de failles irréparables, le personnage joué par Cassel croisera la route d'une pléiade de comédiens et de comédiennes qui s'accompliront uniquement en tant que faire-valoir du personnage. Car en sachant réellement qui il est, le spectateur pourra en deviner toutes subtilités par son rapport à l'autre : quand bien même l'ennemi est anonyme, les compagnons gravitant autour de lui sont tous à la hauteur de la grande gueule. Plus encore que Depardieu qui s'élève tel un mentor superbe et terrible, c'est sans aucun doute l'interprétation du canadien
Roy Dupuis (génial dans
Planète Hurlante et dans
les Invasions Barbares) qui resplendit à ses côtés. Dépassant le statut de simple ami à l'image d'un
Gilles Lellouche plus pertinent encore que dans
le Dernier Gang, Dupuis renvoie à Cassel un visage encore plus solidaire et plus humain. C'est sans compter sur la performance bouleversante de
Cécile de France en énième compagne du bandit Mesrine et qui sera sans doute la seule à l'accepter tel qu'il est. La relation qu'entretiendra l'icône avec les femmes est, du reste, plus que déroutante : que ce soit avec sa mère (ineffable
Myriam Boyer) qui, en l'espace de quelques mots, cerne avec justesse l'incarnation génitrice et castratrice ou encore la sublime
Elena Anaya en femme et mère des enfants du criminel qui devra supporter la dérive de son homme, le casting féminin s'ajoute au prestige et à la perfection de l'interprétation masculine. Un sans faute donc qui révèle un peu plus le talent de la France à fournir des oeuvres à l'évidente puissance et tout à fait capables d'égaler les meilleurs films d'un De Palma ou d'un Coppola.
MESRINE : L'INSTINCT DE MORT de jean-françois richet
Il ne s'agira cependant jamais de références flagrantes mais plutôt d'affiliation superbe puisque Richet, tout comme les modèles du genre, saura exploiter toute sa maîtrise et se poser comme seul et unique visionnaire de la bête. Lâchant sa patte experte, il offrira un film d'une violence rare, moins dans les actes -relativement sobres- que dans la fureur de son principal protagoniste dont chaque coup de sang équivaut à une maille qui se brise des autres et de lui. Épouvantable, fantasque, terrifiant, remarquable, subjuguant et affolant, Mesrine s'offre ainsi à l'image d'un film qui épouse totalement le romanesque qui s'échappe du personnage. Et point qui rassurera sans aucun doute les détracteurs de la première heure : si la crainte de revoir les jeunes délinquants se passionner pour le caractère et l'histoire exceptionnelle de Mesrine, à l'instar d'un Tony Montana, le criminel français saura se dévoiler aussi sous sa face la plus sombre ce qui en décontenancera plus d'un...
Mesrine : L'instinct de Mort est donc l'un de ses films rares en France, l'un de ceux qui retournent l'estomac tout en faisant rêver, qui sidèrent tout en éblouissant, qui passionnent tout en suscitant le dégoût : à n'en pas douter, ce volet est bel et bien un chef d'oeuvre.
Florent Kretz
Retrouvez la galerie photos page suivante...