Maître ultime de plusieurs générations de cinéphiles,
George A. Romero est surtout connu, comme chacun sait, pour ses films zombiesques qui firent sa gloire dès le début de sa filmographie. Pourtant, l'homme, qui semble se complaire dans le registre qu'il a lui-même initié, possède un autre versant de sa carrière qui est destinée à des films d'un tout autre registre mais qui s'affilie tout de même dans le cinéma de genre. Alors que le réalisateur culte sort un nouveau film consacré aux morts vivants, nous vous proposons de faire un retour rapide sur ses autres films, ceux dont les noms, malgré leur succès à l'époque, reviennent le moins souvent lorsque l'on évoque le cinéaste.

Bien sûr il serait difficile, voire honteux, de vouloir distancier le cinéaste de Pittsburgh d'oeuvres aussi mythiques que
la Nuit des morts vivants,
Zombie ou
le Jour des morts-vivants. Cependant, il est certain aussi que le réalisateur n'a pas uniquement excellé dans les films qui bâtirent sa réputation d'auteur à messages, titre qu'il tente maladroitement de faire disparaître derrière quelques derniers films peut-être moins inspirés qu'à une certaine époque il est vrai. Alors qu'il enchaîne les suites et les fausses suites de sa célèbre série depuis maintenant quelques années, il est temps de jeter pourtant un petit coup d'oeil derrière les pamphlets camouflés en séries B pour ressortir quelques titres incroyables, certains bons et encore aujourd'hui bouleversants, et d'autres beaucoup moins réussis mais épris d'une belle passion pour les histoires qui font peur. Aussi, peut-être devrions nous commencer notre tour d'horizon par le début de sa carrière en tant que réalisateur pour voir un peu ce qui poussera le pape à petit à petit abandonner toute envie de se relancer dans des projets où il est moins attendu. Il est sans doute peu utile de revenir sur la genèse George A. Maître tant cela est sans cesse rabattu mais aussi car, finalement, cela n'influera que très peu sur les films qui nous concernent aujourd'hui. Passés les films de jeunesse avec la super 8 de son oncle, écoulées les années à réaliser des spots télévisés avec sa boite de publicité et enfin, digéré le succès polémique, artistique et critique qu'il connut suite à l'aventure
Night of the living dead en 1968, le réalisateur déjà âgé de près de quatre décennies décide de se lancer dans une nouvelle carrière non plus de publiciste mais en tant que réalisateur de fiction avec toujours cette approche plus ou moins réaliste qui fit sa marque sur plusieurs de ses oeuvres.
En 1971, il se lance donc dans un second long métrage, maudit de surcroît, puisqu'il s'agit du célèbre mais invisible
There's always vanilla qui, malgré une réputation plus que houleuse entretenue par le réalisateur lui-même, marquera pourtant un certain tournant dans la vision que ce fait Maître dans la construction d'un film puisqu'il le considéra comme un échec. Bête noire du réalisateur puisque, selon lui, radicalement raté, le film, bien que, il est vrai, relativement mauvais, conte pourtant une histoire basée sur la réflexion sur soi qui finalement est plutôt bien vue et possède surtout l'avantage d'être emprunt d'une époque, cette histoire de remise en question d'un chanteur suite à sa rencontre avec une jeune femme véhiculant surtout les aspirations d'une partie de la société américaine des années 70. Une démarche intéressante quoi qu'à moitié réussie mais qui décidera définitivement le géant de Pittsburgh à se consacrer à une carrière oeuvrant dans le fantastique. Ainsi, suite à ce refus cuisant venant à la fois de l'entourage du réalisateur et surtout du marché qui ne projettera le film que dans un nombre officieux de salles durant quelques jours, Maître décide de revenir sur ce qui l'a fait débuter à savoir le fantastique. Cependant, il continue d'aspirer à se faufiler dans un système plus traditionnel. Aussi, se lance-t-il dans la réalisation du très bon
Season of the Witch, première partie d'un diptyque consacré à l'identification schizophrénique et dramatique qu'il clôturera quelques années plus tard avec le très touchant
Martin. Sortie en salle en avril 1973, Maître, qui a écrit le scénario, présente donc ce
Hungry Wives -titre de la sortie salle, ô combien plus évocateur- dans lequel il continue tout de même à exprimer ses visions sur la société qui l'entoure. La cible de celui-ci sera donc toute la clique des ménagères américaines aux vies sans saveurs qui s'éprennent soudain d'une passion pour la sorcellerie qui ne fera que les pousser vers l'irréversible. Une manière comme une autre d'offrir quelques pensées plus ou moins justes sur le statut de la femme qui s'émancipe, sur les couples et sur une société qui ne sait pas trop vers où elle va, sujet qui reviendra dans quasiment toute sa filmographie, comme si Romero s'était voulu témoin visionnaire d'une époque qu'il ne cesserait de vouloir sauver d'elle-même.