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michel serrault (24 Juin 1928 - 29 Juillet 2007)
Il fut refusé au conservatoire et fit ses armes au cabaret, avec le duo célèbre qu'il forma avec Jean Poiret. Ils allaient créer la Cage aux folles où Serrault laissait libre court à une fantaisie débridée et qui ne faiblit jamais. Il était un amuseur et savait l'assumer sans aucun complexe. Même si c'est plus tard qu'il trouverait une reconnaissance pour sa faculté à embrasser tous les genres, il tourna notamment avec Clouzot dans les Diaboliques. Serrault n'était pas homme à se laisser enfermer dans un emploi ou dans un registre.
Pendant longtemps, les années 60 et les années 70, il se consacre au théâtre, dans le registre comique et populaire pour lequel il est apprécié. Il compose des personnages réjouissant et hauts en couleurs comme le vieux affable et increvable du Viager de Pierre Tchernia. Avec l'adaptation cinématographique de la Cage aux folles en 1979,il connaît la reconnaissance pour ce rôle caricatural et assez touchant d'Albin et il sera l'un de ces rares acteurs à pouvoir s'enorgueillir d'avoir été récompensé d'un César pour une comédie, genre toujours un peu toisé.
Il participe aux plus belles réussites satiriques de Mocky et ses comédies anarchistes, comme le Miraculé, apparaît dans les merveilleuses oeuvres irrévérencieuses de Jean Yanne (tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, ainsi que dans deux heures moins le quart avant Jésus Christ où il campe un César très efféminé). Il a toujours l'art d'être juste en allant trop loin, avec une excentricité et un sens de l'outrance sans égal et sans limites.
Alors penser à lui pour des rôles sobres et retenus, très sérieux, n'était pas très évident. Il était reconnu pour sa démesure comique. Alors découvrir sa sobriété et sa justesse dans Garde à vue, le Docteur Petiot ou Mortelle Randonnée de Claude Miller a quelque chose d'estomaquant. Car on ne saute pas les obstacles avec autant de facilités, on a assez peu l'habitude de voir des comédiens purs, de véritables hommes orchestre, pour qui aucun registre n'est intouchable, surtout pour quelqu'un d'aussi marqué par la comédie pure que Serrault. Pourtant il allait donner cet exemple là, avec une conviction inégalée. Coluche peut-être, a seul franchi le pas avec autant de panache dans Tchao Pantin. Il y a quelque chose comme une transgression à échapper ainsi à ce qu'on attendait de vous, et convaincre d'une manière aussi brillante et irrésistible. Au final, on se souvient autant d'Albin le travesti que du père brisé de Mortelle Randonnée, du notable accusé d'avoir violé et tué deux petite filles dans Garde à vue de Claude Miller (qui lui a offert de beaux contre-emplois, ce qui lui valut ici son second César) ou de l'aristocratique Monsieur Arnaud de Claude Sautet (son troisième César).
C'est dans ce rôle qu'il est particulièrement impressionnant car il va totalement contre sa nature entre les mains de Sautet, qui trouvait là dans son dernier film, un bel alter ego,à l'égal de ce que fut Michel Piccoli pour lui. Serraut pourtant avait déjà prouvé qu'il savait être retenu et sobre, mais toujours dans des rôles d'hommes un peu en marges ou dans des situations extrêmes (le notable de Garde à vue, le docteur Petiot). Ici se lie un très bel amour platonique avec la jeune Nelly, un sentiment raffiné et précieux, un lien tout en suggestion avec Emmanuelle Béart, magnifique dans ce rôle. Tout se passe dans le silence, dans l'imperceptible et le non-dit, à mille lieues de cet acteur extraverti qui a marqué les esprits pendant toute une partie de sa carrière. Il était clair et établi que Serrault pouvait tout faire, se fondre dans tous les univers, tout en gardant une marque, une sensibilité et une vulnérabilité touchantes, une espièglerie discrète, même dans la gravité. Il était un acteur complet comme il s'en est rarement trouvé.
Il devient un monstre sacré, une référence absolue, sollicité par Mathieu Kassovitz pour Assassins par exemple. Il est capable d'embrasser tous les univers. Il est apparu ces dernièresannées dans de nombreuses grosses productions pas toujours très heureuses mais qui bénéficient de sa grande présence (Joyeux Noël, Belphégor, le Fantôme du Louvre, Beaumarchais l'insolent). Il est devenu emblématique et reconnaissable comme un monstre sacré à l'égal d'un Gabin. Ces dernières années, il a imposé un type de personnages, le vieux bourru qui se laisse attendrir, avec une incontestable réussite dans Les enfants du Marais ou l'Hirondelle a fait le printemps. On se souvient également du beau duo épicurien et réjouissant qu'il a formé avec Eddy Mitchell dans le Bonheur est dans le pré.
Avec Michel Serrault qui disparaît, ce sont de tous ses rôles dont on se souvient, qu'ils nous aient émus ou réjouis, ce spectre d'émotions incroyablement larges qu'il a exprimé avec tant de générosité. Un visage qui compte dans l'histoire du cinéma français vient de s'effacer. On a jamais pu trouver ses limites d'acteurs, il ne s'est jamais cantonné à un type bien confortable, à devenir « Michel Serrault ». Il n'a cessé de surprendre et de prendre à contrepied, dans un cinéma volontiers réducteur, qui vous limite à ce que vous savez faire. Il était l'un des rares à ne pas avoir cédé à cette facilité là. C'était un cas assez unique et son audace, sa liberté de jeu manqueront beaucoup au cinema français.
RESULTATS AVEC UN TITRE APPROCHANT















