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INTERVIEW : LAURENT ACHARD (LE DERNIER DES FOUS)

    Pour vous donner une idée du Dernier des fous, ça commence comme un film franco-français auteurisant, ça étreint subrepticement dans son malaise asphyxiant et ça se termine comme du Mario Bava. Entre tout ce laps de temps suspendu, des personnages rongés par la haine et la médiocrité ont le temps d'évoluer, de souffrir, de se fondre, de se perdre dans un été meurtrier où, non, plus rien ne sera comme avant. Laurent Achard ose, alors osons avec lui : il est coupable d'un beau crime français.

le dernier des fous


Le film est empreint d'une forte tonalité fantastique : la mère que l'on ne voit pas pendant un long moment comme un monstre dans un film d'horreur, le visage impassible de l'enfant, les animaux retrouvés morts, la nature même du récit qui s'apparente à une ghost story où tous les personnages sont prisonniers du lieu dans lequel ils vivent. Qu'est-ce qui vous intéresse dans ce genre ?
J'injecte du fantastique dans tous mes films depuis mon premier court-métrage. Le cinéma est un art réaliste. Pour échapper au réalisme, il faut tendre vers l'abstraction, et quand on tend vers l'abstraction, on s'approche nécessairement du fantastique. On peut créer une ambiance simplement par le cadrage et les partis pris de mise en scène. Lorsque le garçon va voir son frère draguer des mecs dans la forêt, il arrive devant une cabane et la caméra reste sur le visage de l'enfant pour ne pas montrer ce qu'il aperçoit. On ne voit pas le contre-champ, ainsi, chacun peut imaginer ce qu'il veut. On a l'impression qu'il voit son frère hors de la cabane. En fait, j'ai mis un collant sur la tête d'un homme. On échappe à la scène de drague homo dans les bois dont je n'ai rien à faire. Puis, soudainement, ça décolle : on entre dans la tête du gamin et on se demande ce qui va se passer. C'est comme lorsqu'on dit aux enfants qu'il y a un monstre dans le placard. Mais j'ai toujours eu un rapport très fort au fantastique. Hier, j'ai revu trois films de Carpenter.

Lesquels ?
Christine, Le prince des ténèbres et The Thing. Je peux aimer n'importe quel film terrifiant. L'éventail est vaste : ça peut aller d'Argento à Tourneur en passant par Hitchcock.

le dernier des fous


Est-ce pour cette raison que le dénouement du film évoque La Baie Sanglante, de Mario Bava ?
Les gens ne me croient pas quand je leur affirme ça. J'ai le câble et je passe mes nuits à regarder des films de genre. Le mois dernier, ils ont passé de nombreux Mario Bava. Le visage de la peur, avec Michèle Mercier, par exemple, c'est grandiose. Actuellement, passent les Jess Franco : ces artistes-là ont fait des centaines d'oeuvres en passant par la série Z. A chaque fois, je regarde leurs films, fasciné. Ils réalisaient des films avec peu de moyens avec à chaque fois un point de vue de cinéaste. Mario Bava a fait le pire comme le meilleur mais quand on voit sa manière de filmer et la façon dont il abuse de zooms, je trouve ça très audacieux. Hier, j'ai également revu les deux versions de Massacre à la tronçonneuse. Je peux autant aimer Tobe Hooper que Jacques Rozier ou Maurice Pialat.

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