"Grâce au soutien du British Film Institute, Greenaway a édifié une fable non exempte d'humour qui tord le cou à l'esprit trop sérieux de la rigueur documentaire ainsi qu'un pur objet de zozo cinéphile."
Voici donc venu le temps de parler de ce curieux premier long de Peter Greenaway qui est encore plus «curieux» et «autre» que tous les métrages suivants de Greenaway. Celui-ci plus que les autres récuse les boussoles, témoigne déjà d'une vraie ambition artistique préfigurant le choc pupillaire de Pillow's Book et surtout nous ramène à une case expérimentale, à une certaine époque où nos grands cinéastes actuels n'avaient pas peur de méchamment déconcerter leur public (cf. les premiers films expérimentaux de David Cronenberg). Dès ce premier essai, on comprend que Greenaway ne réalisera pas des oeuvres consensuelles mais plutôt radicales, picturales et libres où une poésie absconse émane d'un flot d'images a priori sans émotion. Où Greenaway agit comme peintre théorique avant de philosopher sur la vie. C'est la qualité de The Falls dont le synopsis obscur a de quoi rebuter. Et pourtant, l'expérience pour peu qu'on s'en donne la peine marque autant qu'un Prospero's Book et sans doute plus que les «académiques» Ventre de l'architecte (trop Greenawayien pour être impoli) et Huit femmes et demie (trop Fellinien pour ne pas être référentiel), deux de ses moins bons longs qui contiennent malgré tout plus de cinéma que la majorité des daubes qu'on se tape actuellement.
The Falls est donc pour parler pompeux «un bouleversement de rétine» dans lequel pendant près de deux heures l'oeil ne sait où donner et où le bon confort du spectateur en prend pour son grade. Pour parler vrai, c'est un «Violent Unknown Event», le mot-clé de ce brouhaha visuel dont l'acronyme donne «Vue» (comme le sens en Français). Ce terme fait référence à John Cage dont Greenaway est un admirateur absolu et à un enregistrement sur un vieux vynile craquelant d'Indeterminacy dans lequel l'artiste avait regroupé des récits étranges allant du lapidaire au loquace, devant impérativement être lus en moins de soixante secondes (ce qui fait court lorsque les phrases sont nombreuses, long lorsqu'elles ne le sont pas). Ce jeu sur la temporalité où le son se perd dans l'espace a servi d'inspiration à l'ami Greenaway qui dans tous ses films à partir de The Falls a fait jouer la numérologie. Sans doute, il s'agit d'un repère pour lui afin de coller à la logique, au rationnel, au fin fond de ses grands bains de folie absurde, transgressive et/ou macabre. Voire plus simplement d'envoyer paître toutes les contraintes dramaturgiques des bons élèves premiers de la classe. Greenaway n'est pas un premier industrieux, juste un rêveur autiste perdu dans la masse, trop secret pour devenir chef de file.
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