
SERAPHINE
Un film de Martin Provost
Avec Yolande Moreau, Ulrich Tukur, Anne Bennent, Geneviève Mnich, Nico Rogner, Adélaïde Leroux
Durée : 2h05
Date de sortie : 1er octobre 2008

SERAPHINE de martin provost
Le film est l'histoire d'une rencontre, celle d'un homme cultivé en avance sur son temps à l'affût des signes précurseurs d'un nouvel art de peindre et d'une femme laminée par le travail quotidien et la misère, qui pourtant chaque nuit, portée par une inspiration qu'elle certifie de mariale, consacre son temps à la mise à plat de ses visions naïves. Plantes et fleurs trouvent sous ses pinceaux une nouvelle existence, un nouvel agencement, une esthétique inédite. Ce n'est pas tant l'époque qui intéresse le cinéaste ici, l'évocation de la période d'avant-guerre et le conflit lui-même sont à peine esquissés, mais la mise en relation de deux points de vue. Celui du collectionneur qui voit dans ces toiles un langage, une originalité, une vision du monde et celui de la femme-peintre qui, loin des conflits et des querelles du monde artistique, trouve dans l'acte de peindre une libération, une exaltation, une sorte de satisfaction personnelle face à la dureté d'une vie difficile.
Sous les moqueries, les quolibets et les regards accusateurs, Séraphine s'est construit un univers à elle, qui la protège et l'isole de ses contemporains. Seul le collectionneur, attiré, intrigué, sera autorisé à pénétrer son monde. Dans le dénuement le plus total, elle se fraye un chemin douloureux sur les voies de l'art jusqu'au jour où la reconnaissance viendra bousculer ses repères. Une trop brève période d'épanouissement à la fin des années vingt avant la chute fatale vers le renfermement et la folie. Le film est aussi le portrait du collectionneur, un homme qui vit une relation ambiguë avec sa soeur et semble dévouer sa vie à l'art des autres. Un homme qui prend sur lui et qui sait combien son rôle est précaire mais vital vis-à-vis de l'Histoire de l'art. Un homme seul malgré ceux qui l'entourent.

SERAPHINE de martin provost
La chronique artistique au cinéma connaît quelques chefs d'oeuvre tels que Camille Claudel de Bruno Nuytten, Van Gogh de Maurice Pialat ou encore Basquiat de Julian Schnabel, et Séraphine s'inscrit dans cette mouvance où l'on découvre en profondeur les affres de la création. Pourtant, le film souffre du relatif anonymat de son artiste, la femme n'ayant laissé que peu de toiles à la postérité et surtout ayant été éclipsée par des noms plus illustres de cette période. La performance de Yolande Moreau n'est pas à mettre en cause, ni celle par ailleurs d'Ulrich Tukur, mais le film peine parfois à capter l'attention du spectateur à cause d'une trop grande distance avec le sujet. Si la personnalité de la femme-peintre est exceptionnelle, cette exception est minimisée par une mise en scène trop froide, presque factuelle. La fin malheureuse de cette pénitente de l'art apparaît très tôt inévitable mais l'on ne souffre à aucun moment à ses côtés.
David A.
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