LA VIE EST BELLE, DE FRANK CAPRA : LES GRANDS CLASSIQUES
Tout sur LA VIE EST BELLE - Photos - Le 2009-01-05 00:13:48LA VIE EST BELLE de frank capra
Le film se place d'emblée dans une tradition surnaturelle et merveilleuse. Des anges (sous forme d'étoiles brillantes dans un ciel nocturne) discutent entre eux du sort d'un certain Georges Bailey. Ce dernier est au désespoir et va se suicider un soir de Noël. Le tableau est déjà bien noir pour poser les fondements d'un beau conte. Une bonne partie du film va consister en un simple postulat: connaître cet homme et comprendre ce qui l'a conduit à ce geste. Son ange gardien Clarence pourra alors intervenir pour tenter de le sauver et gagner ainsi ses ailes.
On va donc suivre les grands moments de la vie de Bailey depuis l'enfance, lorsqu'il sauve son petit frère de la noyade dans un lac gelé. Il avertit plus tard le pharmacien qui l'emploie qu'il allait commettre une erreur funeste. Il rencontre enfin celle qui sera la femme de sa vie. Il y a également un autre aspect. On voit ce héros assumer ses responsabilités et renoncer à ses vieux rêves de voyages pour reprendre l'entreprise familiale de prêts et construction. Il a une approche humaine de sa profession. Il veut permettre aux gens de posséder leur maison. Il s'élève contre le vieux Potter, entrepreneur sans scrupules qui règne sur la ville. Ce dernier ne pense qu'à s'enrichir sur le dos des honnêtes gens. Bailey est une sorte de bienfaiteur, une figure classique de Robin des bois ou d'humble David contre un affreux Goliath. Un homme si irréprochable ne saurait être l'objet de tourments suicidaires.
LA VIE EST BELLE de frank capra
La trouvaille de Capra est de lui infliger cette souffrance morale. Alors que Bailey vit une large partie du film dans un bonheur sans nuages, son oncle, qui a égaré 8000 dollars, va le plonger dans la détresse. Ainsi, l'homme exemplaire, si heureux et bienveillant qu'il en devenait presque agaçant, en est réduit à la dernière extrémité. Il s'humilie devant son ennemi juré Potter pour ne pas voir l'oeuvre de sa vie détruite. Mais trahissant ainsi tous ses principes, il perd l'envie de vivre et se dit que le monde se porterait bien mieux sans lui. C'est là que la dimension merveilleuse, qui était le prologue du film prend tout son sens. Le récit conventionnel d'une success story légère, change de nature. C'est ce qui fait la grandeur de ce film, avoir poussé le cliché du bonheur à bout et pendant longtemps, l'avoir détaillé même au point qu'on y voyait le coeur de l'histoire. Tout est bouleversé dans la dernière demi-heure. Capra revient habilement sur les certitudes que le spectateur croyait acquises. La lumière radieuse devient nuit noire, la réalité devient autre, le désespoir s'invite dans un monde d'où il semblait exclu. L'insouciance est brisée d'une façon assez radicale.
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