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DIAMANT 13 : INTERVIEW DE GILLES BEAT

Tout sur DIAMANT 13 - La Critique - Photos - Le 2009-01-21 02:20:18


Réalisateur qui a commencé sa carrière à la fin des années soixante-dix avec des films tels que Haro en 1978, Putain d'histoire d'amour en 1981, Rue barbare en 1984 avec Bernard Giraudeau dans le rôle titre, ou encore Les longs manteaux en 1986, Gilles Béat (anciennement orthographié Béhat) reste probablement plus connu du public avec Dancing machine qu'il réalise en 1990 avec Alain Delon dans le premier rôle. S'en suivra une longue absence du réalisateur sur la scène cinématographique au profit d'une carrière télévisuelle très riche sur la plupart des séries policières telles que Commissaire Moulin, Navarro, Julie Lescaut, Une femme d'honneur, Les Cordiers, juge et flic. Un parcours que Gilles Béat assume complètement par son amour du genre policier et par ses débuts d'acteur dans des séries télévisées aussi illustres que Les rois maudits et Les enquêtes du commissaire Maigret tout au long des années soixante-dix. Pour nous il revient sur la genèse chaotique de Diamant 13, son nouveau film avec Gérard Depardieu, Olivier Marchal et Asia Argento dans les rôles principaux. Il y aborde notamment les conditions difficiles de production des films policiers en France mais aussi les nombreux retournements du projet qui a bien failli ne jamais voir le jour sans la ténacité des auteurs, Gilles Béat et Olivier Marchal en tête.




DIAMANT 13 de gilles béat

« Diamant 13 » n'est pas le titre original du livre de Hugues Pagan qui se nomme « L'étage des morts »...
Non, en effet, le titre original du roman, L'étage des morts désigne l'état-major de la police. C'est marrant car il n'y a pas un mois j'ai revu le film de Maurice Pialat, Police, tout à fait par hasard, il a d'ailleurs pris un coup de vieux ! Avec tout le respect que je peux avoir pour Pialat ! (rires). Cela faisait des années que je ne l'avais pas vu et en plus c'est avec Gérard Depardieu. A un moment donné dans le film, il y a une fliquette qui lui dit « Patron, on vient de recevoir un appel de l'état-major ! » et Gérard lui répond « Ah ! L'étage des morts ! ». Je ne me souvenais plus de cette réplique. Donc chez les flics c'est vraiment le surnom qu'ils donnent à l'état-major avec beaucoup de dérision.

Cela faisait presque dix-sept ans que vous n'aviez pas fait de film...
Mais ça fait un moment que j'essaye d'en faire pourtant ! (rires)

Pouvez-vous nous expliquer la genèse du projet car votre désir de porter le roman de Pagan date d'il y a quelques années déjà...
Etrangement en 1990 j'ai tourné Dancing Machine avec Alain Delon qui est certainement mon seul film de commande. On m'avait proposé le projet, j'ai lu le scénario et Delon était de la partie et pour moi cet acteur était mythique. Je me disais « Chic, tu vas tourner avec Delon, c'est quand même extraordinaire ! ». Je suis fan du polar, du film noir, j'ai adoré les films de Melville, toute la carrière de Delon. Le scénario était pas mal, le projet intéressant, c'était un vrai thriller. Sauf que, une fois que j'ai dit oui et que l'affaire s'est engagée, s'est révélé tout un imbroglio de petites guerres entre la production et Delon, que je n'ai d'ailleurs pas encore comprises aujourd'hui, et l'on s'est retrouvé à faire un film qui n'était plus celui que l'on devait faire. Delon a fait changer le scénario, mais dans la version originale c'était lui le tueur psychopathe qui supprime ses danseuses. Au moment du tournage il n'a plus voulu endosser ce rôle. Il n'a pas assumé le caractère violent de son personnage. Donc il y a eu un gros travail de réécriture sur le scénario et on était engagé dans un truc dont je n'arrivais plus à me sortir et on a tourné un film qui, à mon sens, est bancal, bien qu'il y ait quelques idées originales et réussies. Malheureusement là où le film est raté, c'est parce que Delon n'a pas voulu aller jusqu'au bout de l'idée du métrage. Il aurait pu jouer ce personnage là où on ne l'attendait pas. J'ai trouvé ça vraiment dommage et je peux le dire car avec Alain Delon, nous en avons beaucoup parlé. J'étais dans une telle position qu'à un moment j'aurais vraiment voulu m'en aller de cette production, c'était à la fois mon erreur et la sienne.




DIAMANT 13 de gilles béat

Pourtant il était habitué à jouer des rôles froids, calculateurs, violents.
Oui mais il était toujours la victime de quelque chose qui le dépassait. Même dans Le samouraï, il joue le rôle d'un tueur à gages qui au moment où il devrait tuer ne tue pas. A ce moment là, son arme est volontairement vide. Là il est dans le mythe du héros victime d'une manipulation. C'est pour cela que je considère Melville comme l'un des cinéastes de la mouvance du film noir, Le samouraï comme Le doulos, par exemple, c'est l'histoire d'un homme face à son destin. Enfin bref tout ça pour dire que c'est à cette époque que j'ai rencontré Hugues Pagan. On m'avait fait lire un autre livre de lui, je ne me souviens plus du titre, c'est peut-être Mort dans une voiture solitaire, je n'en suis plus très sûr, et je m'étais dit que son univers était très intéressant. Un univers qui se rapproche énormément de celui de Goodis. Moi qui ai fait Rue barbare, une adaptation du roman de David Goodis, j'avais voulu aussi acheter les droits de La lune dans le caniveau, mais Jean-Jacques Beinex a été le plus rapide sur ce coup là. C'est comme ça que j'ai appris par ailleurs que Goodis avait été adapté à plusieurs reprises, Le casse d'Henri Verneuil avec Jean-Paul Belmondo est l'une des adaptations de l'écrivain notamment. Tirez sur le pianiste de Truffaut avec Aznavour, pareil. Je suis un vrai fan de Goodis et quand j'ai lu ce roman de Pagan, j'ai tout de suite été frappé par les analogies avec l'écrivain américain. Donc je décide de rencontrer Pagan et à l'époque il était encore flic, mais flic de réserve car c'était au moment des premiers attentats à Paris. Je me souviens toujours de notre premier rendez-vous, dans un bistrot sur les Champs-Elysées, et on parle de son univers, du livre que j'avais lu mais aussi de L'étage des morts, qu'il vient de terminer mais qui n'était pas encore édité. Il a voulu m'acheter ses autres livres dans un grand magasin juste en face et en entrant dans la boutique, l'alarme s'est déclenchée, Pagan avait son calibre sur lui, le vigil est devenu tout blanc ! (rires). Et il m'a fait lire le livre L'étage des morts avant qu'il ne soit en vente. J'ai trouvé le roman excellent, en plein dans la mouvance noire, et j'ai tout de suite voulu l'adapter pour le cinéma. Pagan voulait bien s'attaquer à cette adaptation et on s'est mis à écrire un scénario, une première version au moment où le roman sortait en librairie. Puis on s'est demandé très vite quel acteur pouvait incarner le personnage du flic, qui n'a pas de nom dans le livre. Et Pagan me dit « mais tu viens de tourner avec Delon, c'est quand même l'une des incarnations du flic... » et je me dis pourquoi pas. Il y a presque vingt ans, Delon était tout à fait capable d'incarner ce flic au bout du rouleau et je lui fais lire cette première version. On ne s'était pas quittés fâchés lui et moi malgré les problèmes sur Dancing machine. Delon lit le scénario et nous donne son accord pour faire le film. Et bien on n'a pas réussi à monter le projet. Etrangement, à cette époque, le film policier a été mis au rebus. Il y avait toute la déferlante des séries policières à la télévision (Navarro, Julie Lescaut, etc.) et toute la production cinématographique s'est mise à bouder le genre sous prétexte qu'il était devenu ringard à cause de ces séries. Le cinéma a laissé le genre à la télévision plutôt que se le réapproprier avec ses moyens comme le font les Américains. Ce n'est pas parce qu'il y avait Starsky et Hutch à la télé qu'ils ne tournaient pas L'arme fatale, au contraire ! Deux potes flics un peu fous qui cartonnent sur le petit écran, et bien transposons cela sur le grand écran ! Les Américains ont tout le temps fonctionné comme cela. Brusquement en France les interlocuteurs au cinéma se sont désintéressés des projets de films policiers, c'était tout à coup vulgaire. Ils pensaient que l'on ferait de la télé au cinéma mais moi j'ai toujours pensé que c'étaient des métiers cousins. J'ai fait vingt ans de télévision, aussi bien avant qu'après, comme acteur et réalisateur. La télévision est une école magnifique et d'ailleurs une grande majorité des stars américaines viennent du petit écran : Steve McQueen, Clint Eastwood, Johnny Depp, Bruce Willis, Michael Douglas, George Clooney, etc. La liste est très longue. Chez nous il y a un snobisme stupide des frontières entre la télévision et le cinéma bien que ces derniers temps il semble que la situation change. La production est un métier difficile, à risques, et malheureusement les gens comme Christian Fechner et Claude Berri se font rares, c'étaient des aventuriers dans ce métier, ils ont appris sur le tas.

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CINE : DIAMANT 13

Diamant 13, c'est le film de nombreux retours. Celui d'un cinéaste...
 
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