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CINE : LES TROIS ROYAUMES

Tout sur LES TROIS ROYAUMES - La Critique - Photos - Le 2009-02-13 17:14:16


Un phénomène de nationalisme épique, puisant dans les thèmes classiques du cinéma héroïque, capable de rivaliser avec les grosses machines occidentales. C'est aussi et surtout le meilleur John Woo depuis A toute épreuve.

Romain Le Vern 9
Les trois royaumes est un monument à la fois pour ce qu'il représente dans la carrière de John Woo (un retour aux sources salvateur après quelques égarements Hollywoodiens) et pour le cinéma chinois dans son ensemble (le budget, estimé à 80 millions de dollars, le plus élevé de tous). A l'origine, le film était construit pour être présenté en deux parties qui, assemblées, proposent cinq heures de spectacle. En Europe et aux Etats-Unis, il débarque dans une version de presque deux heures trente. Pas d'inquiétude pour autant : il faut moins voir dans cette version amputée un prétexte de film maudit qu'un défi supplémentaire pour John Woo. Le cinéaste revient aux films historiques qu'il réalisait dans les années 70, à une époque où il était assistant de Chang Cheh et mettait en scène des wu xia pian (Last Hurrah for Chivalry) dont les composants ont servi de base à ses oeuvres futures (Le Syndicat du crime). La différence, c'est qu'il bénéficie de moyens surhumains et qu'ils sont proportionnels aux efforts mis en oeuvre. Tel quel, le pari du spectaculaire est comparable à des spécimens tels que Titanic, de James Cameron et la trilogie du Seigneur des anneaux, de Peter Jackson. C'est aussi un enjeu de taille pour le réalisateur après une série de films américains variant du très estimable (Volte/Face) au très mauvais (Paycheck), en sus de plusieurs projets voués à l'échec. De toute évidence, il mise sur un succès international pour remonter sa côte au box-office. Si on additionne tous les problèmes qu'il a connus pendant le tournage (retards répétés par rapport au planning, changement d'acteurs, contraintes techniques obligeant à construire des bassins), ça n'a pas été une partie de plaisir. En d'autres termes, c'est le film de la dernière chance. A l'arrivée, le résultat constitue un modèle idéal de divertissement rivalisant avec l'heroic fantasy en vogue à Hollywood et bénéficiant de toute la maîtrise de John Woo, acquise avec le temps et l'expérience.

LES TROIS ROYAUMES
Un film de John Woo
Avec Tony Leung, Zhang Fengyi, Lin Chi-Ling, Takeshi Kaneshiro, Chang Chen
Durée : 2h25




LES TROIS ROYAUMES de john woo

Artistiquement, Les trois royaumes marque une étape dans la carrière de John Woo et change d'une époque où il n'avait qu'une poignée de figurants dans des décors de studio. Des années plus tard, le talent reste identique avec un sens épique et des qualités de conteur inépuisables. Le contrepoint, c'est que la version qui sort en salles reste frustrante étant donné qu'elle nous prive d'un "grand film définitif" de cinq heures. Il y a hélas une réalité économique derrière tout ça : à quelques exceptions, les films asiatiques passent de plus en plus directement par la case DVD en Occident. Malgré quelques idiosyncrasies, l'intrigue dans le nouveau montage reste limpide, rassemblée de telle manière que l'essentiel soit compréhensible par tous. La narration en souffre néanmoins. Non pas qu'il manque des informations, mais on remarque juste les coupes sans nécessairement avoir vu les deux parties originelles. C'est le seul point faible. A ce détail près, le film contient suffisamment de promesses et de cinéma pour donner envie d'être vu à répétition.




LES TROIS ROYAUMES de john woo

Pour commencer, le récit est substantiel, s'inspirant d'un classique de la littérature chinoise (L'épopée des trois royaumes, écrit par Luo Guan-Zhong, au XIIIème siècle) dont l'action se situe à la fin de la Dynastie Han. Il retrace une bataille historique colossale opposant les trois royaumes du titre français : le nord contre les provinces de l'Est et du Sud réunifiés. Les personnages obéissent à des psychologies simples tout en ayant une dimension archétypale et tragique : d'un côté, un impitoyable général, ayant prouvé ses compétences militaires en unifiant le nord de la Chine, qui influe le jeune empereur pour conquérir le sud du pays détenu par deux autres monarques. De l'autre, les deux dirigeants qui vont allier leurs forces pour essayer de contenir cette invasion. L'affrontement prévisible entre les deux armées aura lieu sur le Yang Tse. On peut y voir une réflexion sur le pouvoir entre ceux qui ont les moyens de combattre et ceux qui doivent user de ruse pour s'en sortir. Conformément à la rupture, le film se divise en deux parties. La première pose les rapports de force en s'attardant sur la préparation à la guerre au niveau humain et la manière dont les différents personnages nouent des alliances. Avec la même aisance, la seconde rend les enjeux secondaires plus complexes en déterminant l'implication du combat guerrier au sens iconique et en affirmant les forces en présence (chaque seigneur de guerre ayant montré sa propension à gérer une bataille). En même temps, elle converge vers la promesse tenue depuis le départ.

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