Avec l'histoire de Justine, employée de supermarché mariée à un peintre en bâtiment, et qui passe ses journées à se demander si la vie n'a pas mieux à lui offrir, The Good Girl fait la part belle au mal-être et à la faillite de la société de consommation américaine. En parvenant habilement à faciliter une identification aux personnages principaux, le réalisateur, Miguel Arteta, nous plonge dans un univers familièrement déprimant. Pourtant, grâce à un juste équilibre entre drôlerie amère et tristesse existentielle, il parvient à éviter l'écueil du portrait facilement lacrymal que la situation laissait présager. Une grande partie de ce mérite en incombe à ses comédiens qui insufflent à leurs personnages une tendresse et des failles terriblement humaines.
Dans ce contexte, la présence de Jennifer Aniston dans le rôle principal pouvait paraître saugrenue, tant l'actrice n'avait pas jusqu'ici, dans ses projets cinématographiques, réussi à faire oublier sa "Rachel" de
Friends. Il est maintenant temps de faire amende honorable : Si
The Good Girl constitue une très bonne surprise, il le doit en grande partie à la capacité de la comédienne à rendre crédible et attachant un personnage qui, interprété avec moins de finesse, aurait pu devenir énervant à force d'accumuler les choix malheureux (un jeu "Rachelien", et on courait droit à la catastrophe). Et puis cerise sur la gâteau,
The Good Girl est l'occasion de voir à l'oeuvre John C. Reilly (
Boogie Nights,
Magnolia,
Chicago), acteur bien trop rare, et qui avec son inénarrable bouille de clown triste apporte un supplément d'âme au film.
Par Laurent Pécha