box office

1

GRAN TORINO
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2

LOL (LAUGHING OUT LOUD)
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3

VOLT, STAR MALGRE LUI
entrées : 2 463 800 (4 semaines)




4

LE CODE A CHANGE
entrées : 1 139 824 (2 semaines)




5

CYPRIEN
entrées : 360 301 (1 semaine)




6

SLUMDOG MILLIONAIRE
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7

BANLIEUE 13 ULTIMATUM
entrées : 823 677 (2 semaines)




8

L'ETRANGE HISTOIRE DE BE
entrées : 2 247 105 (4 semaines)




9

UNDERWORLD 3 : LE SOULEV
entrées : 218 290 (1 semaine)




10

BELLAMY
entrées : 178 864 (1 semaine)

bertrand tavernier (25 Avril 1941 - )

Il y a quelques années, Bertrand Tavernier avait répondu à l'apostrophe d'Eric Raoult, alors ministre de la ville, qui ironisait sur ces artistes engagés qui prenaient fait et cause pour les jeunes des cités sans les connaître, les invitant à venir

Le prenant au mot, le metteur en scène remonté et son fils s'y rendirent et livrèrent un fort beau documentaire, de l'autre côté du périph'. Tavernier est un homme intègre, passionné et engagé. Mais il est aussi -et surtout- un intarissable cinéphile, un amour généreux du septième art qui transparaît à chaque film et qui l'incite à aborder tous les genres comme ce sera encore le cas de Dans la brume électrique, escapade américaine (pays de cinéma qui le fascine), avec Tommy Lee Jones, dont la sortie est prévue prochainement. Et ces deux aspects de son talent sont entremêlés, indissociables. Un cinéphile passionné, d'une culture jubilatoire et encyclopédique, et un homme animé par des convictions et un humanisme profonds qui affleurent en permanence dans son oeuvre.


Le réalisateur vint au cinéma assez tard, à 32 ans grâce au soutien de ses scénaristes Aurenche et Bost, ainsi que celui de Noiret. En 1973, cela donna l'Horloger de Saint-Paul, adaptation brillante de Simenon, à l'action transposée à Lyon (à l'origine, elle se déroulait -déjà- en Amérique) et en plein jour, évitant tous les poncifs formels associés à l'écrivain. Noiret est un paisible citoyen dont le fils est impliqué dans un meurtre. Il fera tout pour le soutenir, mais se pliera pourtant à la volonté de celui-ci. Il ne veut pas que son père qu'il aime s'implique et le défende. Ce film est absolument bouleversant et l'un des plus justes sur les rapports père-fils. Il y a là un respect profond et mutuel, et surtout, malgré la disgrâce aucun reproche et aucune condamnation. Noiret encaisse et prend les coups, se conduit comme son fils le souhaite, sans porter de jugement sur lui, uniquement motivé par l'amour qu'il lui porte. Le film est avant tout plein de cette humanité digne, une constante chez Tavernier, jusque dans le rôle du flic. Rochefort y apparaît compatissant, nouant une complicité avec l'horloger qui fait face à la tempête. C'est sans doute l'un des plus beaux rôles de Noiret et le début d'une collaboration majeure avec le metteur en scène.

Cette relation se poursuit avec Que la Fête commence en 1975. C'est un film qui rappelle la veine libertaire et irrévérencieuse qui régnait dans la production hexagonale d'alors, avec Mon oncle Benjamin ou la Grande bouffe. Le viveur Philippe d'Orléans est décadent. Le réalisateur livre un tableau désabusé de la cour de Versailles qui semblait pressentir la colère qui grondait déjà dans le peuple et choisissait de vivre au jour le jour, dans la débauche pour semer un moment le désespoir. Noiret incarne un personnage conscient de la fin de son monde, à la trompeuse nonchalance, avec une vraie dimension suicidaire. C'est un film sur le malaise d'un univers déconnecté, sans raison d'être, qui ne subsiste plus que par son cynisme et son inconséquence forcée. A la fois extrêmement provocateur et profondément mélancolique, allègre et triste, le film souligne surtout l'incertitude d'une époque, le malaise qui s'installe et conditionne subtilement l'allégresse et la légèreté.


Le juge et l'assassin offrait l'un de ses rares beaux rôles à Michel Galabru. Noiret, dans le rôle du juge, est froid, méthodique et éduqué, confiné dans le confort d'intérieurs cossus. L'assassin est son contraire, un homme qui parcoure les chemins, totalement fou, qui massacre et viole des jeunes filles. L'habileté de Tavernier est d'opposer ces deux névroses. Le juge va fatalement prendre au piège sa proie. On retrouve l'esprit d'une époque, comme Tavernier l'avait déjà réussi dans que la fête commence et plus tard, assez régulièrement, dans La vie et rien d'autre et le Capitaine Conan. Le contraste est saisissant entre les deux acteurs. Noiret calcule en permanence, comme un joueur d'échecs. Galabru est exalté, incohérent, dément, expansif. Comme à chaque fois, Tavernier se concentre sur les personnages et suggère leur univers avec force. Ce qui fait de ces films historiques, des moments souvent exceptionnels.

Le metteur en scène se distingue très vite par la variété des registres qu'il aborde. D'entrée, il ne se laissera pas enfermer dans une niche, sa passion cinéphile est trop grande. Ainsi il aborde autant la comédie (Des enfants gâtés, Une semaine de vacances où Noiret reprend d'ailleurs son cher personnage de l'Horloger de Saint Paul) au drame La Mort en direct avec Romy Schneider et Harvey Keitel. Ce film est important car il a un casting audacieux et préfigure les dérives de la télévision. Keitel filme l'agonie d'une femme en temps réel, en direct grâce à une caméra implantée dans son cerveau. Il s'agit clairement d'une réflexion sur le voyeurisme qui est devenu depuis une pulsion hideuse et tristement banale chez le téléspectateur moyen. L'engagement de Tavernier se dévoile déjà, il est un cinéaste qui interroge la réalité et dénonce ses possibles dérapages (un peu comme Yves Boisset et son Prix du danger un peu plus tard). Avec ce film se dévoile un autre trait important: l'amour du cinéma américain, la volonté de ne pas se cantonner à l'hexagone. Ainsi Tavernier choisit un casting international (Keitel, Schneider, Max von Sydow et Harry Dean Stanton). Il commence à afficher ses références multiples, à ne pas se cantonner à un genre. A l'époque, son sujet pouvait encore paraître improbable. Mais comme toutes les oeuvres d'anticipation, il reposait sur une crainte qui fut hélas largement confirmée depuis.

Coup de Torchon est le chef d'oeuvre et l'aboutissement de son inspiration protéiforme et dénuée de sectarisme. Tavernier, ses scénaristes et ses interprètes, livrent ici un film unique et inclassable, peuplé d'une humanité totalement interlope. Les références sont délicieusement étranges: il s'agit d'un polar américain qui se passait dans le sud des Etats-Unis qu'Aurenche a choisi de transposer en Afrique coloniale (contexte dont il était familier). Noiret y incarne un justicier fou et homicide à la mission quasi divine. Marielle y est un maquereau parfait, Eddy Mitchell est totalement lunaire et Huppert est une garce irrésistible. On ne sait jamais vraiment dans quel registre on est, dans le drame ou la comédie. Ce qu'il y a de sûr c'est qu'on est au coeur d'un absurde glauque qui rappelle beaucoup les romans de Camus (L'Etranger et La Chute), jusqu'à atteindre parfois la fantaisie de Queneau. Tous les personnages sont fous à lier, d'une noirceur constante (qui fait songer à du Faulkner). Tout cela est riche d'une originalité inédite, une oeuvre fascinante, cohérente et qui ne ressemble qu'à elle-même, un grand moment d'audace et une confusion des genres exemplaire dans un cinéma français d'ordinaire beaucoup plus sage et identifiable.


Tavernier portera souvent ses regards vers une culture américaine qu'il aime, parfois de façon détournée (comme dans Coup de Torchon qui partait d'un roman de Jim Thompson) ou pas. C'est le cas de ces odyssées musicales et brillantes que sont Mississipi blues et surtout Autour de minuit, monument cinématographique consacré au jazz, à ranger sans hésitation aux côtés du Bird de Clint Eastwood. Il y revient sans cesse, assumant sa fascination profonde et belle, pour le mythe américain (il n'est pas en Harley ou déguisé en cow-boy, c'est plus profond que çà). Et ses hommages à cette grande influence, dont Dans la brume électrique fera encore partie, comptent parmi les plus beaux.

Dans Un Dimanche à la campagne, il revient en 1982 à une belle peinture des relations entre un père et ses enfants. Dans une grande demeure paisible et bourgeoise, un vieil homme reçoit la visite régulière de son fils (Michel Aumont), son épouse et sa marmaille qui gardent semble t-il un oeil sur son héritage. Sa fille (Sabine Azema) est plus rare et chacune de ses apparitions fait sa joie. Le désamour et le relatif mépris dont souffre le fils au profit de sa soeur est rendue de manière extrêmement juste. Rarement on a vu cette préférence des parents, souvent inconscients du mal qu'ils commettent, mieux évoquée. La souffrance de Michel Aumont est touchante, pathétique, on sent qu'il a souffert de cela toute sa vie, cherchant sans cesse à éveiller l'affection paternelle sans jamais y parvenir. Après l'Horloger de saint-Paul et avant Daddy Nostalgie (retrouvailles mélancoliques entre Dirk Bogarde et sa fille dans le film, Jane Birkin) jusqu'à Holy Lola (qui expose de manière sensible et juste le désir d'enfant, les difficultés de l'adoption et l'épreuve d'un voyage initiatique au Cambodge), Tavernier est décidément de ceux qui savent évoquer avec le plus de raffinement les sentiments complexes et riches qu'inspirent les parents. C'est l'une des grandes thématiques de son oeuvre, jusqu'au sympathique La Fille de d'Artagnan, variation légère autour de l'oeuvre de Dumas.

Une autre constante, depuis Que la fête commence est son grand intérêt pour l'histoire. Il l'a abordée avec un souci d'authenticité qui ne s'est jamais démenti, son souci étant de s'attacher aux destins et à l'intériorité des personnages, à la dimension humaniste de son propos. Il suggère toujours l'histoire à travers ses protagonistes, comme c'était le cas dans le Juge et l'assassin, ce qui lui évite toute reconstitution académique. Dans La Passion Béatrice, c'est encore le cas. Il raconte une histoire au Moyen-âge, vers 1350. Une jeune fille tient tête à son père, revenu brisé et brutal de la Bataille de Crécy, elle seule parvient encore à l'atteindre. Quoique le cadre soit celui d'un château fort, nous sommes encore dans le thème de la filiation si cher au metteur en scène. Le film est âpre, cru, montre un temps sombre, dénué de la noblesse chevaleresque qui lui est habituellement associée dans les images d'Epinal. Un père, terrifiant Bernard-Pierre Donnadieu, souille la pureté et l'innocence de sa fille. Tavernier n'est pas homme à tricher avec son sujet. Il l'aborde de front, dans toute sa brutalité, avec une absence de compromis qui marque. La jeune femme a une pureté et une blondeur angélique (sous les traits de la belle Julie Delpy), l'atmosphère de noirceur et de violence du film n'en est que plus frappante. Il met encore en scène deux personnages opposés pour souligner la rudesse de l'histoire (ce qui n'est pas sans rappeler le Juge et l'assassin).

Tavernier s'engage régulièrement dans des documentaires dont La guerre sans nom qui montre des témoignages d'anciens d'Algérie, sur un conflit qui ne s'avouait pas (on disait alors « les évènements d'Algérie »). C'est assez révélateur de son approche et de son style. Partir des témoignages de ceux qui l'ont vécu et qu'on entend pas forcément dans l'histoire officielle. La Vie et rien d'autre, autre grande collaboration avec Philippe Noiret, part de la fascination du réalisateur pour le soldat inconnu. Mais il lui est impossible de raconter la barbarie de la première guerre mondiale en épousant le point de vue d'un seul héros, de raconter l'histoire fantasmée d'un soldat inconnu et exemplaire. Pour autant il n'évacue jamais la portée romanesque de ses films, ce qui le préserve d'être didactique ou trop pédagogique. Ainsi par l'affection qui se noue entre deux personnages complexes et tourmentés (l'officier à l'attitude martiale et la femme fragile et nerveuse à la recherche de son mari), Tavernier rend sa chaleur à l'histoire. La fébrilité de cet amour discret et platonique est un fil rouge raffiné qui rend l'ensemble cohérent. L'engagement du personnage de Noiret, son sérieux à dévoiler des statistiques exactes dérange. C'est par sa droiture et son écoeurement progressif que l'on comprend l'ampleur inconcevable de l'horreur. L'approche de Tavernier est pourtant toujours allusive, n'assène pas de vérités définitives à son spectateur, le laisse deviner. Plutôt que de raconter le destin d'un soldat inconnu, il choisit de montrer de quel façon et pourquoi on l'a choisi et honoré. Ce qui est sensiblement différent et beaucoup plus ambitieux.


En 1996, le cinéaste revenait à la première guerre mondiale, mais cette fois de façon plus directe, au coeur des combats. Mais c'est encore à l'humain qu'il s'attache, à ce que cette horreur produit sur lui, le transformant peu à peu en machine à tuer sans retour possible à la vie d'avant. L'angle choisi par Tavernier est inhabituel. On est en 1918, l'armistice est signé. Pourtant, dans les Balkans la guerre continue et un officier est envoyé pour mettre fin aux exactions d'une unité commandée par le capitaine Conan, qui prend fait et cause pour ses hommes. Ce sont donc les personnages et leur perception qui sont, une fois encore, le moteur de l'action. Philippe Torreton compose un héros trouble, épais, monumental et brisé. Face à lui, Samuel Le Bihan apparaît dans l'un des rôles les plus importants de sa carrière. Quant à l'histoire telle que la donne à ressentir Tavernier, elle confirme, s'il en était encore besoin, son humanisme profond, engagé et aussi sa sobriété formelle, son absence de romantisme (ce qui est ici une qualité). Il ne prend jamais de gants avec la violence. Mais comme dans La Passion Béatrice, c'est avant tout pour rendre sensible un état d'âme, les ravages que la guerre inflige à ceux qui s'en sortent, marqués et changés irrémédiablement, devenus des machines à tuer. Terrence Malick faisait dire à l'un de ses personnages dans La Ligne rouge, qu'à chaque fois qu'il tirait sur un ennemi, il perdait un peu de son âme, cela l'éloignait un peu plus de chez lui. Capitaine Conan en est aussi l'illustration terrifiante. On ne revient finalement jamais de la guerre.

Il évoquera l'occupation dans Laissez-passer en 2002, très bel hommage à son ami et grand scénariste Jean Aurenche et à l'attitude qui fut la sienne à cette époque (qui refusa de travailler pour les allemands et se servit de l'écriture pour lutter contre les nazis). L'assistant réalisateur Jean Devaivre adopte une autre attitude, collaborant à une firme allemande et faisant des films pour eux, pour cacher ses activités de résistant. On peut voir dans ce film une somme des engagements que Tavernier a eu au fil des années, à la fois un homme de cinéma absolu avec une grande conscience politique qui transparaît dans ses productions historiques comme celle-ci ou Capitaine Conan.

Il a également affirmé ses convictions dans ses documentaires et dans des films sans concessions qui dépeignaient une réalité sociale. L'oeuvre de Tavernier a eu bien souvent valeur de témoignage. L627 reste un film coup de poing impressionnante de sobriété dans la peinture intransigeante et juste qu'il fait du quotidien des flics (manque de moyens, surveillance, désespoirs, tension et parfois débordements). On a souvent qualifié très abusivement certaines oeuvres de Tavernier d'être documentaires, ou avoir valeur de reportage. Le reproche est particulièrement injuste. Son style de mise en scène a toujours été efficace et dépouillé, conditionné par l'histoire qu'il racontait. Il peut être assez lyrique et presque proustien pour un film comme un Dimanche à la Campagne, trépidant comme pour La Fille de d'Artagnan. Mais ici il se devait d'être cru, tendu, direct: la caméra devait être à l'épaule pour épouser le point de vue et l'état des personnages, permettre de les approcher et de les comprendre (le contraire d'un reportage en somme qui n'est qu'une exposition froide et à distance, au point de vue neutre). On est à mille lieues des figures éculés des flics ressassées dans le cinéma français (Alain Delon en a incarné quelques uns) mais au coeur d'une réalité sociale et d'un malaise. Le but revendiqué de Tavernier était précisément celui-là: montrer la réalité telle qu'on ne la voyait habituellement pas au cinéma, pointer le problème de la drogue et son univers glauque, toute l'urgence que ça représentait. Il réagissait déjà à la réponse que lui avait faite Laurent Fabius, alors premier ministre, qui lorsque le cinéaste l'alertait sur les dealers qui vendaient de l'héroïne à la sortie des écoles, avait minimisé l'importance du fléau. Comme à son habitude, la réponse du cinéaste citoyen fut de faire un film sans concession, pour souligner la gravité de la situation. Pour autant, il n'oublie jamais d'être un conteur. Ainsi on s'attache à Didier Bezace, encore idéaliste et à ses désillusions devant le monde impitoyable et sombre qu'il découvre. Le cinéaste s'est beaucoup documenté, a accompagné les policiers sur le terrain et a compris les conditions difficiles dans lesquelles ils travaillaient. Son film doit son authenticité à sa méticulosité absolue, sa volonté de rendre justice à son sujet en collant à la réalité, celle des hommes qui la subissent.


L'Appât est tiré d'un fait divers, trois meurtres de notables commis par des jeunes gens inconscients qui voulaient ainsi assurer leur fortune. Le cinéaste transforme son film en critique sociale, celle d'une société immorale où l'argent seul fait loi et où la vulgarité d'une richesse qui s'étale devient la respectabilité suprême. Du coup, le crime devient secondaire, presque indifférent. La jeune femme (Marie Gillain) et ses deux complices (Bruno Putzulu et Olivier Sitruk) sont trois êtres dénués de remords. Leur évolution va aller crescendo vers le crime, pris dans la fatalité d'un engrenage sanglant. La fin justifie les moyens, le meurtre n'est pas si grave. C'est leur indifférence qui dérange, leur absence de morale, la médiocrité de leur culture. Tavernier a dépeint un malaise profond grâce à cette histoire vraie, une dérive aussi juste que celle qu'il avait déjà pressentie dans la Mort en direct. Le cinéaste est conscient des dérives du monde et impose un regard lucide qui a l'intelligence de ne condamner personne. Il s'attarde sur la psychologie et l'étrange motivation du trio principal, sans désigner de bons ou de méchants, juste une société aux valeurs désaxées.

Ça commence aujourd'hui est encore une chronique sociale mais cette fois ci, tendre et touchante (en même temps qu'une critique de l'éducation nationale qui se révèle ici particulièrement déconnectée des réalités du « terrain »). L'action se place dans une école maternelle près de Valenciennes. Son directeur incarné par Philippe Torreton est un fils de mineur qui gère au quotidien les enfants et leurs parents, parfois en grande détresse. Les spectres du chômage et de la précarité règnent en permanence. Mais l'homme est passionné, investi de sa mission éducative et tente humblement d'apporter son aide à ces enfants, leur offrir les meilleures conditions d'apprentissage malgré la dureté de leurs jeunes existences. C'est clairement un film à message, sur l'entraide nécessaire pour tirer une société de son marasme. Le personnage de Philippe Torreton est avant tout solidaire, animé par la passion et l'engagement qu'il met à exercer sa mission de service public (pour une fois, le terme ne paraît pas galvaudé). Il y a bien sûr un côté militant chez Tavernier, un inébranlable homme de gauche, qui a dû s'identifier à cet homme, à sa manière de ne pas se décourager, de ne pas abdiquer devant la fatalité noire du monde. Son film est plein de ce constat et de cet espoir. Au plus proche de son motif, il est dans le naturalisme assumé, dans une véritable école, changeant les plans en fonctions des enfants. L'humanisme qui a toujours animé son oeuvre de cinéaste trouve ici une traduction frappante. Il y a une authenticité, une intégrité, une honnêteté rare qui se dégage de ce film. Tavernier y est également proche de l'utopie, de son idéal. On commence aujourd'hui à changer le monde, par des petites choses, par le quotidien et par le cinéma qui ressemble ici à une prise de conscience, une nouvelle manière d'humaniser les problèmes de la société, de les rendre sensibles. Au fond, tout au long de sa carrière, Tavernier n'a jamais cessé de le faire.


Toute l'oeuvre de Tavernier ressemble à cela. Son regard est lucide, parfois totalement noir et désabusé. Mais au centre de tout, il y a l'homme qui peut influer sur son destin, changer le monde à son échelle, en bien (comme ici) ou en mal (comme dans Coup de Torchon). L'humain est toujours le moteur, le fondement d'un film quel qu'il soit (historique, intimiste ou social), l'ultime recours au désespoir universel (ce qui fait songer à la conception de l'humanité qu'avait Steinbeck). C'est cette humanité fragile, imparfaite, tourmentée et parfois noble qui relie tous les films de Tavernier, qui les conditionne.

C'est en cela sans doute qu'il est inclassable et c'est en cela aussi qu'il est l'un des plus grands réalisateurs français. Au lieu d'aligner les références (dont il est pourtant imprégné), c'est avec sa sensibilité et ses convictions profondes qu'il compose ses films et donne à voir le monde tel qu'il le ressent, avec ses tripes.


Film par Réalisateur