
Vincent Martini 8
DIARY OF THE DEAD
Un film de George A. Romero
Avec Shawn Roberts, Megan Park
Date de sortie : 25 juin 2008
Il y a un peu plus de deux ans, le grand retour du géant de Pittsburgh avait ravi l'ensemble des publics, à la fois ses adorateurs de toujours, trop heureux de voir le maître se remuer un peu pour montrer que si les zombies revenaient ce ne serait pas sans lui, créateur historique du mort vivant tel qu'on le connaît, mais aussi les jeunes spectateurs qui avaient enfin l'occasion de voir un “George Romero” sur grand écran. Cependant le manque évident de fond de ce Territoire des Morts avait un peu déçu les fidèles amateurs qui voyaient leurs cadavres préférés incarnant non plus la colère et les messages du réalisateur mais juste des monstres cherchant leur place dans un monde qui n'est plus le leur, à l'instar de Romero cherchant à se rappeler à la mémoire du public. Les fans hardcores trouveront tout de même une fable politique cachée derrière cette armée de cadavres déambulant dans les rues, créant des relations plus ou moins justifiées entre l'épisode et le régime politique des Etats-Unis ou le conflit géopolitique mondial. Mais le retour de l'homme derrière la caméra avait tout de même conquis l'ensemble. Pour cette raison, lorsque l'annonce d'un nouveau film se fit connaître, le coeur de tous trembla, à la fois excités et craignant que le Maître ait définitivement perdu son franc-parler dont les propos firent la richesse de son oeuvre. Que tous se rassurent : de l'action et du gore dans cette Chronique des Morts il y en a et pour ce qui est du message, sachez que le papa de Bub n'a pas fini de gueuler sur ce qui l'exaspère... Et que ceux qui désespéraient encore à l'idée que ce nouveau bébé zombiesque soit directement relégué en film direct-to-dvd, comme il fut à l'origine prévu, se consolent : non seulement ils pourront assister à la vraie résurrection du maître au travers d'un film plus couillu que le précédent épisode mais surtout le monsieur leur donnera une vraie leçon de cinéma (cours de montage sur Final Cut compris).
Ce Diary of the dead ne s'inscrit de toute façon pas dans une logique de suite directe à la quadrilogie qui a offert au réalisateur la réputation et le prestige qui lui sont dus. Au contraire, il s'agit plus d'un nouveau départ, d'une nouvelle envie de la part de Romero de montrer que non seulement il est celui à l'origine de tout mais qu'il est le plus apte à offrir aux morts un véritable sens. Et comme à l'accoutumée, tout ce fera dans la plus pure tradition Romerienne. Alors que le film semble emprunter le chemin de la vue subjective comme l'indique la tendance actuelle -dont le film en tirant le plus de qualité est sans aucun doute REC-, Romero emploie cette méthode non pas pour terroriser, ni pour tenter de faire croire à l'incroyable façon Cloverfield mais bel et bien pour dénoncer et il faut le reconnaître, il s'en tire avec beaucoup plus d'honneur que le malheureusement très moyen Redacted. Là ou De Palma se contentait de disserter sur la manipulation des images, le réalisateur de Martin s'emploie tout d'abord à faire totalement oublier le procédé pour plus tard nous le refoutre en pleine gueule, et autant le reconnaître : ça marche ! L'amorce du film est du coup à la fois un point fort mais aussi un point faible, qui heureusement ne fera jamais tomber l'ensemble : pour excuser cette vision à la première personne, Romero à la bonne idée de ne pas nous montrer son film mais le film d'un autre, celui de Jason Creed, jeune réalisateur dont les bobines qui s'écoulent marquent la fin de ses études en école de cinéma. En effet, le seul générique qu'aura le public sera celui du film de Creed dont une voix off nous annonce fièrement qu'ils étaient en train de tourner un film fantastique lorsque le réveil brutal des morts a eu lieu et que pour des raisons de crédibilité et dans le but de rendre le tout un petit peu plus passionnant, les rushs ont été montés et une musique additionnelle a été ajoutée... Romero se démarque ainsi directement du côté amateur et maladroit de certains plans, de certaines séquences qui peuvent faire décrocher le spectateur (fini le côté "je filme tout même quand je me fais manger" à la Cloverfield dont le ridicule pouvait faire sourire, dans le film de Creed, seul le plus impressionnant a été volontairement gardé au montage...) et c'est justement par la recherche systématique, de la part du jeune documentariste et de son équipe, de plans impressionnants, de violence plus ou moins gratuite et de sensationnalisme à tout va que Romero au travers de ce film scolaire opportuniste nous interroge directement sur notre fascination maladive vis à vis des images, sur la banalisation de la haine et de la violence et sur notre intolérance grandissante envers l'autre...







































