ROMERO : LES ZOMBIES A LA SAUCE YOUTUBE
Tout sur DIARY OF THE DEAD - La Critique - Photos - Le 2008-06-06 04:21:20Dans Diary of the dead, on voit des étudiants en cinéma qui décident de tourner, dans une forêt, un film d'horreur à petit budget. Comme il en existe beaucoup. Ce n'est jamais dit ouvertement mais ils ont grandi à travers les oeuvres de Romero. Serait-ce alors un moyen de rendre hommage à des fans ? Oui mais non. Tombant de manière assez impromptue sur un soulèvement de morts-vivants, ces Romero en herbe deviennent les témoins privilégiés de massacres, de destructions et du chaos ambiant. Ils choisissent alors de braquer leurs caméras sur les zombies et les horreurs bien réelles auxquels ils sont confrontés. Ils tentent de rendre ainsi compte de la situation apocalyptique et de l'appétit féroce des revenants dans un style « cinéma-vérité » documentaire à la première personne. La distanciation à la sauce George Romero. Beau hasard de la programmation : Diary of the dead débarque dans les salles françaises après Cloverfield, de Matt Reeves et [REC.], de Jaume Balaguero et Paco Plaza, deux films de genre qui abordaient leur (monstrueux) sujet à travers une caméra subjective, portée par des anonymes auxquels on s'attachait pour des raisons affectives. Accessoirement, on y voit tout ce que l'on a déjà pu voir au cinéma mais de manière immédiate et privilégiée (être terrifié en toute sécurité). George A. Romero s'attache à une mouvance post-Blair Witch, sans chercher à la révolutionner. La révolution, lui, il l'a faite à la fin des années 60 avec La nuit des morts vivants. Depuis, il peut reposer sur ses lauriers. Si ce concept proche du "cinéma-vérité" doit beaucoup au Cannibal Holocaust, de Ruggero Deodato (lui-meme influencé par Mondo Cane, de Gualtiero Jacopetti, Paolo Cavara et Franco E. Prosperi), il permet d'illustrer des séquences spectaculaires en impliquant le spectateur au centre d'une action intense. Jaume Balaguero et Paco Plaza, réalisateurs du très efficace [REC.], étaient pleinement conscients des limites d'un tel procédé et savent qu'avec le succès - mérité - qu'a remporté le film, ils risquaient de donner naissance à tous plein d'avatars dérivés. Il y a encore quelques années, le concept paraissait désuet. En réalité, ce phénomène peut sans cesse être renouvelé. Pire: avec de nouvelles technologies de plus en plus aliénantes, il va prendre de plus en plus d'impact au cinéma, comme ailleurs.
C'est là où un Projet Blair Witch, il y a quasiment dix ans, avait tout compris avant tout le monde : l'importance d'Internet comme celle du marketing viral. En utilisant une forme ayant déjà marché mais à une heure où le genre aime à réfléchir sur lui-même (voir Scream, de Wes Craven), ce petit film, parti de rien et revenu de tout, a répondu à la curiosité de moins en moins naïve des spectateurs aujourd'hui. Entre temps, la fréquentation accrue de réseaux comme YouTube ou Dailymotion - sans compter tous les procès des chaînes de télévision - démontre que les internautes ont un accès immédiat aux images qu'ils désirent et peuvent se forger une opinion sur l'actualité sans avoir à subir un choix. Reste à savoir si le cinéma doit se laisser contaminer à son tour par cette soif d'immédiateté. Généralement, on convoque l'expression de «caméra subjective» pour qualifier une caméra qui remplace le regard d'un personnage et fait vivre les rebondissements de l'histoire comme si nous étions à sa place. En somme, c'est le spectateur qui devient l'acteur. On a trop tendance à réduire cette utilisation à l'horreur mais des cinéastes ont tenté de répondre à cette question bien avant. Prenons par exemple Les Passagers de la nuit de Delmer Daves, réalisé en 1947, où l'idée consistait à faire partager au spectateur les visions d'un malfrat (Humphrey Bogart). Il - et nous - a(vions) l'impression de découvrir le monde avec les yeux d'une autre personne. La caméra subjective renforce le trouble en même temps qu'il souligne la perte de soi. Un an plus tard, Robert Montgomery a proposé la même technique pour La dame du lac où l'on suit une enquête de détective privé comme si nous étions les enquêteurs. Ce film passe d'ailleurs pour être le premier long métrage tourné en caméra subjective, la MGM a d'ailleurs sorti le film accompagné d'un slogan (« Vous et Robert Montgomery résolvez un crime ensemble ! »). Dans le genre horrifique, des maîtres de l'angoisse comme John Carpenter, Dario Argento ou même William Friedkin se sont essayés à l'exercice, sans toutefois proposer des films entièrement construits sur ce système.
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