MARTYRS OU LA MISE EN ABYME DE LA VIOLENCE
Tout sur MARTYRS - La Critique - Photos - Le 2008-09-05 03:48:19MARTYRS de pascal laugier
Le discours tenu dans ces quelques pages offusquera certainement beaucoup d'entre vous mais rassurez-vous, il ne s'agit que d'une constatation faite en réponse à beaucoup d'échos entendus ici et là. Aussi, il est désolant de se rendre compte qu'une quantité considérable de spectateurs -qui généralement se démarquent du cinéma de genre- affilient le film de Laugier à d'autres oeuvres avec lesquelles Martyrs ne partage, finalement, que l'utilisation de la violence à des fins émotionnelles. D'ailleurs la parenté nouvelle et sidérante du film français avec des Saw et Hostel est radicalement incompréhensible. Certes, la torture et les sévices font partie de l'axe central de l'intrigue, mais l'analogie des trois oeuvres paraît d'un décalage assez surprenant. La franchise lancée par le génie Wan et les films de Roth sont tous des champions dans leur domaine de cinéma pop-corn aux allures de bains sanglants mais il est évident que le titre du réalisateur de Saint-Ange ne se positionne jamais dans la même course. Là où les autres et l'ensemble du genre se bornent à rester cloîtrés entre les lignes imaginaires à ne pas franchir et vaguement imposées, Laugier s'enfuit du carcan d'un cinéma qui ne semble plus se renouveler au point de s'étouffer dans des sceaux d'hémoglobine vicelarde. Le meilleur moyen pour mieux s'affranchir d'un milieu codifié reste de se servir de ses outils : devenir le système pour mieux le faire éclater... Se présentant tout d'abord -dans ses quelques premières minutes tout de même magistrales- sous l'aspect d'une bande horrifique particulièrement sordide mais totalement révérencieuse, Martyrs va s'efforcer de se réduire au niveau de fantôme agonisant d'un genre pour enfin déployer ses ailes.
MARTYRS de pascal laugier
Se dévoilant enfin sous l'envergure qui est la sienne, le film retournera littéralement par la position dans laquelle il se pose en équilibre : à la frontière des genres, il ne correspond bientôt plus entièrement à ce qu'on connaissait jusqu'alors. Tendant vers le film d'auteur traumatisé et traumatisant, Martyrs s'évade aussitôt pour mieux se caler aux côtés d'oeuvres sulfureuses qui marquèrent les esprits par leurs forces et leurs actes puissamment monstrueux. Faisant craquer les obstacles un à un, les tabous se faisant démonter à chaque renouveau scénaristique, Laugier offre à son bébé la chance de pouvoir se situer dans une dimension si particulière et que si peu auront réussi à pénétrer. Celle des oeuvres qui au final ne ressemblent à plus grand-chose si ce n'est à elles mêmes. Car on pourra toujours « cataloguer » les autres en les inscrivant dans la continuité d'une catégorie ou d'un sous genre : gore, slasher, giallo, monstres ou autres... Mais par le recul que prend le film ayant pour vedettes Morjana Alaoui et Mylène Jampanoï, par la sincérité soudaine et le décalage qu'il créé au coeur même de son propre microcosme, il s'offre en postulant parfait à la liste de ces oeuvres cultes qui devinrent par la suite des références puis des classiques immuables. S'acoquinant, dans une simple mesure de vision inspirée, aux cauchemars viscéraux que sont toujours la Dernière maison sur la gauche de Craven ou Massacre à la Tronçonneuse de Hooper, c'est dans cette logique que le film tombe. Transcendant son simple statut de pellicule impressionnante et percutante, une aura mystique s'évadera petit à petit, à l'instar de celles permanentes des titres majeurs cités précédemment. L'esprit qui habite la pellicule de Laugier est le même : c'est celui qui nous ouvre les portes vers un autre monde. Là où le reste nous offrait des simulacres de réalité, là où les hypothétiques snuffs proposent un regard moribond sur la vraie vie, Martyrs est en fait une fenêtre sur une autre dimension, sur un autre monde qui semble évoluer parallèlement au notre. Quelques secondes dans les tripes du métrage et il vous emmène dans un univers adjacent, bien plus profond que le simple divertissement bourrin auquel beaucoup s'attendent.
[p1] [p2]
![]() | ||
CINE : MARTYRSBienvenue en France, dans les années 70. Lucie (Mylène Jampanoï), une fillette, ... | MARTYRS : L'HORREUR SELON PASCAL LAUGIERInconsciemment ou non, Martyrs convoque un certain nombre d’archétypes ap... | |







CINE : MARTYRS
MARTYRS : L'HORREUR SELON PASCAL LAUGIER


























