
MARTYRS, LA CENSURE DU CINEMA DE GENRE EN FRANCE
Tout sur MARTYRS - La Critique - Photos - Le 2008-06-20 06:02:12"Avant Cannes, Martyrs comme tous les courts et longs métrages qui veulent un visa (indispensable pour toute projection publique et commerciale en France) est passé en sous-commission de classification. Il s'agit d'un groupe de 6 à 8 personnes qui servent en quelque sorte d'aiguilleurs ou de filtres. Ils sont chargés de faire remonter en commission plénière tout film pour lequel l'un d'entre eux (au moins) pense qu'il faudrait un avertissement et/ou une restriction de public (moins de 12, moins de 16, moins de 18 voire X, qui est toujours dans les textes mais jamais plus utilisé depuis le dernier visa X porno en 1996). S'ils proposent tous un "tous publics", le film a son visa et voilà. Les autres sont renvoyés en plénière. C'est ce qui est arrivé à Martyrs. Une majorité de membres de la sous-commission suggéraient pour ce film un "moins de 18 ans" et une minorité "moins de 16 avec avertissement" mais leur avis n'influe en rien sur la plénière qui seule donne son avis au Ministre après visionnement, débat puis vote à bulletin secret. Pendant le Festival de Cannes, la prétendue interdiction aux moins de 18 ans de Martyrs relevait donc de la faribole. Le Ministre qui, in fine, donne le visa ne risquait pas de prendre une décision puisque la Commission n'avait encore rien dit.
C'est le jeudi 29 mai que Martyrs a été visionné par la Commission. Le débat qui a suivi a été long, argumenté et a été suivi par un vote où le "moins de 18 ans" l'a emporté d'une voix sur la proposition "moins de 16 ans avec avertissement". J'étais partisan de cette proposition et l'ai expliqué en débat : Martyrs est pour moi un pur film de genre (horreur), avec des codes et un jeu sur la représentation de la violence. À ce titre, il me semble parfaitement convenir à des jeunes de 16 ans et plus clairement avertis sur la nature du film en question (d'où l'intérêt de l'avertissement). Comme d'autres films d'horreur récents : Hostel (1 et 2), Frontières. Pour info, le premier Funny Games avait eu aussi 16 + avertissement et son remake US, jugé moins âpre, juste un 16 ans. Les tenants du 18 ans pour Martyrs arguaient eux de l'abondance des scènes de torture et "de grande violence", notamment dans la deuxième moitié du film. En cela, ils se référaient au décret de 2001 rétablissant le 18 ans pour les films présentant "des scènes de sexe non simulé ou de grande violence". Avant ce décret de 2001, le décret en vigueur était celui de 1990 qui ne prévoyait aucune mesure entre 16 ans (au besoin avec avertissement) et le X. Dès avant la proclamation de ce décret 2001, le Syndicat Français de la Critique de cinéma et bien d'autres organisations de professionnels du cinéma étaient contre sa rédaction. Historiquement, ce décret a été promulgué pour sortir d'une impasse vis-à-vis de la refonte du Code Pénal de 1994 interdisant de laisser la moindre message pornographique à portée des mineurs de moins de 18 ans. Ce qui était le cas de Baise-moi avec ses scènes de sexe ne relevant toutefois pas du X. Auparavant la question s'était posée avec plusieurs films de Bruce La Bruce, présentant des scènes de sexe nombreuses et très hard au sein d'un film auteuriste et underground. Faute de mieux, la Commission avait statué sur ces films pour un X et la Ministre de l'époque avait opté pour le moins de 16 + avertissement en vertu de son droit de ne pas suivre l'avis de la Commission et opter pour une mesure moins élevée (le contraire est impossible, le Ministre ne peut rendre un avis plus sévère que la mesure proposée par la Commission). Grâce à ce choix de la Ministre de l'époque, les films Hustler White, Super huit et demie avaient pu sortir en France (le X aurait correspondu dans les faits à une censure, l'unique salle X de France n'étant pas disposée à proposer des films de ce type).
Pour Baise-moi la Commission avait préféré le 16 + avertissement au X et la Ministre avait suivi. Le problème était survenu ensuite de l'association "Promouvoir" qui, au nom de la défense de la Famille, avait réclamé un strict respect du Code Pénal et une interdiction aux mineurs de moins de 18 ans sur ce film. Comment faire puisque un X aurait correspondu là encore dans les faits à une interdiction en salle ? Une année plus tard, un nouveau décret (en 2001 donc) promulguait le 18 ans en vigueur aujourd'hui. Dans les premiers temps, il s'est appliqué à des films comme Baise-moi qui a pu ainsi obtenir un nouveau visa et Polissons et galipettes. Ce genre de films avec beaucoup de scènes mais un contexte "art et essai" très loin des visées masturbatoires du porno (l'an dernier encore Destricted). Les choses se sont compliquées quand la Commission a choisi de proposer le 18 ans pour des films sans sexe mais qu'elle jugeait "de grande violence". Ce fut le cas de Saw 3 puis pour des raisons voisines (grande violence et atteinte à la dignité humaine) Quand l'embryon part braconner. À savoir un pur film d'horreur labellisé en tant que tel (Saw 3) et un film japonais noir et blanc de 1966 appartenant au cinéma dit de patrimoine. Dès cette époque, le Syndicat de la critique et d'autres ont vivement protesté, demandant à la Ministre de préférer le 16 avertissement au 18 ans pour ces films. Protestation, assortie chaque fois d'une demande de recours du distributeur du film concerné. Pour L'Embryon, la Ministre n'en a pas tenu compte et a suivi la proposition de 18 ans. Pour Saw 3, elle a demandé à la Commission un deuxième visionnement (avec nouveau débat et nouveau vote) qui a été encore plus serré que le précédent mais qui a abouti quand même à un 18 ans que cette fois la Ministre a proclamé. Pour Martyrs, la Ministre a demandé mercredi dernier (le 11 juin) un nouveau passage devant la Commission qui aura lieu ces prochaines semaines. On peut penser que, comme pour Saw 3, la Ministre se ralliera à ce second avis, quel qu'il soit. »
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