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MARTYRS : INTERVIEW DE PASCAL LAUGIER

Tout sur MARTYRS - La Critique - Photos - Le 2008-09-01 07:41:38


Pour Saint-Ange, son coup d'essai, Pascal Laugier se faisait plaisir en convoquant les fantômes de Dario Argento et Richard Loncraine dans un fantasme de cinéphile où la majorité des scènes cachait des références précises. Avec Martyrs, son second long métrage, il a manifestement voulu réaliser une oeuvre radicale, sans concession, qui s'inscrit aux antipodes du précédent, évoquant les films sauvages des années 70, capables de bousculer la conscience du spectateur et de provoquer des sensations viscérales par la simple force des images. A l'arrivée, il s'agit moins d'un film d'horreur que d'un film sur l'horreur où l'intime sert de vitrine à l'universel. En prenant en compte les écueils (une tendance à privilégier la forme au fond) que certains lui avaient fait sur son précédent long métrage, Laugier a renversé la tendance en proposant un traitement visuel moins poseur et un scénario d'une cohérence inouïe. Toute la première partie cherche à surprendre en perdant le spectateur dans un dédale d'images éprouvantes, à travers des pistes hasardeuses et en dissociant clairement ce qui se passe en surface (les apparences trompeuses) et en profondeur (les secrets de la cave). L'espace d'un instant, on pense à une réunion virtuose de toutes les catégories horrifiques. Passés la puissance des images et un retournement de situation inattendu, la seconde partie reste dans le même état de fureur mais permet de déterminer les enjeux dramatiques. A moins de le voir dans son intégralité et donc de ne pas céder au réflexe instinctif qui consiste à quitter la salle, impossible de ne pas y voir autre chose qu'un simple exercice de style gratuit et provocant. Si Martyrs dérange, c'est non seulement pour ce qu'il montre (une violence graphique assez inédite) mais aussi pour son message (la relation entre les bourreaux et les victimes) dont l'ambiguïté risque d'être mal interprétée. Elle est indissociable d'une certaine forme de virtuosité. Pascal Laugier n'est pas Pasolini (il est plus instinctif que théorique) ni même Haneke. Mais, de toute évidence, il invite à se demander pourquoi ces images-là agressent à une époque déshumanisée où la violence s'est banalisée. Pourquoi le cinéma crée encore du scandale et redéfinit l'obscénité ? On en sort très éprouvé, tout en étant persuadé d'avoir vu une proposition mature et idéale de cinéma de genre qui impressionne autant qu'elle remet en cause des idées reçues.




MARTYRS de pascal laugier

Il est hallucinant de voir à quel point Saint-Ange et Martyrs sont totalement différents au niveau formel mais finalement proches sur le plan thématique. En avez-vous conscience ?
Avec Martyrs, j'ai pris le contre-pied pratique de ma méthode de travail, de la fabrication des plans. En revanche, oui, je n'ai pas du tout pris un contre-pied thématique. Je pense que le film puise aux mêmes obsessions que Saint-Ange. Des personnes qui avaient été touchées par mon premier film me l'ont souligné. Certains voient en Martyrs un remake caché de Saint-Ange. Il y a encore une dernière partie qui part totalement en vrille, deux filles dont l'une est folle, le passage de relais de la folie et de la névrose de l'une à l'autre. Il y a plein d'éléments communs de ce genre qui me paraissent très évidents. Mais Martyrs, malgré sa volonté de surprendre, est plus explicite que Saint-Ange. Je suis fan de films qui n'expliquent pas tout comme Pique-nique à Hanging Rock, de Peter Weir. Avant Saint-Ange, ce film a nourri mon fantasme français de cinéma victorien, mon amour pour la littérature Victorienne (les soeurs Bronté, Henry James pour qui j'ai toujours une grande passion). Saint-Ange correspondait au fantasme d'adapter ça dans l'imagerie française. J'aurais pu être mille fois plus explicatif au niveau du scénario, mais c'est toujours compliqué d'être sur la ligne entre la perception et ce que le spectateur a besoin de comprendre pour avancer. Il y a un truc que j'ai compris sur Saint-Ange - et c'était une erreur de ma part - c'était d'accumuler les énigmes. Je ne le ferai plus jamais. A l'époque, j'étais trop jeune et pas assez mature pour avoir ce recul-là. Je pensais que l'imagerie suffisait pour faire passer le sens. En fait, je me suis rendu compte que c'était bien plus compliqué.

C'est-à-dire ?
Je regrette d'avoir coupé un ou deux éléments indicatifs dans Saint-Ange, que j'ai filmé et où j'expliquais plus clairement que les enfants du sous-sol n'étaient pas des extra-terrestres mais des enfants de la guerre. Beaucoup de gens n'ont pas compris ça. De la même façon que beaucoup n'ont pas compris que c'était Virginie Ledoyen qui noyait les chatons. Il ne suffit pas qu'un film le dise en termes de dialogues. Les gens qui ont décroché d'un film n'entendent plus ce qu'il a à dire. La capacité moyenne de concentration d'un spectateur est de 45 minutes. C'est très important de savoir ça surtout lorsque l'on veut un cinéma sensoriel, atmosphérique. Cela demande un talent fou que je n'avais pas à l'époque. Je pense même qu'un film comme L'orphelinat n'est pas clair à ce niveau-là. A un moment donné, il s'enlise un peu et je suis incapable de raconter ce qui se passe. C'est pourquoi le personnage le plus bizarre du film, joué par Catherine Bégin, a un rôle capital dans la narration.



MARTYRS de pascal laugier - photo 15
MARTYRS de pascal laugier

Que ce soit dans Saint-Ange ou Martyrs, la dernière partie du film emprunte une direction très singulière. Un peu comme dans La prisonnière, de Clouzot. Peut-on considérer ça comme votre effet de style ?
La prisonnière n'est pas un film qui m'intéresse plus qu'il ne me passionne. C'est un film plus expérimental que concluant et au final ça ne m'émeut pas beaucoup. Ce n'est pas mon Clouzot préféré, loin de là. Je ne sais pas si on peut vraiment dire que la dernière partie de Martyrs part en vrille... Certains parlent même d'une influence de Kubrick et ça, ce n'est pas possible. Ça me fait un mal de chien parce que s'il y a bien un cinéaste qui ne peut pas inspirer un autre cinéaste, c'est Kubrick. Il a un système qui lui appartient. Je ne connais pas de descendant direct de Kubrick. J'avais pensé à un moment donné que Photo obsession, de Mark Romanek, commençait à se rapprocher d'une idée de descendance. Mais Kubrick est tellement loin et tellement expérimental. Il fait des films-cerveaux. Pour moi, il a pratiqué la politique de la terre brûlée. C'est-à-dire qu'après lui, je ne vois pas comment on peut se réclamer de son cinéma. L'empreinte est trop écrasante. Il y a des grands cinéastes à partir desquels on peut puiser sans problème des inspirations. Aujourd'hui, je trouve que ceux qui se revendiquent de Kubrick font dans la caricature avec le grand angle, la caméra au ras du sol, les travellings lents... Mais ce n'est pas ça qui fait la substance de ses films. Très clairement, je ne me permets pas d'y penser lorsque je réalise un film. C'est un cinéaste tellement écrasant que je ne regarde même jamais ses films quand je suis en phase de tournage. Je comprends en revanche que ceux qui n'aiment pas mes films soient très énervés que certains osent les comparer à du Kubrick. Quand on dit au sujet de Martyrs que c'est le « 2001 du film gore », je ne comprends pas.

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CINE : MARTYRSCINE : MARTYRS

Bienvenue en France, dans les années 70. Lucie (Mylène Jampanoï), une fillette, ...
 
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Wingfoot sur Pascal    01 sep
KARA Je souhaite à Martyrs de réussir.    01 sep
 


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