CINE : L'ETRANGE HISTOIRE DE BENJAMIN BUTTON
Tout sur L'ETRANGE HISTOIRE DE BENJAMIN BUTTON - La Critique - Photos - Le 2009-01-12 11:36:31Romain Le Vern 6
L'ETRANGE HISTOIRE DE BENJAMIN BUTTON
Un film de David Fincher
Avec Brad Pitt, Cate Blanchett, Elias Koteas, Jason Flemyng, Taraji P. Henson, Tilda Swinton, Julia Ormond, Elle Fanning, Josh Stewart, Mahershalalhashbaz Ali, Faune A. Chambers
Durée : 2h35
L'ETRANGE HISTOIRE DE BENJAMIN BUTTON de david fincher
Sous son apparence de mélodrame nostalgique et familial, L'étrange histoire de Benjamin Button ressemble au film de toutes les surprises dans la carrière de David Fincher. C'est justement parce qu'il semble plus conventionnel que ses précédents longs métrages qu'il est singulier. Pendant près de trois heures, le récit balaie plus d'un demi-siècle d'histoire américaine du point de vue d'un personnage hors norme. La construction évoque un puzzle qu'il faut recomposer et parfaire. Dans un second temps, naît une histoire d'amour classique où les sentiments régulent l'ordre et le désordre durant une période déterminée. En réunissant deux personnages hantés par la question de l'âge, le film donne à réfléchir sur le passage du temps, les possibilités de l'espèce humaine et sa propension aux bonheurs et aux malheurs. C'est dans ce domaine qu'il excelle en utilisant des prothèses et des maquillages hallucinants pour illustrer le processus de vieillissement et de rajeunissement chez le personnage principal (Brad Pitt a l'occasion de malmener sa plastique). Le revers de la médaille, c'est que les prouesses sont si efficaces que l'attention du spectateur peut dévier et que l'émotion perce difficilement.
L'ETRANGE HISTOIRE DE BENJAMIN BUTTON de david fincher
En profondeur, il n'y a pas de lien thématique entre L'étrange histoire de Benjamin Button et les autres films de David Fincher. Le cinéaste a changé, plus sobre et moins manipulateur qu'avant. A bien regarder, la vraie rupture dans son cinéma a eu lieu après Panic Room, exercice de style Hitchcockien et avant Zodiac dans lequel il proposait une antithèse de Seven dont l'esthétique a depuis été pillée par de nombreux avatars de seconde zone et des séries télévisées. Ironiquement, Fincher ramenait son enquête dans les années 70, à l'époque des polars de William Friedkin et John Frankenheimer. On peut même affirmer sans trop se mouiller qu'il faut revenir à l'époque de Fight Club pour comprendre cette évolution, en n'oubliant pas que si le film est aujourd'hui considéré comme culte (pas nécessairement pour les bonnes raisons), il fut lynché en son temps et que son auteur ne s'en est jamais remis. Depuis, dix ans se sont écoulés. Fatigué de créer la polémique, Fincher cherche à se racheter une conduite commerciale en rendant son style moins abrasif (donc plus accessible) au profit d'un grand film populaire et fédérateur. A la manière d'un démiurge, il immobilise le temps et l'espace pour jouer avec les possibilités de la fiction. A un moment donné, il raconte comment une catastrophe aurait pu être évitée en travaillant la notion de point de vue et de hasard. C'est une manière comme une autre de montrer l'éternel retour de la chance.
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