
Romain Le Vern 10
MORSE
Un film de Tomas Alfredson
Avec Kare Hedebrant, Lina Leandersson, Per Ragnar, Henrik Dahl, Karin Bergquist, Peter Carlberg, Ika Nord, Mikael Rahm
Durée : 1h54
Date de sortie : 04 Février 2009
let the right one in
Cela faisait longtemps que l'on attendait un renouveau. A des kilomètres de la série True Blood, de Alan Ball. Ici, il suffit de quelques plans (des flocons de neige qui illuminent une banlieue paumée de Stockholm, des rues désertes, des meurtres en plein air, les paroles atrophiées d'un garçon ou la première apparition fugitive d'une fille comme en lévitation) ; et c'est l'électrochoc. Ce film, on le soupçonne vite, ne sera pas comme les autres. Une nouvelle forme d'obscurité profonde se déploie devant nous, sans balise ni rien (ce qui peut dérouter), il suffit juste de fondre. Au premier degré, Morse peut être vu comme un conte initiatique sur toutes les formes de peurs avec sa nuit noire, son atmosphère de purgatoire tout blanc, sa nature inquiétante (le corps d'une victime, balancé dans l'eau, qui exhale une vapeur et s'évapore, sous nos yeux), ses routes désertes à emprunter, ses tunnels à traverser. Et, sur ce territoire, plane une menace redoutée et attendue : un mystère, une force animale, une présence maquisarde qui fait très peur. Celle d'un "enfant vampire", improbable dans cet havre d'ennui, qui a 12 ans depuis une éternité.
let the right one in
Talent inconnu dans nos contrées, Tomas Alfredson construit un univers où chaque élément (son, durée des plans, hors-champ) renvoie à l'autre dans une discrète et inquiétante harmonie, travaille les cadres avec une précision d'orfèvre, joue sur les couleurs (du bleu et du rouge) pour multiplier les contrepoints. Sur un plan thématique, il révèle une obsession du délabrement - social, familial, psychique et organique - en prenant comme héros deux enfants : Oskar, un garçon blond solitaire qui subit les brimades de ses camarades de classe ; et Eli, une fille vampire en quête d'un nouveau complice. Le spectateur observe le passage de l'innocence (le jour, la neige) à la démence (la nuit, le sang), du rêve au cauchemar dans le même prolongement cotonneux. A tous les niveaux, cette variation vampirique n'appelle pas de comparaison cinématographique (on ne pense pas à un autre film du genre en le regardant) et s'impose comme la plus inspirée depuis... Depuis Aux frontières de l'aube, de Kathryn Bigelow, qui n'a certes strictement rien à voir mais propose le même genre de choc durable.



























