box office

1

LOL (LAUGHING OUT LOUD)
entrées : 1 544 865 (2 semaines)




2

VOLT, STAR MALGRE LUI
entrées : 1 444 144 (2 semaines)




3

L'ETRANGE HISTOIRE DE BE
entrées : 1 478 534 (2 semaines)




4

CE QUE PENSENT LES HOMME
entrées : 310 809 (1 semaine)




5

LE SEMINAIRE
entrées : 295 258 (1 semaine)




6

TWILIGHT - CHAPITRE 1 :
entrées : 2 407 342 (6 semaines)




7

SLUMDOG MILLIONAIRE
entrées : 943 213 (5 semaines)




8

MEILLEURES ENNEMIES
entrées : 144 059 (1 semaine)




9

RICKY
entrées : 135 612 (1 semaine)




10

LA LEGENDE DE DESPEREAUX
entrées : 124 210 (1 semaine)

Brad pitt

brad pitt (18 Décembre 1963 - )

z>Brad Pitt est une personnalité incontournable. Omniprésent partout, dans les journaux people, à la télévision, on le voit avec sa compagne, ses enfants, on peut quasiment savoir ce qu'il a fait au jour le jour.

On a tendance à oublier avec cette attention médiatique excessive à quel point il est un acteur important, à l'affiche de pas mal de films cultes, servant ses rôles avec sensibilité et indépendance (une créativité qui a pu irriter certains metteurs en scène qui ne voulaient qu'une marionnette). En un mot comme en cent, un très bon acteur, au delà des statuts factices (de glamour et de beauté), dont on va ici revisiter la carrière pour démontrer à quel point, même dans des seconds rôles assez mémorables (l'Armée des douze singes, True Romance), il apporte réellement quelque chose de plus aux films auxquels il contribue, ne se contente pas d'être aux ordres, avec une belle prédilection pour approcher les déjantés, les désaxés et les rebelles.


American beauty

La première époque fut forcément celle de la belle gueule. Avec celle qu'il a, Brad aurait eu tort de ne pas en jouer. Donc on le voit dans une coïncidence amusante apparaître d'une manière anecdotique dans 21 jump street. Quand on connaît le mal qu'a eu Johnny Depp à se débarrasser de son statut d'acteur pour minettes en pâmoison, il est intéressant de voir qu'à ses débuts Brad Pitt courait fatalement le même risque. Après quelques apparitions au cinéma, Pitt se fait remarquer dans l'un de ces seconds rôles brillant qui vont jalonner sa carrière et construire sa réputation dans l'indispensable Thelma et Louise de Ridley Scott. Il y incarne le jeune autostoppeur qui va faire craquer Thelma, l'épouse frustrée au coeur d'artichaut, et la révéler à sa vraie nature. Bien évidemment, l'acteur incarne jusqu'au bout de son chapeau, le canon de beauté masculin à l'américaine. De quoi déchaîner quelques pucelles avec un physique avantageux et énervant (car on ne peut pas lutter). Donc devant le sourire ravageur tout ce qu'il y a de plus classique, Thelma craque et connaît son premier grand frisson. Seulement, le jeune homme est surtout un vaurien, un arnaqueur de petite envergure, braqueur frimeur et franchement minable.


C'est par cette duplicité que l'on reconnaît l'originalité de Brad Pitt, et un trait de caractère qui se retrouve dans la plupart de ses rôles; il sera un peu ou beaucoup (dans Kalifornia) la crapule, un côté mauvais garçon un peu rock n'roll, à l'allure décontractée et nonchalante. Il a surtout une corde en plus à son arc de jeu qui lui permet de ne pas incarner uniquement les jeunes premiers, assez de folie en lui pour casser cette plastique aussi avantageuse que difficile à surmonter ou à faire oublier (ce à quoi il parviendra pourtant plusieurs fois dans Snatch notamment).

C'est dans Au milieu coule une rivière de Robert Redford confirme sa prédilection pour des rôles qui échappent aux normes sociales. Il sera l'enfant terrible d'un pasteur, en opposition à son frère vertueux. Il est donc le garnement, le mauvais sujet à la mauvaise réputation qui ne se laissera jamais contrôler. Il est celui qui sort avec une indienne, qui ose descendre un rapide que personne n'avait osé défier, en risquant sa peau. Il est aussi l'élément incontrôlable et têtu que l'on va ramasser en taule après une nuit d'ivrognerie, qui mène une vie dangereuse sans se soucier de sa sécurité ou de sa tranquillité. Il ne se calmera pas, ne se conformera pas au modèle paternel strict et plein de droiture. Même si son frère plus docile que lui, il demeure pourtant toujours le fils préféré malgré ses frasques, celui que l'on attend, celui qui fait sourire, celui qu'on évoque avec tendresse tant il est moins terne que tous ceux qui l'entourent. Avec ce rôle, Redford imposait Pitt (dont la ressemblance avec lui est frappante) comme le héros américain ultime, ressemblant aux personnages de Twain et d'Hemingway, avec ce côté canaille qui lui va si bien. Le résultat est assez mémorable et assez brillant, autant pour cette Amérique nostalgique et proche de la nature que Redford aime et montre avec brio, que pour la performance de Brad Pitt qui illumine le film.


Dans Légendes d'automne, belle « novella » de Jim Harrison, adaptée par Edouard Zwick qui en fait quelque chose d'un peu trop stéréotypé et boursouflé, on retrouve le même type de personnage rongé par un démon intérieur d'une manière plus intense. C'est le farouche Tristan que l'on retient du film, sauvage, bourru, insaisissable, échappant à tous les critères. Il a deux frères dont il est très proche, l'un est intègre et strict et se lance dans la politique, l'autre est jeune, romantique et pur. Ils sont les fils d'un patriarche respecté, Anthony Hopkins, homme de haute morale, même s'il ne se conforme pas aux conventions et aux devoirs imposés par le gouvernement américain (dont il s'est détourné lorsqu'il a été témoin de ce qui a été fait aux indiens). Pris dans les tourmentes de la seconde guerre mondiale, la famille va être bouleversée, les frères vont se disputer les grâce de la belle Susannah qui, elle finit par nourrir un amour sans espoir pour Tristan. Bref tout cela est assez rocambolesque et foisonnant et ne rend pas justice au bel univers du grand écrivain qu'est Jim Harrison. Brad Pitt et Anthony Hopkins se montrent toutefois à la hauteur de la tâche et parviennent à sauver le film, à lui donner un souffle romanesque que malgré l'accumulation de péripéties, il peine par ailleurs à trouver.


Ann Rice a appris avec quelque méfiance que son oeuvre allait être adaptée au cinéma, pour la raison notamment que Lestat son vampire décadent, aristocratique et sans scrupules allait être incarné par Tom Cruise que l'on était loin d'attendre dans ce registre. Or Entretien avec un vampire de Neil Jordan, est une réussite et le meilleur film de vampires de ces quinze dernières années. On y retrouve l'univers de l'écrivain, son détournement des codes propres au genre et à sa mythologie. La performance de Cruise est inattendue et exceptionnelle. Son partenaire Brad Pitt est un peu éclipsé dans le rôle de Louis, vampire tourmenté et romantique, traînant une perpétuelle culpabilité qui le rend agaçant comparé à l'immoralité réjouissante de son partenaire, celui qui l'a fait. Pitt incarne ce rôle honorablement, le sert bien, exprime toute l'ambiguïté de sa relation avec les autres vampires (Tom Cruise, Kirsten Dunst, Antonio Banderas). Seulement, sa composition est académique comme le rôle l'exige et on ne retrouve pas ce grain de folie, cette fantaisie qui fait son charme, cette attitude nonchalante, malicieuse et décontractée. Le personnage de Louis devient alors presque un contre-emploi car il impose le premier degré à quelqu'un qui cultive plus volontiers le second.

Des rôles sur le fil

Brad Pitt a également une caractéristique assez rare: celle d'accepter de ne pas être tête d'affiche. C'est souvent le cas. Il n'est pas le personnage principal mais devient incontournable. Même lorsqu'il fait une apparition éclair comme dans True Romance de Tony Scott. Il y incarne Floyd, personnage absolument anecdotique et inutile à l'intrigue et à quoi que ce soit d'autre, colloc d'un aspirant acteur, bon qu'à se défoncer en regardant la télé. Et les interventions de Floyd deviennent quelque chose qui n'a rien à voir avec le film, des happenings jubilatoires. Le bonhomme s'amuse manifestement beaucoup à camper ce parasite déconnecté. Il est assez étonnant de remarquer qu'on peut se souvenir d'une apparition d'environ cinq minutes, juste parce qu'elle est une surprise totale et propose une performance intéressante, audacieuse et magnifiquement absurde. Il fallait oser car ce qui est dans le personnage, c'est le fruit des improvisations de Brad Pitt. C'est peu de choses mais ça renforce indiscutablement son aura culte.


Comme tout comédien estampillé « beau gosse », Brad Pitt, une fois acquise la réputation suffisante, n'aura de cesse de lutter contre cette image. Le premier contre emploi viendra avec Kalifornia où il incarne un autostoppeur barbu d'abord plutôt sympa puis franchement psychopathe, qui va terroriser le couple de bons samaritains qui a eu la diligence de le prendre comme passager. Il est également le compagnon de Juliette Lewis et la terrorise. On voit avec ce film le goût de l'acteur pour aller dans l'instable, le psychologiquement bancal, la névrose. Et contrairement à Entretien avec un vampire où sa folie était en sourdine, il s'en donne ici à coeur joie et est particulièrement convainquant dans la violence et la tension. Kalifornia est un petit film à redécouvrir, surtout pour l'aspect déjanté du rôle, un registre que l'acteur explorera périodiquement jusqu'à Fight Club. L'histoire reste assez convenue, l'évolution classique, la folie du personnage allant crescendo et devenant le principal ressort dramatique du film. Il s'abandonne à sa violence et l'acteur le fait avec une conviction remarquable, qui laissait augurer du meilleur. Il était énervant au point d'avoir une belle gueule ET un grand talent.

Ça se confirmait avec sa participation à l'Armée des douze singes de Terry Giliam (dont on attend un sursaut après Les Frères Grimm et Tideland, mais ce n'est qu'une parenthèse). En Jeffrey Goines, héritier interné totalement allumé au raisonnement erratique, Pitt tient l'une de ses plus belles interprétations. Dans un second rôle, il est brillant d'audace et de cabotinage. Il est un anarchiste incontrôlable et survolté soupçonné d'être celui qui a entraîné un désastre planétaire. L'acteur est survolté, jouant sur le ressort dont on subodorait depuis longtemps qu'il était sa marque. Il est dans ce film tout simplement brillant, totalement lâché, décomplexé, extraverti, fantaisiste. Face à un Bruce Willis assez retenu à son habitude, le contraste est frappant. Pitt est de ces rares qui peuvent en rajouter sans être ridicules, composant des caractères improbables qui donnent un supplément d'étrangeté au film (comme c'était le cas dans True Romance). Cet illuminé aussi louche (y compris dans le regard) qu'inquiétant est en symbiose avec la fantaisie de Giliam, comme Robin Williams a pu l'être dans The Fisher King. Il a l'exubérance d'un personnage dvdrama.comme le héros d'un cartoon et entraîne la démence à un niveau jouissif, presque poétique.


On retrouve cette jubilation dans le Snatch de Guy Ritchie où Pitt campe un boxeur gitan à la diction incompréhensible. L'ensemble du film est foisonnant et bordélique, peuplé de beaucoup de personnages pittoresques et marqués. Ils évoluent tous dans un univers interlope entre trafic de diamants et combats de boxe truqués. On y voit des acteurs se livrer à de beaux numéros, dans des types décalés et caricaturaux. Tout ça laisse un peu un goût d'inachevé. Il est cependant intéressant de voir à quel point Brad Pitt est doué pour l'autodérision et le décalage, même si l'histoire est passablement confuse et que l'on peine à s'intéresser à ses protagonistes.

La collaboration avec David Fincher a le plus marqué la carrière de Brad Pitt. Parce que les deux films du metteur en scène où l'acteur a tournés sont tout simplement majeurs. Ils ont marqué les années 90 au même titre que Pulp Fiction. Seven a réinventé le polar et Fight club reste un sommet inégalé dans l'irrévérence et le politiquement incorrect. Car ces deux films ont fait du bruit, dépassant pour un temps la question de la violence au cinéma la ridiculisant même.


Dans Seven, l'horreur était graphique, renforçait les crimes glauques et le sentiment de malaise claustrophobique qui vous envahissait pendant le film. Brad Pitt était le jeune flic ambitieux qui faisait équipe avec Morgan Freeman, vieux flic proche de la retraite, à la poursuite d'un tueur en série qui illustrait horriblement les sept péchés capitaux. En harmonie avec l'ambiance du film, le jeu du comédien est sombre, retenu, dans une ambiance pluvieuse, sans lumière, sans espoir. Il va peu à peu confronter son idéalisme à la réalité, jusqu'à s'y briser. Il est le jouet des circonstances, manipulé par l'assassin, avec la volonté perpétuelle d'échapper au plan dans lequel il est pris au piège, lui qui voudrait percer l'obscurité et échapper à l'horreur. Mais comme dans la logique inexorable d'une tragédie, il est pris dedans et elle le rattrape. Le surnom du tueur est John Doe, autant dire personne. Lorsqu'il apparaît sous les traits de Kevin Spacey, c'est pour représenter la fatalité, le destin qui s'est joué du jeune flic. Le tueur est aussi le reflet d'un monde aux valeurs déréglées, détraquées (où le criminel pense être un défenseur de la vertu), sans rime ni raison où seule nous reste la désillusion. C'est à la fois le sens de l'esthétique du film, la malédiction du personnage de Brad Pitt et un thème que Fincher aime à développer.


Dans Fight Club, ce thème est abordé encore plus frontalement dans la pensée nihiliste et provocatrice de Tyler Durden. Le film pointait directement l'absurdité de notre modernité, avec cette fois une dérision profonde, un humour noir absolu, une irrévérence revendiquée. Le tandem Edward Norton et sa nemesis Brad Pitt fonctionne à merveille. Tous deux sont désabusés, cyniques, pris dans un film formellement très ambitieux, à la structure complexe et à la mise en scène brillante qui n'éclipse pas les performances d'acteurs, ce qui est assez rare. Brad Pitt est la version décomplexée de tout ce que Norton refoule. Il est celui qui se déchaine au delà de tout contrôle, de toute obligation de toute morale. Tyler Durden présente les caractéristiques contradictoires d'un anarchiste libertaire et fanatique. Il ne croit en rien et est prêt à défendre son absence d'idéal jusqu'au sacrifice. Il devient le gourou de cette génération perdue et désoeuvrée qui n'a pas de guerre pour se justifier, plus de combats à mener, poussant le constat désenchanté de Seven jusqu'à l'absurde, car c'est tout ce qui reste. Le ton est anticonformiste, transgressif, un ton que l'on pressent dans beaucoup des compositions de Brad Pitt et qui trouve ici son épanouissement. Il adopte ici une allure, une touche typiquement « Pittienne » absolument cool qu'il cultivera et dont il abusera même dans la série des Ocean's.

Le statut de star

Brad Pitt est depuis longtemps hautement bankable. Il est donc souvent sollicité pour des productions importantes aux fortunes diverses. Il apparaît donc dans des oeuvres de très bonnes qualité (Spy Game, Ocean's eleven) mais aussi dans de véritables films sans âme et sans imagination, de purs produits marketting (Mr et mrs Smith) et on a pu déplorer sa présence dans une catastrophe artistique aussi spectaculaire qu'inattendue (Troie).


Dans Sleepers de Barry Levinson, Pitt incarne l'un de ceux qui ont été violés dans leur enfance par les matons de la maison de correction où ils ont été incarcérés après avoir tué accidentellement un homme. Il est celui qui va muer son traumatisme en vengeance, poursuivre ses anciens bourreaux et les traîner en justice. Le casting est exceptionnel, aucune fausse note dans cet ensemble. De Niro est grandiose en prêtre plein d'humanité, Kevin Bacon n'a absolument pas son pareil pour incarner les affreux, Dustin Hoffman est un avocat alcoolique au bout du rouleau et enfin Brad Pitt et ses compagnons d'infortune sont tous justes et touchants. Le film est certes de facture classique et académique, mais la qualité de l'interprétation et la puissance d'émotion qu'il dégage en font une oeuvre qu'on n'oublie pas.

Sept ans au Tibet de Jean-Jacques Annaud offrait un beau personnage au comédien. Plusieurs films ont été faits dans les années 90 sur le Dalaï-Lama ou le bouddhisme (Little Buddha de Bertolucci, Kundun de Scorsese). Celui-ci évoquait le Dalai-Lama dans son enfance et racontait l'amitié qui le lia à Heinrich Harrer, un alpiniste allemand qui a accepté de gravir un sommet pour y planter le drapeau nazi. Seulement, il est fait prisonnier puis s'évade pour trouver refuge au Tibet, petit royaume fermé au reste du monde. Une amitié naît avec le jeune guide spirituel de ce pays, qu'il va familiariser avec la technologie moderne. Dans le même temps, Harrer s'éveillera à la culture et à la sagesse de son jeune ami et s'écartera de son ancienne arrogance et de son égoïsme. Pitt fait ressentir son évolution par petites touches, il n'y a pas de prise de conscience soudaine ou de grande scène de contrition. On le voit au début pétri de suffisance et de froideur (effet accentué par une beauté lisse) et peu à peu, il s'anime, s'ouvre. Sept ans au Tibet est un beau film qui évite un grand travers des films biographiques: il ne raconte pas toute la vie de Harrer ou du Dalai-Lama. Juste un épisode, un moment charnière sans vocation à être exhaustif. C'est ce qui fait à mon avis toute sa force: le film fait revivre cette rencontre improbable. Brad Pitt le porte, nous rend son personnage attachant. A la sortie du film on interrogeait Annaud avec des questions du genre: « comment il est en vrai Brad Pitt ? ». Ce film vaut bien plus que ça bien sûr, mais il est vrai que l'acteur focalise beaucoup d'attention, favorise l'identification, parvient à nous rendre cette histoire proche. C'est peut-être ce que le statut de star permet.


Rencontre avec Joe Black vaut avant tout par la présence d'Anthony Hopkins qui dans la peau d'un homme en sursis, qui vit dans l'angoisse de sa mort prochaine, dans la crainte d'abandonner une existence et des êtres qui lui sont chers. Brad Pitt incarne la mort qui désire prendre des vacances et qui a négocié un délai avec Hopkins pour avoir un aperçu de la vie. Seulement, le film s'étire et désamorce cette belle idée de départ. Pitt incarne une mort ennuyeuse, monotone, le regard fixe censé être inquiétant. On l'a connu meilleur. Le film devient alors un étrange mélo sentimental un peu long, de bonne tenue, mais qui ne dégage pas grand-chose.

Spy Game de Tony Scott était quant à lui beaucoup plus réussi. Il pariait justement sur la présence de deux stars ou plutôt leurs retrouvailles: Robert Redford et Brad Pitt (dans une relation maître Jedi-jeune padawan). Le vieil espion rompu aux us de la CIA recrute et forme le jeune loup et doit le tirer du guêpier ou ce dernier s'est fourré. On revit toute leur histoire en flash-backs. Le vieux est roué, pragmatique et cynique, le jeune idéaliste, sentimental et tête brûlée. Le duo fonctionne à merveille car on a toujours tendance à les voir, y compris physiquement, comme un père et son fils. Le père ne comprend pas totalement le fils, ce dernier se rebiffe et suit sa voie mais malgré tout, ils se respectent. Si le film est une réussite dans son genre, c'est par la confrontation de ces deux acteurs et cette lecture affective que l'on peut en faire, qui dépasse le film d'espionnage. Il y a bien sûr également le dynamisme de la mise en scène, mais ce lien entre les deux comédiens est véritablement le moteur du film.


Avec la série qui commençait avec Ocean's eleven, Pitt rejoignait un ensemble et allait faire ce qu'il fait le mieux: être cool. Cette attitude qu'il a depuis le début et qui ici serait à peu près la seule justification de son personnage. On peut presque dire qu'il allait se contenter de faire du Brad Pitt, comme George Clooney ferait du George Clooney. On est dans des films de prestige, grand public, empreints de la légèreté des films d'antan comme ceux du Rat Pack de Sinatra (Ocean's eleven étant le remake de L'inconnu de Las Vegas). On est donc devant un ensemble de potes qui s'amusent dans un film élégant, qui retrouvait l'allégresse et l'esprit insouciant de l'original mais avec cette fois une mise en scène solide. Les acteurs y étaient choisis pour leur marque et leur nature, ce supplément glamour et sympathique qu'ils pouvaient apporter au film qu'ils servaient. La symbiose opère et la sauce prend. On continue dans le réjouissant avec Ocean's 12, quoiqu'un peu plus bordélique, la recette s'essouffle un peu avec Ocean's 13. Rien de déshonorant toutefois pour Brad Pitt et ses compères qui se servent ici de leur image de marque (ainsi que Frank Sinatra, Dean Martin et Sammy Davis jr le firent en leur temps): l'exercice ne manque pas de classe.


Lorsque Brad Pitt abandonna The Fountain de Darren Aronofsky, manquant de faire capoter le projet et l'amputant de la moitié de son budget pour aller tourner Troie de Wolfgang Petersen, l'un des plus grands ratages de ces dernières années, on demeure perplexes. Comment n'a t-il pas vu le désastre poindre ? Pourquoi se compromettre ainsi dans une oeuvre d'ores et déjà ringarde qui trahissait de plus l'Iliade dont il se voulait l'adaptation ? Pas de Dieux donc dans ce film, des images de synthèse qui se voient, des combats bien aseptisés sans une goutte de sang et enfin, Brad Pitt en Achille version musclor et bien virile (Patrocle était juste un ami, rien de plus, ne croyez pas les ragots !). Bref un bon gros blockbuster bien simpliste qui allait surfer sur la vague du renouveau des peplums et des batailles géantes à la Seigneur des anneaux. Seulement, la recette se voit, flagrante de vacuité. Que reste t-il de ce film sinon une belle occasion manquée: celle de donner au grand poème homérique l'illustration cinématographique qu'il mérite. Dommage car Pitt est crédible en héros antique, mais le récit est si stéréotypé que cela ne laisse absolument aucune place à l'ambigüité qu'appelait un personnage riche comme le valeureux Achille.

Alors quand on le retrouvait à l'affiche du paresseux Mr et mrs Smith, le blason de Brad n'était pas redoré. Ce True Lies du pauvre mâtiné de Guerre des Rose sur pilote automatique, est mis en scène sans la moindre audace. Manifestement monté par pur opportunisme, Voici une histoire prétexte pour avoir un succès assuré sur le nom de deux des acteurs les plus bankable du monde (le beau Brad et la jolie Angelina). La rencontre est d'ailleurs belle et rend le film supportable. L'alchimie et l'autodérision des deux comédiens finit par emporter une molle adhésion. Cependant, Pitt continue sur la même lignée que dans les Ocean's, c'est à dire fait ce qu'on attend de lui, capitalisant sur l'image que l'on a de lui et qu'il s'est façonnée.


Quand on le découvrait dans Babel, on ressentait un certain soulagement parce que le bonhomme commençait à se reposer sur ses lauriers d'acteurs pour concrétiser ses belles ambitions de producteur (les Infiltrés, Un Coeur Invaincu et l'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford). Dans le film choral d'Inarritu, Brad Pitt incarne le mari de Cate Blanchett, touchée par un coup de fusil. Leur couple rencontre des difficultés, on les sent éloignés l'un de l'autre et cet événement (qui touchent beaucoup d'autres vies), va les rapprocher. Ce rôle est assurément un tournant pour Pitt car il y apparaît plus mur, vieilli, grisonnant barbu, un homme marié et installé. Ensuite, il va loin dans son interprétation de l'urgence, de la fatigue, de l'angoisse, des pleurs de découragement, On l'a rarement vu explorer un rôle si loin, se défaire de son image et s'investir à fond dans la vie intérieure d'un personnage, faisant ressentir tout ce qu'il traverse. Au diapason du reste du film, il transcende son talent et montre le très grand acteur qu'il peut être.


Avec l'Assassinat de Jesse James, Brad Pitt confirme ce retour à des oeuvres plus ambitieuses, cette fois en tant qu'acteur et producteur, ayant acquis le pouvoir de faire ce qui lui tient à coeur, à l'image de son ami George Clooney. Dans ce western étrange il touche à une problématique qui le touche de près, puisqu'il s'agit d'une réflexion sur la gloire et son pouvoir destructeur. Robert Ford est fasciné par Jesse James, en tuant ce personnage mythique il voulait recueillir un peu de sa gloire, un peu comme Marc Chapman, assassin de John Lennon. Le comédien sous une pression médiatique perpétuelle et excessive ces derniers temps ne peut qu'être sensible à pareil propos. Ce film reprend une figure mythique de l'Ouest qui maintes fois a inspiré le cinéma et l'éclaire sous un nouveau jour. Brad Pitt a l'envergure suffisante pour incarner cette légende. On est aussi devant un comédien libre de ses choix et qui s'investit de plus en plus dans ses rôles et dans ses films, s'y dévoile, s'y engage.


RESULTATS AVEC UN TITRE APPROCHANT



Film par Acteurs