LE COIN DU CINEPHILE : L'ECHELLE DE JACOB
Regarder ce film (sorti en 91, dans la discrétion la plus désarmante) équivaut à monter des échelons qui amènent progressivement le spectateur vers une vérité terrifiante. C'est également un film à tiroir et à surprises qui gagne à être découvert vierge (traduction : ceux qui ne l'ont pas vu sont cordialement invités à changer de page). Sommairement, sans en dire trop, l'histoire est celle de Jacob Singer, un employé des postes new-yorkaises, traumatisé par la guerre du Viêt-nam, qui se perd un soir dans un métro désert. Il rentre chez lui, sa femme et son chien l'attendent. A priori, tout va pour le mieux. Dès le lendemain pourtant, il est assailli de visions terrifiantes d'hommes aux visages déformés et de souvenirs incessants de son premier mariage, de la mort de son fils et de la guerre, toujours présente, à jamais gravée en lui. D'où une douloureuse question : serait-il en train de devenir fou ?
L'ECHELLE DE JACOB
Non, vous ne rêvez pas : L'échelle de Jacob est un film d'Adrian Lyne, réalisateur conspué par la majorité des cinéphiles qui n'hésitent pas à employer le terme - somme toute excessif - de tâcheron. Or, dans cette filmo interdite où se perdent parfois de beaux nanars, il y a pourtant cette pépite, cette pierre précieuse. Immanquable, donc, et difficile à ignorer. Certains - les plus têtus - diront narquoisement que cette réussite relève du miracle, rien que pour l'éblouissante luminosité de la photographie, mais il y a pourtant des signes qui ne trompent pas...
A la base, L'échelle de Jacob est un mythe biblique qui symbolise la séparation de l'homme et du divin. C'est un titre qui résume parfaitement le parcours de Jacob, un homme désespéré qui grimpe une échelle (la "Gabalah") pourvue de quatre univers intermédiaires, constituant l'arbre de vie qui, de bas en haut, passe de l'action à la formation, de la création à l'émanation. Calquant cette structure alambiquée, le scénario de Bruce Joel Rubin, finement retors et grandement porté sur le mysticisme, est le fruit d'un travail très abouti qui possède suffisamment de matière narrative pour alimenter les scénarii d'une dizaine de films actuels. Surtout, fait rare qui mérite d'être noté: par son atmosphère torve, son détail saignant du quotidien, son univers oppressant, L'échelle de Jacob est un film qui fait peur. Très peur. Pas de manière ostensiblement manipulatrice, mais en faisant appel à des artifices subtils, à des notions communes (les références à Dante), à l'intelligence du spectateur.



























