Pour ces deux titres, voir la news :
Roger Corman : problèmes de format parue ici même.
The Undead souffre d'un recadrage qui est évident dès le générique : une partie des lettres sont amputées. Mais le pire est le traitement subi par le pauvre
The Day the World Ended dont seul le premier plan lui aussi est au format. Notons qu'en raison du grain généré à l'origine par l'emploi du procédé SuperScope, bien supérieur à celui généré par un format Cinémascope 2.35 ou même 1.85, 1.77 ou 1.66, l'image recadrée de
The Day the World Ended est la pire de toute cette série. À la différence du Cinémascope, le SuperScope n'avait pas besoin d'être filmé anamorphiquement mais - tout comme son grand-frère - il exigeait une projection anamorphique. On utilisait par conséquent des caches rectangulaires placés sur la caméra pendant le tournage – ce qui contraignait le chef-opérateur à répartir l'action plutôt sur les bords que en haut ou en bas de la fenêtre optique – puis une compression était réalisée en laboratoire pendant le tirage. L'image n'était pas aussi large que celle du Cinémascope mais plus granuleuse en raison de la perte d'une portion de la surface du négatif. En revanche, il n'y avait pas de déformation comme avec le Scope original. Raison pour laquelle ce procédé était plus économique. Il coûta 3000 US$ à A.I.P. au lieu des 25.000 $ qu'aurait coûté le véritable Cinémascope. Son effet visuel était bien sûr aussi éblouissant que celui de son grand-frère. C'est donc, aussi bien pour ce format que pour le Superama ou le 1.85, une véritable hérésie d'avoir osé mutiler l'image en fabriquant des masters recadrés en 1.33. Et c'est aux USA que cette opération aberrante fut exécutée pour le passage télévision...
Du superscope au format 4/3 : on aura tout vu !!
Notons que la télévision – à cause de son format intial carré et non pas rectangulaire et adaptable comme aujourd'hui - et la vidéo furent les responsables, au niveau mondial, tout le temps que celle-là demanda à celle-ci de lui fournir des masters et tout le temps que celle-là fut au format 1.33, de la mutilation pendant près de 25 ans du patrimoine cinématographique mondial. Avant 1970, les projections télévisées s'effectuaient le plus souvent sous la forme d'un télécinéma direct ce qui interdisait bien évidemment de tels recadrages – au prix, il est vrai, d'interruptions assez fréquentes des programmes puisque les films « cassaient » en direct et qu'il fallait patienter parfois pendant 15' avant que le recollage soit effectué !!! Mais à l'arrivée de la vidéo U-Matic, BVU puis Betacam, le « Pan & Scan » (nom anglais technique de cette opération de recadrage) se généralisa et affecta aussi bien les diffusions télés que les VHS dont les masters étaient conditionnés par les exigences des télévisions elles-mêmes.
Le recadrage dans toute sa splendeur
Nous nous souvenons personnellement d'avoir assisté, outrés et effrayés, à une telle opération dans le laboratoire C.M.C. qui honorait en l'occurrence une commande pour TF1 : en passant devant une porte, nous avions aperçu une pièce remplie de machines et de moniteurs. Notre attention avait été attirée parce que tous ces moniteurs reproduisaient la même séquence de
Hard Times/
The Streetfighter (
Le bagarreur) (USA 1975) de Walter Hill avec Charles Bronson. Les différents moniteurs reproduisaient tous une séquence identique de ce film très sympathique mais de l'un à l'autre, l'image se transformait progressivement, passant du pur et noble Cinémascope 2.35 au 1.85 puis au 1.77 puis au 1.66 pour aboutir finalement à du 1.33 soit 4/3 : stupéfait je réalisais que j'étais témoin d'une mutilation que je ne cessais de dénoncer depuis des années. Elle avait lieu sous mes yeux !! J'avais alors demandé aux deux techniciens présents qui étaient payés pour mutiler des films toute la journée par leur employeur, s'ils n'étaient pas en train de « pan & scanner » le film de Hill en prévision d'un prochain « passage télé » : - « Eh oui, c'est exactement ce qu'on est en train de faire ! » m'avouèrent ces deux pauvres garçons, un peu honteux devant mon indignation légitime ! Et nous étions dans les années 1990 !!
Le recadrage dans toute sa splendeur
Tout cela pour faire comprendre aux jeunes cinéphiles de 20 ans qui nous lisent à quel point ils peuvent remercier le ciel d'arriver à une époque où existent télévision 16/9 et DVD et le souci du respect historique du cadrage d'un film. Raison de plus pour dénoncer les industriels qui persistent à acheter, vendre, distribuer, négocier un matériel mutilé. Il faut qu'un Français refuse d'acheter à un vendeur Américain si celui-ci n'est pas capable de proposer un film au format correct par souci d'éviter des frais de télécinéma. Imaginons un livre de Balzac ayant disparu mis à part une édition dont il ne resterait qu'un volume. Et que ce volume ne contînt qu'une page du texte sur deux par un malheureux accident.... On ne prétendrait tout de même pas que lire un tel volume serait lire une oeuvre de Balzac ! Eh bien c'est exactement ce qui arriva aux cinéphiles de tous les pays pendant 20 ans – voir des oeuvres filmiques mutilées et amputées d'une partie de leur image - et qui persiste encore à se produire de temps en temps à notre époque et sur DVD. Donc soyons d'une sévérité intransigeante : que celui qui pèche ne trouve pas grâce à nos yeux !