S’il est certain que le dernier film du réalisateur
Alexandre Aja surprendra, il n’en est pas pour autant aussi décevant que cela. Certes moins original, il porte tout de même les éléments essentiels d’un renouveau et d’une recherche pour ne pas tomber dans la redite ou l’autoréférentiel. Contre critique.
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Reprenant vaguement pour base de départ quelques lignes du scénario original qui avait servi à
Into the Mirror de l’asiatique
Kim Seong-Ho, il est clair que le projet en lui-même avait de quoi décontenancer tant le film originel n’est déjà pas une référence. Long, mal foutu, mal raconté et à la révélation improbable, s’essayant à la vague des post-Ring nippons, le modèle n’avait pas grand-chose pour lui. Et ça, Aja en est pleinement conscient. Ce qu’il sait aussi, c’est que si son
Furia était un drame d’anticipation, c’est surtout ses deux métrages suivants qui lui permirent d’obtenir la notoriété dont il jouit aujourd’hui. Assuré qu’en réitérant une troisième fois la procédure du divertissement violent aux allures de survival hardcore, il allait finir par être catalogué, il recherche un nouveau projet qui l’éloigne du sous genre bourrin. Sans doute déçu par l’accueil plus que mitigé de sa production 2eme Sous-sol, le réalisateur français et son ami et scénariste Grégory Levasseur vont se pencher sur cette idée de miroirs renvoyant la face sombre de chacun. Pas la peine de s’étendre plus longuement sur l’histoire puisque, en elle-même, elle tient sur un ticket de métro. Cependant, il faut reconnaître que la sauce ne prend pas, la dimension terrifiante attendue ne se faisant jamais connaître. Par contre, le plaisir provient d’un tout autre endroit. Ainsi, si le spectateur sera sans doute déçu de ne pas assister à un nouvel ouvrage gore et viscéral, c’est dans une autre forme que le film tend légitimement, preuve de la tentative de renouvellement du réalisateur.
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Là où ses deux précédents opus,
Haute Tension et
La colline a des yeux se voulaient reflets d’un cinéma 100% bis des années 70 en réincarnant brillamment les poncifs de genres énervés, respectivement transalpin et américain, il est certain que Aja se penche aujourd’hui vers une nouvelle ère, celle de la fin des années 80. Délaissant le grain et la furie démesurée, la rage propre à une période d’expérimentations nerveuses, il s’aventure dans le divertissement un peu plus pop-corn sans pour autant oser se lancer à corps perdu dans un cinéma fun et décomplexé. C’est donc dans une ode beaucoup plus sérieuse qu’il tente de se plonger sans jamais réussir non plus à concrétiser ses envies de terreur. Car la frénésie violente ou complètement inattendue qui régnait dans certains métrages 80’s fait place à une longue mise en place des évènements et à la création d’une ambiance dont la volonté est plus qu'honorable. Malheureusement, lorsque arriveront les séquences de terreur pure, le film passera gentiment à coté. Mais laissons cet échec certain pour nous consacrer aux choix du jeune réalisateur qui mine de rien pond une œuvre, certes mineure, mais pas pour autant désintéressante. Si les puristes se verront sans doute un peu décontenancés de voir le film associé à des références telles qu’un générique reprenant l’idée magistrale de Bernard Rose sur son interprétation du barkerien
Candyman (91) par exemple, ils s’offriront pourtant une dernière partie cartoonesque rappelant le
Sam Raimi surexcité officiant sur
Evil Dead ! Plus encore que Raimi, c’est bien du côté d’un
Tobe Hooper qu’il s’aventure en emportant à la fois toutes les qualités mais aussi tous les défauts. Faisant des choix réussis rappelant
Poltergeist, il se perd pourtant dans les mêmes maux : ceux décrivant une œuvre au potentiel limité qui malgré quelques élans brillants, restera bloquée dans le carcan imposé. La démesure sonne alors comme étrangement fausse, rappelant l’apocalypse londonienne de
Lifeforce ou l’énormité de
L’invasion vient de Mars.
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Mais plus encore que les quelques allusions ici et là à un cinéma d’une autre époque qu’il tente vainement de reproduire, c’est dans un autre registre totalement différent qu’il marque son monde. Employant
Kiefer Sutherland, acteur indispensable du cinéma horrifique teen des 80’s et ayant marqué son monde avec
Génération Perdue (87) ou
L’expérience Interdite (90) de Schumacher pour qui Aja a une réelle passion, il offre à l’acteur un rôle qui sera sans doute le point fort du film. Car si l’on dégage de
Mirrors le pendant fantastique, on se laisse embarquer dans ce mélodrame conduit par un Aja aux anges et décrivant la longue chute d’un homme perdu dans les méandres de ses propres démons. Destructions des valeurs familiales, quête de l’autre, fuite de soi, Sutherland s’applique autant que Aja se réapparente au jeune réalisateur prometteur de
Furia. Bientôt les fantômes et autres apparitions terribles tombent à plat dans le calvaire de cet homme qui se révèle être la vraie bonne idée: d’ailleurs la conclusion se redirigeant vers le film original prend alors beaucoup plus de sens que dans le film sud-coréen. Aja semble donc envoûté par son acteur à l’instar du public qui espère bientôt que la phase fantastique ne soit qu’une déformation onirique d’une réalité bien plus terre à terre. Emmerdant pour un film d’horreur mais plutôt surprenant tout de même.
Mirrors, si on a fait son deuil de l’idée qu’Aja ne serait qu’un bon faiseur de spectacles brutaux, sera sans aucun doute une bonne initiative: d’autant plus qu’il se porte tout à fait volontaire pour le statut de petit film pour souffler entre deux mastodontes nerveux. Avouez qu’entre
La colline a des yeux et le prochain
Piranha 3D - dans lequel le réalisateur a promis de se dépouiller -,
Mirrors fait office d’intermède plutôt agréable. A parier qu’il fera parti de ces petites perles moyennes et officieuses d’une carrière que l’on adorera défendre comme un plaisir coupable dans dix ans...
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