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LOL (LAUGHING OUT LOUD)
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VOLT, STAR MALGRE LUI
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3

L'ETRANGE HISTOIRE DE BE
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4

CE QUE PENSENT LES HOMME
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LE SEMINAIRE
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6

TWILIGHT - CHAPITRE 1 :
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7

SLUMDOG MILLIONAIRE
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8

MEILLEURES ENNEMIES
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RICKY
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10

LA LEGENDE DE DESPEREAUX
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scarlett johansson (22 Novembre 1984 - )

Scarlett Johansson fut d'abord une enfant qui a réussi sa métamorphose. Evoquer sa carrière au cinéma jusqu'à devenir cette jeune femme glamour, c'est raconter l'éclosion d'une icône.

On pourrait d'ailleurs en dire autant de Natalie Portman avec qui elle partage l'affiche de Deux soeurs pour un roi qui sort dans nos contrées le 2 avril. Ce qui frappe c'est l'intelligence éclectique de ses choix. Elle peut autant se fondre dans le spleen de Sofia Coppola que dans un blockbuster orchestré par Michael Bay, se faire femme fatale ou apprentie journaliste un peu gourde pour Woody Allen.


LA SORTIE DE L'ENFANCE

Née en 1984, la jeune Scarlett débute sur les planches très tôt, à 8 ans. Elle fera ainsi quelques apparitions au cinéma (notamment dans Juste cause). C'est Robert Redford qui révèle d'abord le potentiel de l'adolescente dans L'Homme qui murmurait à l'oreille des chevaux en 1998. Pour la jeune fille de 14 ans, le rôle est délicat. Grace est une cavalière émérite. Sa vie bascule lors d'une balade où sa meilleure amie trouve la mort et où son cheval Pilgim est renversé par un camion. Elle s'éveille dans une chambre d'hôpital, amputée d'une jambe. Elle est totalement cynique et renfermée sur elle-même. Sa mère Kristin Scott Thomas, rédactrice en chef débordée, décide de faire soigner son cheval que l'on croit perdu, souffrant et traumatisé par ses blessures. Elle emmène sa fille et l'animal incontrôlable chez Tom Booker, au fin fond du Montana, où Pilgrim et Grace vont se confronter et triompher de leurs démons pour réapprendre à vivre. La coïncidence entre la jeune cavalière et sa monture devient le coeur du film. Au regard effaré de Pilgrim et à sa fureur, répond le visage fermé et désabusé de Johansson. L'évolution de l'histoire est donc double: la guérison du cheval est également celle de Grace.


La jeune actrice exprime déjà cette gravité, une sorte de mélancolie et d'inquiétude qui caractériseront beaucoup de ses compositions. Elle est d'abord une jeune insouciante puis devient une ado prostrée. Au fil du film, sa souffrance va se révéler, elle va se laisser atteindre, mettre à jour ses doutes, sa culpabilité et gagner sa rédemption. Grace est le protagoniste le moins stéréotypé du film (Redford est un cow boy au grand coeur, Scott Thomas est une working girl en quête de sens), son évolution est juste et touchante. Elle fait preuve d'une intensité et d'une profondeur assez exceptionnelles (la scène où elle doute que quelqu'un puisse l'aimer, l'autre où elle raconte enfin l'accident à Booker et n'est plus dans le refoulement de ce qui lui est arrivé). Elle suscite une grande empathie, elle prend déjà la lumière, on s'attache à ses regards et à ses réactions, à son timbre de voix un peu voilé.

Cette gravité et cette profondeur s'intègrent parfaitement dans The Barber, l'homme qui n'était pas là des Frères Coen. Dans cet hommage au film noir, elle est la seule à émouvoir Ed Crane, lorsqu'elle se met à jouer une sonate de Beethoven. Lui qui se tient à distance de tout, qui assassine l'amant de sa femme presque par inadvertance alors qu'il était venu lui soutirer de l'argent, il est touché par la grâce de cette jeune fille en qui il voit une incarnation de pureté. Persuadé de son talent, il veut l'aider à faire carrière en tant que pianiste, comme si elle était sa rédemption. Seulement Scarlett Johansson peut être équivoque. Elle est déjà une sorte de femme fatale dans ce film puisque lorsqu'elle fait des avances au héros, elle condamne sa dernière parcelle de foi en l'innocence. Davantage encore que le meurtre, c'est cette nymphette pas si pure que cela qui cause la perte finale du héros. Elle est de plus très lucide sur ses capacités limitées de musicienne. Elle prête de nouveau à son rôle un cynisme bienvenu, en contradiction avec son apparence d'innocence. C'est ce décalage étrange qui marque ses premiers rôles.


Cela trouvera son aboutissement dans Ghost world de Terry Zwigoff en 2002. Enid (Thora Birch, la gamine à problèmes d'American Beauty) est l'amie inséparable de Rebecca (Scarlett qui cultive volontiers un côté légèrement marginal dans ses rôles). Elles se tiennent totalement à l'écart des autres lycéens de leur âge. Avec un cynisme dévastateur et une dérision qui ne se dément jamais, elles s'amusent aux dépens de leurs semblables, tous ennuyeux, pathétiques et ridicules. Mais leur entente parfaite est bientôt bouleversée. D'une part Enid s'entiche d'un loser un peu pitoyable, collectionneur de vieux 78 tours (Steve Buscemi parfait dans la peau de cet étrange geek). De son côté, Rebecca se range en travaillant dans un fast food et en voulant se trouver un appartement. Au mauvais esprit universel qui règne au début du film succède la désillusion. Scarlett Johansson, d'abord parfaitement potache et accordée avec son amie s'éloigne vers la normalité et les responsabilités. Elle ne désignera plus les serveurs en s'exclamant avec une provocation charmante « je me le ferais bien ». Elle devient sérieuse, à l'inverse d'Enid qui s'en tient à sa première façon et devient une marginale au lieu d'une gamine gentiment allumée.

Ghost world est le récit douloureux de l'insouciance qui s'en va, lorsque ce que l'on fait commence à avoir des conséquences, à laisser des traces et des blessures. D'où le caractère indéfini et assez intéressant de ce film, on croit d'abord être devant une fantaisie irrévérencieuse puis on prend conscience peu à peu du malaise et de la gravité qui s'installe, simplement parce que l'école est finie et qu'il faut commencer à vivre, se résoudre à rendre les armes de l'innocence. C'est une thématique constante dans la carrière de Johansson, les désillusions d'après l'enfance, ce moment où l'on se sent coincé, sonné, sans savoir quoi faire. Le film tourne autour (comme la BD originale) d'Enid et de Thora Birch, mais le rôle de Scarlett qui se fait la moralisatrice de son amie antisociale n'en est pas moins révélateur.


Car c'est sur cette transition difficile de la fin de l'adolescence à l'âge adulte que le choix de Scarlett Johansson est particulièrement judicieux pour Lost in Translation de Sofia Coppola. Car de par son âge et ses choix passés, elle en est l'incarnation. Ainsi en face de Bob Harris, acteur anciennement glorieux venu piteusement tourner une pub au Japon (Bill Murray mélancolique, paumé et attachant), il y a Charlotte, fraîchement mariée à un photographe sans substance. La jeune femme, à la sortie de ses études de philosophie (branche où « il y a du fric à se faire » lui dit Bob Harris), est prise dans le vague des passions, ne sachant pas quelle direction donner à son existence. Elle pressent qu'elle veut écrire mais a encore des réserves sur quelle forme adopter, elle sait que sa vie ne lui convient pas mais ne sait pas exactement pourquoi. Ainsi elle partage le désoeuvrement du clown triste qu'incarne Bill Murray. Leurs deux errances conjuguées dans le palace puis dans Tokyo forment une très belle rencontre, deux crises existentielles à deux périodes de la vie qui finalement se répondent. L'approche de Coppola est impressionniste. On sent que l'acteur a perdu ses illusions. Charlotte est en train de renoncer aux siennes. L'incompréhension qu'ils ressentent est beaucoup plus profonde qu'il n'y paraît. Ce sont avant tout leurs deux existences qui sont désorientées, qui ne savent plus comment se traduire. Ensemble ils reprennent leur souffle et un peu de courage dans une parenthèse où leurs solitudes et leur désarroi se réconfortent.

La jeune fille à la perle est encore un film ou une jeune femme entre dans la vie. Elle devient servante au service des Vermeer dans la Hollande du XVIIème siècle. En face d'un Colin Firth assez figé dans le rôle du peintre, Scarlett Johansson est éblouissante. Le film est formellement très abouti et rend un bel hommage à la peinture du maître. Mais toute l'ambiguïté et la complexité des relations passent sur le visage de l'actrice, dans un registre minimaliste et très introverti. Elle est une jeune femme réservée et prude qui est fascinée et sensible à l'art. Malgré sa pudeur virginale, elle va se laisser troubler. Elle a l'air soucieux, perplexe, s'abandonnant difficilement, prise dans le carcan de sa fonction. Lorsqu'elle pénètre dans l'atelier du peintre et sa lumière étrange, elle entre par effraction dans l'intimité d'un créateur. Et il veut la peindre, comme en contrebande, en cachette de ses mécènes et de sa famille, juste parce que l'inspiration nouvelle qu'elle éveille en lui est impérieuse comme un désir. On s'attache aux objets, aux choses, à la nourriture, au décor et surtout à l'actrice. Vermeer perçoit la beauté qu'elle cache et peu à peu la découvre, comme s'il triomphait de sa vertu (l'incitant par exemple à dévoiler sa chevelure, à entrouvrir la bouche, à éveiller peu à peu sa sensualité étouffée sous les convenances). Et l'histoire fantasmée d'un portrait devient sensuelle, la blancheur de la peau laiteuse frémit. Le raffinement précieux de la mise en scène, son élégance fait du film de Peter Webber une belle évocation de la peinture. Plutôt qu'un biopic de Vermeer, on se trouve plongé de manière troublante au coeur de l'histoire d'une toile. Et la beauté de Johansson s'épanouit au cours du récit, lui apporte sa lumière. Elle suggère la richesse du roman de Tracy Chevallier dont le film est adapté. Grâce à elle, le film n'est pas seulement esthétiquement très étudié, il devient le cadre d'une sensibilité qui s'éveille à l'art, à sa beauté, à son trouble.


FEMMES TROUBLANTES

Woody Allen avec Match Point a saisi la métamorphose de la comédienne. En changeant de cadre et passant de New York à Londres, il s'est trouvé une nouvelle égérie, comme il n'en avait pas eu depuis Mia Farrow. Auprès d'elle, son inspiration se ressource et une nouvelle facette du cinéaste (déjà entrevue dans Crimes et délits) se dévoile. Jonathan Rhys-Meyers est un ancien joueur de tennis qui veut se faire une place dans la haute société londonienne. Il se fiance à Emily Mortimer et a tout du gendre idéal. Mais il tombe bientôt sous le charme d'une actrice américaine, liée à son futur beau frère. Cédant au charme cette jeune femme belle à se damner et s'engageant dans une liaison torride avec elle, il compromet l'avenir qu'il s'était tracé. Premier rôle de femme fatale pour Scarlett Johansson, elle crève littéralement l'écran. Il n'était pas si évident que cela de l'imaginer dans cet emploi de femme sensuelle et sulfureuse tant ce qui précédait Match Point était marqué par l'adolescence et ses problématiques. Ce rôle de maîtresse irrésistible est au départ presque un contre emploi. Mais pariant sur la beauté de l'actrice et son intelligence, son indéniable charisme, le réalisateur la fait évoluer vers autre chose. De l'irrésistible vamp, mystérieuse et tourmentée, elle va évoluer vers une position beaucoup plus disgracieuse et ingrate, celle de la maîtresse délaissée. Et Johansson se métamorphose. Elle qui nous ébahissait de sa beauté devient une jeune femme presque antipathique et pathétique, hurlant au téléphone, en détresse, ne suscitant plus du tout l'envie de succomber à la tentation. C'est dans ce second temps, lorsqu'elle apparaît furieuse et négligée que l'issue fatale et immorale se noue. Elle passe très subtilement de deux aspects opposés, de la tentatrice qui ébranle les beaux plans de l'arriviste à la victime qui ne contrôle plus rien, délaissée, irritante comme une mégère. Woody Allen est le premier à proposer des rôles qui ne tablent pas sur l'âge de l'actrice mais sur sa faculté à donner vie et profondeur à un personnage.


Ça sera encore le cas avec Scoop en 2006, film plus léger et franchement sympathique car il dévoile la fantaisie de Scarlett Johansson. Ainsi Woody en fait une étudiante apprentie journaliste naïve, ingénue et loufoque. Un peu l'antithèse de l'icône glamour qu'il imposait au début de Match Point. L'actrice, affublée d'un appareil dentaire de lunettes et surtout d'un côté nunuche absolument assumé, endosse le rôle avec une délectation visible. Elle partage l'affiche avec ce bon vieux Woody qui, comme il en a l'habitude, campe un parfait loser, un magicien nommé Splendini. Il est grotesque, peureux et d'une finesse à faire rougir un éléphant dans un magasin de porcelaine tandis qu'elle est gaffeuse et maladroite. Ce couple improbable va devoir élucider le meurtre du siècle (à l'aide d'un journaliste trépassé apparu dans la boite magique de Splendini). La situation est absurde, la farce, comme souvent lorsque Woody épouse totalement le registre, souffre de quelques longueurs (c'était déjà le cas de Hollywood Ending par exemple). Mais le duo emporte par son charme et sa complicité évidente. Scarlett Johansson s'éclaire d'un nouveau jour auprès de Woody Allen. Elle est allègre, drôle et parfaitement en phase avec un cinéaste qui trouve en elle une collaboratrice de tout premier ordre. Elle est pour son inspiration ce que DiCaprio est pour Scorsese: un renouveau inespéré. Elle le retrouvera prochainement pour Vicky Cristina Barcelona. On dirait par ailleurs qu'en la trouvant, le cinéaste a aussi pris le goût des voyages. On attend ce nouvel opus avec curiosité.

Avec sa carrière qui s'enrichissait de toutes ses réussites assez variées (de Lost in Translation à La jeune fille à la perle en passant par Match Point), il était naturel qu'Hollywood propose à Scarlett son premier blockbuster, The Island, en 2005. Sous l'oeil de Michael Bay, on pouvait craindre qu'il n'y ait pas beaucoup de place pour développer un personnage au milieu des explosions. Pourtant c'est le cas. L'histoire est d'abord assez originale et plutôt plaisante à revoir. A première vue le récit est conceptuel et riche d'enjeux. Une humanité vêtue de blanc vit dans un refuge, préservé d'un monde contaminé dont le seul refuge est une île préservée où chacun rêve d'aller, les heureux gagnants du voyage sont désignés par une loterie. Mais un de ses rescapés à force de s'interroger sur son sort va découvrir la vérité: le monde n'est pas contaminé et ils sont des clones fournissant des organes sains à leurs commanditaires fortunés. Ewan McGregor va donc s'enfuir avec son amie Scarlett Johansson pour découvrir le monde. Michael Bay et son efficacité bourrine, son montage ultra nerveux pourra ainsi reprendre ses droits et ses habitudes. Cela donne un film assez bancal. Le postulat de départ était loin d'être inintéressant avant que l'on ne retombe dans les poncifs d'un film d'action (avec poursuites en voitures dantesques). Mais grâce au contexte, les personnages ont pu s'esquisser, avoir une -petite- évolution. Ainsi de la naïveté et l'innocence première, Lincoln six écho et son amie Jordan two delta vont se déniaiser. Johansson s'en sort d'ailleurs mieux que son partenaire plus atone, exprimant d'abord la malice, la candeur, puis le doute, le trouble et la sensualité. Elle ne perd pas son âme. Elle dégage ce qu'on a pris l'habitude de voir en elle. De même Steve Buscemi est un allumé, Sean Bean est un méchant traître (pourquoi c'est toujours lui ?), McGregor un jeune premier un peu falot, Djimon Hounssou un personnage mystérieux d'une incroyable prestance... Bref ces acteurs savent quoi faire et le font bien. Cela reste un popcorn movie avec des punchlines parfois totalement stupides (« ne jamais laisser une carte de crédit à une femme »), d'énormes ficelles... Mais la blonde Johansson y est crédible et remplit bien son rôle, parvenant même à être émouvante au milieu de cette grosse machine.


Mais c'est dans des productions moins tapageuses que le talent de Johansson s'impose. Même si elle n'est dans le Prestige de Christopher Nolan qu'un second rôle, elle y développe une duplicité, une ambiguïté dans laquelle elle excelle. Car elle adopte l'obsession des deux rivaux magiciens. Hugh Jackman voue une guerre sans merci à Christian Bale, magicien de génie entièrement dévoué à son art et fait tout pour le détruire. C'est ainsi qu'il engage Johansson comme son assistante puis l'incite à aller espionner son ennemi pour percer le secrets de ses tours. Or la belle n'apprécie pas d'être délaissée et instrumentalisée ainsi. Elle va tomber sous le charme de Bale. L'intrigue est pour le moins alambiquée, pleine de revirements, de faux semblants, une belle allégorie du cinéma lui-même qui n'est que jeu avec l'illusion. Ainsi que le dit la belle phrase conclusive: Nous aimons être bernés. Et la comédienne participe à cette grande manigance, cette histoire multiple et fascinante qui ne cesse de se dérouler, flirtant avec virtuosité avec l'invraisemblable. Elle est, avec Michael Caine, l'un des personnages qui se tiennent dans l'intimité des secrets, puisqu'elle partage la vie des deux hommes et leurs obsessions. Elle est encore un personnage trouble, à la beauté trompeuse, jouant un double jeu. Elle est d'abord la créature dévouée de Jackman puis s'avère plus machiavélique, plus tourmentée.

Elle est de nouveau prise entre deux hommes dans le Dahlia Noir de Brian de Palma, adaptation décevante car trop lisse du roman de James Ellroy. La reconstitution est (trop)luxueuse, le souffle de l'écrivain étrangement absent, le récit dénué de ses frissons de fièvre qui vous envahissent à la lecture de l'oeuvre, l'enquête devient ici presque poussive. La seule force du film réside dans la très belle composition de Mia Kirshner dans la peau de l'infortunée Elizabeth Short et celle de Scarlett Johansson. On se souvient des réserves émises à l'annonce du casting qui paraissait un peu trop jeune. Pourtant, à l'arrivée, l'actrice apparaît comme une femme à la beauté classique et fascinante dans la peau de Kay Lake. Elle a été recueillie par Lee Blanchard (Aaron Eckhart) et sauvée des griffes d'un homme qui la maltraitait. A la faveur d'un match de boxe entre son compagnon et Bucky Bleichert (Josh Hartnett), le trio se forme et développe une complicité miraculeuse. Mais l'assassinat du Dahlia Noir met cette belle harmonie en péril, Blanchard devient obsédé par l'affaire et délaisse Kay, qui tente de trouver refuge auprès de Bleichert. Johansson apparaît d'abord comme une beauté hollywoodienne classique. Puis peu à peu son passé la rattrape et c'est sa vulnérabilité qui domine et qui la rend incroyablement juste et authentique. Le contraste est d'autant plus fort que ses deux partenaires ne parviennent pas à transcender leurs rôles et demeurent figés et archétypaux. Elle est l'un des seuls protagonistes du film qui gagne une âme, une existence, dont on ressent les blessures. Elle est une femme marquée, fragile, comme Kim Basinger dans L.A Confidential (adaptation autrement plus réussie d'Ellroy).


Scarlett Johannson n'est pas seulement un sex-symbol, l'une de ces beautés qui sont, le temps de quelques saisons, des héroïnes de celluloid étalées en une des magazines. Depuis son plus jeune âge elle a choisi ses rôles avec discernement, dessinant une carrière d'une grande cohérence, cultivant les personnages multiples, mystérieux, ambigus et complexes.

De l'adolescence indécise et pleine de douleur qu'elle symbolisait dans L'Homme qui murmurait à l'oreille des chevaux, aux doutes de la jeune adulte de Lost in Translation, jusqu'à la vie de femme tourmentée de Match Point, la comédienne ne cesse de se révéler, de faire évoluer son registre. Scarlett Johansson est sobre, d'un jeu raffiné, saisissant exactement ce que le metteur en scène attend d'elle. Il est étrange de dire d'une jeune femme de 24 ans qu'elle est accomplie alors qu'elle est encore prometteuse. Pourtant on la voit s'approprier un personnage comme Kay Lake dans le Dahlia noir (à qui on donnerait normalement dix ans de plus à la lecture du livre), épouser avec simplicité la pudeur de La jeune fille à la perle ou incarner Mary Boleyn dont le roi Henry VIII s'éprend d'abord dans Deux soeurs pour un roi. Elle fait preuve d'une belle justesse dans des univers très différents. C'est d'abord, cette vivacité à saisir l'esprit et la complexité d'un rôle qui la caractérise en tant qu'actrice. C'est ainsi qu'elle est belle et charismatique, riche d'une présence et d'une lumière qui se font finalement assez rares au cinéma, toujours égale à elle-même et toujours différente, dans l'intelligence des rôles.


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