Le film a été superbement restauré. Les différentes teintes originales sont bien restituées mais il reste néanmoins beaucoup de défauts de pellicule. N'oublions pas que le film date de 1921 !
c'est un film muet mais la bande musicale qui accompagne le film est claire, enveloppante et apporte son lot d'émotion.
Brouhaha, vous êtes à l'intérieure d'une salle de cinéma, et allez assister à la première d'un film. Le rideau rouge s'ouvre sur le menu d'entrée. N'oubliez pas de lire le programme, une multitude de surprises vous attendent : de nombreux compléments très intéressants tels que le script avec un accès direct aux extraits correspondants, des témoignages de l'époque, des lettres qui furent envoyées à Marcel L'Herbier (illisibles), de passionnants témoignages des comédiens et du compositeur, la biographie du réalisateur, une interview de Marcel l'Herbier et les photos du tournage. Une vraie réussite.
Une jeune femme danse dans un cabaret devant des hommes qui la déshabillent du regard . Voluptée, fougue espagnole, castagnettes, on boit, on chante... Son numéro terminé, le masque tombe, la jeune femme se précipite dans une misérable petite chambre, un enfant agonise et appelle sa mère qui le prend dans ses bras. On entre alors dans un mélodrame : une femme vient d'être abandonnée par l'homme qu'elle aimait et doit se battre pour sauver son enfant.
Il est peut-être utile de revenir sur le parcours de Marcel l'Herbier, réalisateur que certains d'entre vous on peut être oublié. Avant d'être réalisateur, il fut d'abord écrivain et publie son premier livre, Au jardin des jeux secrets, en 1914. Après la guerre, il se lance dans le cinéma en 1918 avec Phantasmes, un film inachevé, puis Rose France, un film poétique et symbolique dans lequel on retrouve l'admiration que le cinéaste porte à Oscar Wilde, Villiers de l'Isle Adam ou Nietsche. Il signe alors un contrat d'exclusivité avec Gaumont. Il y réalise des drames, des pastiches et des films fantastiques. Au toal 13 longs métrages muets. Il s'impose comme un cinéaste idéaliste et cherche à échapper aux conventions commerciales à travers de l'interprétation de ses comédiennes.
Eve Francis dans El Dorado est expressive et bouleversante. le réalisateur dresse un portrait symbolique de cette femme déchirée. Il nous offre un film superbe dont la force réside dans le réalisme et la poésie impressionniste, la force des images, limpides, qui traduisent remarquablement les pensées des comédiens. La mise en scène est admirablement fluide et très ''géométriques''. Un grand film du cinéma français à découvrir absolument.
Par Sophie Wittmer