Acteur à la filmographie foisonnante, Daniel Auteuil fait partie sans conteste des plus grands de sa génération. Le classe/pas classe se penche donc sur des réussites nombreuses mais aussi quelques bides quand même, qu'on lui pardonne toutefois aisément. Le talent, c'est aussi de savoir rebondir après un échec, et Auteuil a démontré en être également capable durant toutes ces années...
36, QUAI DES ORFEVRES : CLASSE
Après son
Gangster au ton quelque peu emprunté, le réalisateur
Oliver Marchal équilibre son style dès son deuxième film,
36, élevé au rang du grand drame policier désenchanté. Et si le récit de Marchal se révèle captivant, le cinéaste peut aussi compter sur les talents de ses acteurs,
Daniel Auteuil et
Gérard Depardieu en tête. Auteuil atteint des dimensions, osons-le, christique dans cette histoire d’un homme droit et intègre broyé par un système impitoyable. L’acteur déploie un talent rare, celui de porter le spleen à fleur de peau avec une aisance insolente, ce qui le rend d’autant plus touchant, sensuel même (le même Auteuil approfondira encore ce type de personnage dans le vénéneux
MR73). Avec ce rôle de flic déchu, nous atteignons par moments les cimes des Corneau ou Melville, et ce n’est pas le moindre des compliments que nous puissions faire.
MR73 : CLASSE
Troisième opus de la trilogie des flics selon
Olivier Marchal,
MR73 en représente aussi l’œuvre la plus radicale, la plus touchante jusque dans ses errances.
Daniel Auteuil incarne cette fois-ci un policier fatigué par la vie, défait par l’alcool, vivant son existence désespéré au rythme des bouteilles de J&B.; Œuvre sincère et jusqu’au-boutiste, elle marque un tournant dans la carrière de Marchal comme une envie d’en finir avec des convictions trop lourdes à porter. Dans ce dispositif, nous suivons le corps meurtri de Auteuil cherchant encore vainement une étincelle de vie à son existence. En signant une partition douloureuse, nihiliste, et très intime, l’acteur nous prouve à nouveau toute l’étendue de son talent au service de prises de risque remarquables. Cette volonté de s’investir dans d’autres types de cinéma aux cheminements moins balisés fait de lui un authentique grand d’aujourd’hui, à n’en point douter.
L’ADVERSAIRE : CLASSE
Magnifié par les nappes instrumentales d’Angelo Badalamenti, le film de
Nicole Garcia n’est pas aussi austère que
L’Emploi du Temps auquel on l’a souvent comparé puisque les deux films sont adaptés du même terrifiant fait divers. Jouant les mythomanes s’enfonçant dans les abysses de ses inventions,
Daniel Auteuil décroche un rôle de père fragile, emmuré dans des mensonges trop grands pour lui et qui le mèneront à sa perte. Le meurtre de sa famille au fusil de chasse nous est dévoilé dans une attente angoissante à la lisière d’un thriller fantastique. Tout disparaît. L’acteur se fond même en silhouette. Ce qu’il y a de fascinant chez Daniel Auteuil et dans le film, c’est cette capacité à effrayer sans rien montrer. Une caméra distanciée dans l’action, mais jamais sur le visage d’Auteuil, acteur bouleversant en monstre humain né d’un monde irréel. Les rôles secondaires, étouffés dans la spirale de son jeu, ont du mal à exister au-delà de la simple présence.
L'AMOUR VIOLE : CLASSE
Il y a plusieurs manières de parler des dégâts traumatiques que cause un viol. A la manière frontale, façon
Gaspar Noé, Yannick Bellon y a préféré une option pédagogique. Pas moins dérangeante quand elle filme, comme rarement dans le cinéma français, l’agression d’une infirmière par quatre hommes pour une insoutenable séquence de dix minutes. De quoi rendre encore plus douloureux le périple de cette femme apprenant à briser le tabou du silence. Malgré quelques tics d’époque,
L’amour violé n’a rien perdu de sa pertinence aujourd’hui, son militantisme féministe ayant laissé place à un bon sens. Ainsi qu’à quelques surprises comme la présence d’Auteuil en violeur froid.
LES HEROS N'ONT PAS FROID AUX OREILLES : MOYEN CLASSE
1978, la troupe du Splendid n’a pas encore été révélée au cinéma par
Les Bronzés. Les futurs cadors du cinéma comique français essaiment pourtant ici et là, dans des films doux-amers, chroniques de trentenaires un rien désabusées, où les comédiens tentent de percer. Ici c’est Jugnot et Auteuil qui s’y collent en cousins coincés qui se retrouvent avec une fille un brin délurée sur les bras. Aujourd’hui, avec cet argument, on fait des téléfilms à la pelle. A l’époque Charles Nemès s’efforçait de coller au désarroi de la génération post-soixante-huitarde avec un film mi-figue, mi-raisin, sauvé de l’anecdotique par son aspect attachant.
LES HOMMES PREFERENT LES GROSSES : PRESQUE CLASSE
La troupe du Splendid est toujours un peu tâtonnante, mais trouve son réalisateur officiel avec
Jean-Marie Poiré et cette bluette plus finaude qu’en apparence, pas très loin des instantanés sociétaux des films oubliés de
Gérard Pirès et annonçant la veine sentimentale d’un
Patrice Leconte.
Les hommes préfèrent les grosses ouvre la voie d’une comédie romantique un peu plus en phase avec son temps. Evidemment, elle a aussi vite vieilli que les tapisseries des appartements HLM qui passaient pour le nec plus ultra du moment, mais quelques jolis restes et la nostalgie de ce cinéma encore un brin innocent ont fait subsister un certain charme.
POUR CENT BRIQUES T'AS PLUS RIEN : CLASSE
Jugnot-Auteuil le retour. Mine de rien, on est passé aux années 80 entre temps. La comédie à la française y a gagné un petit souffle d’insolence. Il booste cette histoire de vrai-faux braquage où les otages d’une banque se mettent à prendre le parti de deux losers. Sous ses airs de film léger,
Pour cent briques, t’as plus rien et sa belle irrévérence contourne un certain cinéma de papa perclus de bonnes manières pour lui préférer un réjouissant politiquement incorrect, gagnant la quasi-totalité d’un casting nickel, Anémone en tête.
L'INDIC : PAS CLASSE
Auteuil prend le pli d’un
Thierry Lhermitte pour alterner lui aussi comédies et polars. Et comme lui ne pas faire les bons choix dans le second registre. Et ça ne s’arrange pas quand ils partagent l’affiche de ce thriller caricatural où en truand corse et en flic en perfecto se partageant la même femme, ils se livrent à un jeu de chat et de la souris qui fait vite du surplace. Le jeu et les dialogues tout aussi improbables finissant d’achever une psychologie de comptoir qui ferait passer le moindre épisode de
Tatort pour un sommet de nervosité et d’écriture. Plus fasciné par le pouvoir de séduction des deux jeunes premiers en vue de l’époque que par son scénario,
L’indic est resté dans les annales comme un énorme nanar.
LES FAUVES : PAS CLASSE
Tentant de s’inscrire dans l’étrange sillon de polars initié par
Rue Barbare et Tir groupé,
Les fauves surfe sur une mini-vague de productions réacs et violentes essayant de justifier tout et n’importe quoi, en l’occurrence l’auto-défense et le milieu des milices sécuritaires où sombre un cascadeur ravagé par la mort de sa femme. Ecrit comme une page de faits divers d’
Ici Paris ou
Detective,
Les fauves n’hésite jamais à en rajouter dans le n’importe quoi gratuit, que ce soit la prestation de
Philippe Léotard se défonçant à la colle où un plan insistant sur Florent Pagny à poil. Pas de quoi rendre féroces des
Fauves aux crocs des plus élimés.
LACENAIRE : CLASSE
Francis Girod était un cinéaste fasciné par l’essence du mal. Rien d’étonnant à ce qu’il ait trouvé dans la personnalité de Pierre Lacenaire, anarchiste flamboyant du 19e siècle un sujet passionnant : filmer un criminel qui soit aussi un héros du peuple. Girod et Auteuil lui rendent justice en expliquant comment un malandrin, et authentique personnage qui aurait inspiré Dostoïevski pour son
Crime et Châtiment, pouvait être charismatique ne serait-ce que parce qu’à rebours des dogmes établis. Particulièrement méconnu
Lacenaire, étonne pourtant par son aspect de one-man-show autour des démesures de la nature humaine, particulièrement haut en couleurs. Baroque et cynique, il mérite une redécouverte.
LA SEPARATION : TRES CLASSE
Comment filmer la lente désagrégation d’un couple ? En essayant d’en montrer le moins possible, laisser le gouffre ente deux êtres s’élargir jusqu’à ce qu’il ne soit plus possible de le franchir.
Christian Vincent à l’intelligence de ne jamais se placer en arbitre mais en simple observateur, sans placer le mari ou la femme dans la position de salaud de l’histoire. Juste dans une phase où les liens se sont défaits. Biopsie à froid d’une rupture en cours,
La séparation est l’un des meilleurs états des lieux sentimentaux quand l’amour s’est dissipé, laissant la place à la douleur et la haine.
LES VOLEURS : TRES CLASSE
Même quand il s’empare du cinéma de genre, le cinéma de Téchiné en revient toujours à son essentiel : des histoires d’âmes errantes ricochant sur les cahots de la vie. En l’occurrence d’un triangle amoureux entre un flic issu d’une famille de voyous, une prof de philosophie et leur conquête commune qui a disparu. Leur enquête va les rapprocher d’eux-mêmes, pour apprendre à déverrouiller leurs sentiments. A la fois incroyablement moderne et perfusé par un récit romanesque à l’ancienne,
Les voleurs enserre une fresque émotionnelle des plus amples, où chacun fait ce qu’il peut pour gérer sa culpabilité. Avec cet incroyable polar existentiel, Téchiné signe un de ses sommets entre roman noir et compassionnelles embrassades de la douloureuse condition humaine.
PASSAGE A L’ACTE : PAS TRES CLASSE
Daniel Auteuil retrouve
Francis Girod pour une nouvelle étude du mal. Cette fois-ci pour un exercice de style des plus casse-gueule. Cette histoire d’un psy manipulé par un de ses patients qui lui confesse avoir tué sa femme lorgnant autant du côté d’Hitchcock que d’un portrait de la petite bourgeoisie à la Simenon. Passage à l’acte restant néanmoins au milieu du gué, quand une fois ses ficelles tirées, le tout revient à une intrigue de roman de gare plus convenue que tarabiscotée. Même si les comédiens hissent le film vers le haut, le maniérisme de la mise en scène réduit à néant leurs efforts, particulièrement ceux de
Patrick Timsit, pas si mal en psychopathe mégalo mais filmé comme un archétype basique, entre
Monsieur Hire et Peter Lorre dans
M le maudit.
MAUVAISE PASSE : TRES CLASSE
Michel Blanc a toujours été à part dans la troupe du Splendid. Il a toujours émané de lui une sorte de mélancolie à l’anglaise. Qu’il laisse transparaître dans les films qu’il réalise. Sans doute encore plus dans
Mauvaise passe, récit d’une crise de la cinquantaine pour un français qui va faire le point à Londres où il devient gigolo. Le masque de Jean-Claude Dusse tombe définitivement dans cette vision du mal-être d’un quinqua plus sûr de rien. On n’est pas très loin du cinéma de
Claude Sautet dans ce portrait sans complaisance mais jamais exempt de tendresse,
Mauvaise passe, bide certain à sa sortie, préfigurait pourtant la peinture acerbe des rapports humains d’
Embrassez qui vous voulez.
NOS AMIS LES FLICS : PAS CLASSE DU TOUT
Bob Swaim réunit la jeune garde du cinéma français (de
Frederic Diefenthal à
Armelle Deutsch en passant par
Lorant Deutsch ou
Edouard Montoute) dans une comédie policière à la sauce provençale. Du genre où les scénaristes préfèrent glander à l’ombre des oliviers en écoutant les cigales plutôt que de fignoler le moindre rebondissement. Molle adaptation d’un sympathoche roman américain,
Nos amis les flics hésite entre quiproquos usés de sitcoms et trame de téléfilm pour M6 du mercredi soir. Pas désagréable en soi à condition de le voir dans ce contexte et non d’avoir déboursé 9€ pour se le taper en salle. Le plus rageant restant la lourde impression de se faire pigeonner par des seconds rôles (dont Auteuil) clairement venus cachetonner.
L'UN RESTE L'AUTRE PART : TRES CLASSE
Claude Berri revient à sa meilleure source d’inspiration : lui-même. Très autobiographique, il se scinde en deux hommes (
Daniel Auteuil et
Pierre Arditi) dans
L’un reste, l’autre part, parcours de plusieurs évènements marquants de sa vie (de l’accident qui clouera l’un de ses fils dans un fauteuil roulant à sa rencontre avec Nathalie Rheims) racontés dans un film âpre qui sonne comme un bilan autant marqué par les regrets que par les espoirs. Même sans vouloir lire entre les lignes ce qui tient de la réalité ou du fictionnel,
L’un reste, l’autre part ébahit par son calme apparent et son sens de la lucidité installant un des films les plus crépusculaires vu ces dernières années.
DIALOGUE AVEC MON JARDINIER : CLASSE
Daniel Auteuil trouve dans ce film intimiste de
Jean Becker un joli rôle de peintre désabusé, à la recherche de son art autant que de lui-même. Mais ce qui fonctionne surtout et donne au métrage toute sa dimension, c'est le duo que forment Auteuil et
Jean-Pierre Darroussin, rencontre de deux monstres sacrés du cinéma français. A voir ne serait-ce que pour admirer la justesse de leur jeu. Impressionnant.
NAPOLEON (ET MOI) : PATHETIQUEMENT PAS CLASSE
Il est rare que Bonaparte soit critiqué de manière virulente en France, pour des raisons assez évidentes de patriotisme, voire de chauvinisme bien de chez nous. Dès lors, il était intéressant de jeter un oeil sur la vision que pouvait apporter un réalisateur italien au sujet de notre empereur adoré. Hélas, bien que le natif de l'île de beauté soit effectivement totalement désacralisé, l'entreprise pêche trop par son manque de rigueur scénaristique et historique pour emporter l'adhésion. Le choix de
Daniel Auteuil s'avérait pourtant judicieux pour incarner cette figure de l'Histoire européenne. L'acteur lui apporte son assurance et son verbe fort, ainsi qu'une vulnérabilité à fleur de peau. Mais le grand n'importe quoi entourant Napoléon, le plaçant dans un vulgaire vaudeville se voulant drôle, empêche tout attachement au film et éclipse complètement la prestation d'Auteuil. A éviter.
L’ENTENTE CORDIALE : PAS CLASSE DU TOUT
On attendait beaucoup de la confrontation
Christian Clavier /
Daniel Auteuil. Deux grands acteurs réunis sur la même affiche, que demander de mieux ? Seulement n’est pas
Francis Veber qui veut !
Vincent de Brus, réalisateur de
L’antidote, déjà avec Clavier, mais aussi de
La balade de Titus avec Courtemanche (!), s’empêtre dans une sombre histoire d’espionnage et de puce planquée dans le bras d’Auteuil, tandis que différents terroristes tentent de la récupérer. S’engage alors un improbable road movie en plein centre Londonien, où l’on croise aussi bien
Jennifer Saunders (d’
Absolument fabuleux) que
John Cleese. Les acteurs font tout leur possible pour empêcher le bateau de couler, mais, livrés à eux-mêmes, ils peinent à relever le niveau. Leur duo ne fonctionne absolument pas et à aucun moment ne réussit à nous décrocher le moindre sourire malgré les 90 minutes de pellicule ! L’erreur réside en fait dans la répartition des rôles : Clavier joue sobre (et donc, n’est pas drôle), face à un
Daniel Auteuil totalement excentrique, ce qui ne lui convient plus du tout (« trop vieux pour ces conneries ! »). L’inverse aurait été plus judicieux…
MA VIE EST UN ENFER : DIABOLIQUEMENT CLASSE
Troisième film écrit et réalisé par la comédienne
Josiane Balasko,
Ma vie est un enfer offre à
Daniel Auteuil la possibilité de jouer un personnage haut en couleurs : un vrai méchant de cinéma, dont le jeu nous fait beaucoup plus rire que peur ! Il incarne donc Abar, un démon du cinquième Cercle, en mission sur Terre : récupérer une âme humaine en lui laissant à peine trois mois de sursis. Le film est une réussite totale. Dans cette comédie fantastique totalement barrée, Auteuil alterne entre cruauté et tendresse face à une Balasko innocente, totalement séduite par la beauté du « Diable ». Auteuil est parfaitement à sa place et trouve ici l’un des rôles les plus marquants de sa carrière ! Trop souvent ignoré, le film, aujourd’hui en DVD, mérite une seconde chance.
LE HUITIEME JOUR : MEXIIII-CLASSE !
Distingué par un double prix d'interprétation au festival de Cannes, le duo
Daniel Auteuil/
Pascal Duquenne constitue indéniablement le véritable coeur du film. Cette histoire d'une rencontre entre deux personnes qui souffrent d'un handicap similaire, ne se manifestant pas de la même façon mais ayant les mêmes répercussions (aucun des deux n'est capable d'avoir des relations normales avec les autres êtres humains), sait nous atteindre là où ça fait mal, dans le désespoir de la solitude ou de la mécompréhension, quand le monde entier est contre vous et, qu'en retour, vous lui présentez votre pire côté pour surpasser cette agression. Il y a beaucoup de cela dans
Le Huitième jour, mais pas seulement, car le film de
Jaco van Dormael fait preuve d'un coeur et d'une compassion sans borne pour ses personnages, jouant sur l'imaginaire de son héros trisomique pour nous plonger dans sa psyché, aux côtés d'un
Daniel Auteuil qui va apprendre, au bout de 45 ans de présence sur Terre, à vivre enfin. Lui que le quotidien avait entouré d'une armure grise et imperméable va de nouveau se laisser attendrir par les petites choses, avec un regard neuf qui le fera renouer avec tout ce qu'il avait perdu. Cucul, dîtes-vous ? Peut-être bien, oui, mais foutrement classe !
CACHE : CLASSE
Un animateur littéraire est contraint de revisiter un passé qu'il avait enfoui et oublié. Il reçoit de mystérieuses cassettes vidéo, des plans fixes qui montrent ses lieux de vie, ceux de son enfance. Dans la paranoïa qui l'envahit, il cherche à en retrouver l'auteur et découvre une réalité glauque et terrible (notamment d'une rencontre assez traumatisante avec un vieil ami). Son ménage est en danger, sa femme ne comprenant pas ce qui arrive. Auteuil apparaît ici extrêmement secret, d'une sobriété totale, avec une diction presque monocorde. Il tente de maintenir à distance ces souvenirs qui viennent assombrir son existence pourtant au-dessus de tout soupçon. Face à la fureur de
Juliette Binoche, il est en retrait. La caméra de Haneke a un point de vue impitoyable, froid, cru. Le film repose sur ses comédiens. A travers ce que
Daniel Auteuil exprime, laissant entrevoir le passé refoulé de son personnage, l'intrigue avance. Le cinéaste n'aide en rien (y compris avec le dernier plan du film qui laisse tout supposer). Le comédien compose un être mystérieux sous son masque bourgeois. Le suspense passe par lui, car il tente de régler seul cette histoire. Son malaise est palpable grâce à cette épaisseur qu'Auteuil a acquise où il suggère avec une belle économie de moyens un état d'âme. Son austérité et sa neutralité apparentes ressemblent d'ailleurs beaucoup au point de vue de son metteur en scène.
UN CŒUR EN HIVER : SUPER CLASSE
S’il est un rôle dans lequel
Daniel Auteuil a su s’imposer comme un acteur avec lequel il fallait compter, c’est bien dans celui que lui confia Claude Sautet en 1991 dans
Un Cœur en hiver. En effet, en incarnant avec brio un accordeur de violon aussi taciturne qu’épris, le comédien que
Claude Zidi contribua faire connaître, réussit à entrer avec ce film dans le cercle très restreint des très grands comédiens. Aux côtés de sa compagne d’alors et du toujours impressionnant
André Dussollier,
Daniel Auteuil s’illustre en démontrant entre retenue et froideur, tout l’amer d’un être que la passion consume jusqu’à la destruction. Et c’est ainsi que pour cette deuxième collaboration après
Quelques jours avec moi, celui qui endosse les habits de Stéphane gagne ses premières palmes de comédien charismatique. De fait, lui qui était à l’aise dans des rôles comiques et légers démontre dans cette composition qui donne à ce superbe film une part de sa maestria, que l’interprète de
Caché ne sera plus jamais le même et s’apprête à explorer par le jeu, des terres qu’on ne lui aurait guère promises.
LES SOUS-DOUES : PAS CLASSE
Zébulon facétieux et irrésistible dépravé,
Daniel Auteuil gagne en 1980 les écrans sous le regard de
Claude Zidi, maître es comédie populaire. Ainsi, sous les traits d’un attardé que les études ennuient et que la sèche incite à tous les débordements, notre comédien amateur s’essaie au cinéma et incarner pour incarner durant de longues années, le prototype même de la fainéantise faite élève. Sans crédit, allant de péripéties improbables en mimiques d’une excessivité inattendue, Auteuil aurait dû se griller à vie. Et pourtant, film parodique aidant, ce dernier lui donnera l’élan pour être connu du public. Catalogué comique, tendance neuneu, il est alors voué aux gémonies des puristes d’une cinéphilie radicale et semble cantonner à n’incarner que des êtres de comédie sans profondeur ni relief. Or, de telles prestations et notamment celle des
Sous- Doués vont avoir un impact insensé sur une carrière balbutiante chez le natif d’Alger puisque face à de telles reculades dramatiques, l’acteur ose rapidement l’écart qui fera prendre un tournant à sa filmographie. Dernière dérobade insensée qui le fera aller vers le meilleur, la saga des
Sous- doués résonnera chez Auteuil comme le summum du néant et restera comme le départ d’une nouvelle existence cinématographique : celle du drame à venir.
JEAN DE FLORETTE ET MANON DES SOURCES : TRES CLASSE
Avec cette saga qui lui vaudra un César de meilleur acteur en 1986,
Daniel Auteuil signe sa première prestation dramatique d’envergure. Dans la peau du méprisable et vomitif Ugolin, notre acteur issu des plus basses œuvres du cinéma populaire des seventies gagne sous la direction d’un autre Claude, un univers étonnant et sidère littéralement son monde. A la limite de l’abjection et éblouissant de surprise, l’homme qu’aidera Papet marquera la filmographie du jeune acteur et inscrira ce qui suivra sous les plus belles des auspices. En effet,
Daniel Auteuil signe ici aux côtés des monstres Depardieu et Montand, une prestation que n’éclipsera que la sublime Emmanuelle Béart, elle la jeune débutante dont plus tard il partagera plus qu’une scène. Films s’apparentant à des jalons incontournables dans sa carrière,
Jean de Florette puis
Manon des sources représentent un tournant évident et révéleront un potentiel dramatique que sauront saisir après Berri, un autre Claude, celui à qui l’on doit le sublime
César et Rosalie.
UNE FEMME FRANÇAISE : PAS CLASSE
En 1995 dans un film empesé par le poids d’un couple que tout semble écraser,
Daniel Auteuil incarne un homme qui va être trompé. Et ce n’est pas sans mal que celui-ci prend l’habit du militaire pour nous donner envie de ne jamais y croire. En effet, aux lisières du ridicule face à la sublime beauté de sa femme d’alors, celui qu’on admirait en être abjecte ou en policier décadent pâlit face à la presque apparition de Jeanne magistralement interprétée par
Emmanuelle Béart. Le personnage de Louis marque effectivement à l’écran les premières limites interprétatives d’un comédien qui semblait susceptible de tout jouer et qui ici se heurte à l’éblouissante dévorante de sa partenaire et à l’inhabituel du film en costumes. Un écart donc que ne combleront ni
Sade ni
le Bossu.
LA JEUNE FILLE SUR LE PONT : PRESQUE CLASSE
Dans la foulée des films excentriques de Leconte, La jeune fille sur le pont représente pour
Daniel Auteuil un défi qu’il ne relèvera qu’à demi, celui d’être un Gabor crédible et non poseur, c'est-à-dire un être audacieux et crédible sans être ni outrancier ni trop vulgaire. Hélas, il faut bien remarquer que l’acteur peine à exister pleinement et dans la durée dans ce rôle d’une rare difficulté. Peinant à exister en raison de l’écriture de son personnage mais aussi au nom d’une monstration esthétisante mais aussi très neutralisante, Auteuil ne parvient pas à dépasser l’écueil et se faire oublier pour que seul son personnage de lanceur de couteaux existe sur la pellicule. Alors, oui, l’acteur ici n’est pas aussi enthousiasmant qu’ailleurs mais au moins a-t-il eu le mérite malgré un demi raté d’avoir si sincèrement essayé.
Textes rédigés par Alex Masson, Romain Le Vern, Vincent Maritini, Gilles Botineau, Nicolas Schiavi, Jean-Baptiste Guégan, Nicolas Houguet, PitouWH, Joe C.
RESULTATS AVEC UN TITRE APPROCHANT