Elle allie beauté, talent et intelligence, elle parle un français impeccable, elle est aussi crédible en prostituée junkie qu'en mère de famille respectable ou veuve vengeresse rongée par la douleur,Jodie Foster incarne à elle seule toutes les femmes du monde, dans ce qu'elles ont de beau, de dangereux, de mystérieux. Notre rubrique Classe/pas classe ne pouvait conserver sa crédibilité sans s'arrêter sur la filmographie de l'actrice.
ALICE N’EST PLUS ICI : TRES CLASSE
Il y a un gros malentendu autour du cinéma de
Martin Scorsese et les femmes. Deux ans après le formidable
Boxcar Bertha, son quatrième film, road-movie collé aux pneus d’une jeune veuve se réinventant en chanteuse, balaie l’idée d’un réalisateur misogyne.
Alice n’est plus ici se passe loin de l’univers urbain et instinctif qu’on a accolé à Scorsese pour se laisser aller au portrait intime d’une Amérique banlieusarde pépère mais aussi révéler l’amour du réalisateur pour le mélo hollywoodien classique. Celui qui savait se laisser aller aux grands sentiments auxquels Scorsese laisse le temps de s’épanouir dans un rythme taraudant qu’il ne retrouvera pas avant
Le temps de l’innocence, vingt ans plus tard. Il est grand temps de redécouvrir ce beau film poussé hors champ par
Taxi Driver.
UN VENDREDI DINGUE, DINGUE, DINGUE : RELATIVEMENT CLASSE
La même année le grand public découvre
Jodie Foster en jeune pute dans
Taxi Driver, en danseuse de cabaret pour de rire dans
Bugsy Malone et en gamine changeant de corps avec sa mère dans
Un vendredi dingue, dingue, dingue. Cette production Disney est évidemment le film le plus sage du lot mais pas le plus inintéressant quand en dépit d’une morale prêchi-prêcha maison, son côté rite de passage d’une ado mal dans sa peau à l’âge des responsabilités est choupinet comme tout.
Un vendredi dingue, dingue, dingue gagne un point supplémentaire si on le découvre aujourd’hui, après son récent remake avec
Lindsay Lohan, certes plus rythmé, mais qui confirme que les mômes d’aujourd’hui sont vraiment des chieurs.
LA PETITE FILLE AU BOUT DU CHEMIN : TRES CLASSE
Quand on lit ses interviews, on a toujours le sentiment que
Jodie Foster était une petite fille modèle. Les films qu’elle a tournés, adolescente, sont à l’inverse de son image publique assez lisse. On y compte beaucoup de films étranges, au bord de l’inclassable comme cette
Petite fille au bord du chemin, où une gamine de 13 ans devient une tueuse pour protéger son corbeau. Il y a quelque chose d’une poésie funèbre dans le méconnu film de Nicolas Gessner, illustration parfaite du spleen ado, entre climat romantique et gothique à la fois. Foster, absolument remarquable, n’est pas la seule surprise estomaquante du film :
Martin Sheen est lui aussi parfait en croque-mitaine d’enfants, tout comme l’inattendu Mort Shuman en flic bienveillant. Qui aurait pu s’occuper de la musique du film ; celle qu’on y entend, absolument atroce, est la seule fausse note de ce film qu’il serait bon d’exhumer de l’oubli où il a sombré.
CA PLANE LES FILLES : CLASSE
Il faudra un jour se pencher sur le cas d’
Adrian Lyne. Derrière son étiquette de réalisateur de thrillers psycho-sexuels (
Liaison fatale) ou de mièvreries clippées (
9 semaines et ½, Flashdance) se cache peut-être un des plus fins analystes des émois féminins. La preuve avec son oublié second film, chronique de quatre jeunes femmes voulant s’émanciper de leur quotidien tristouille. Pendant qu’elles se maquillent pour aller faire la fête, Lyne pose sur elles un regard sans fard, des plus réalistes sur les années 80. On n’est pas très loin d’un équivalent féminin de
La fièvre du samedi soir, en encore plus âpre et lucide. Très joli film.
CARNY : CLASSE
Une autre belle curiosité sur le CV de
Jodie Foster avec ce film flirtant avec le fantastique. Elle y joue une jeune serveuse qui décide de prendre la route avec un cirque de freaks itinérant. A la fois chaleureux triangle amoureux et portrait froid de marginaux,
Carny est un film funambule, entre une humeur des plus antisociales et vision quasi-documentaire du monde des forains à l’ancienne, désabusés montreurs de monstres. Foster en femme-enfant découvrant sa sensualité ne fait qu’ajouter à l’aspect perturbant de
Carny, qui s’il ne se laissait pas aller à quelques passages en roue libre aurait tout d’un grand film malade.
LE SANG DES AUTRES : PAS CLASSE DU TOUT
Claude Chabrol adaptant un livre de Simone De Beauvoir aurait pu donner quelque chose d’improbable. Même pas, une fois mis en images, le roman sur la romance entre deux jeunes gens déchirés par la seconde guerre mondiale sombre dans un académisme ORTF des plus encombrants, son scénario étant découpé en tronçons grossièrement hachés, puisqu’au départ conçu comme une mini-série pour la télé. Les lourdeurs de la co-production internationale achevant de faire de ce
Sang des autres un euro-pudding virant en eau de boudin. Ses spectateurs étant vraiment pris pour des pommes par un scénario de roman photo. Clairement un film symptôme des gros moments de flemme que connaît régulièrement Chabrol.
THE DANGEROUS LIVE OF ALTAR BOYS : TRÈS CLASSE
Mystérieusement resté inédit en salles comme en DVD en France,
The dangerous live of altar boys fait pourtant partie du renouveau du cinéma ado du début des années 2000. Ce portrait d’un groupe d’élèves d’une école catho dans les 70’s est à équidistance de
Ghost world et
Donnie Darko par sa capacité à incarner le spleen ado et ses sautes d’humeur entre spasmes de déconne inventive (
Jodie Foster en nonne maléfique à la jambe de bois !) et phases dépressives. Jusqu’à savoir évoquer avec justesse ce monde parallèle qu’est celui des futurs adultes. Ne serait-ce que pour cette vision précise,
The dangerous live of the altar boys surpasse tous les
Cercle des poètes disparus du monde, en étant plus honnête sur les aspirations déçues et le désenchantement qui guette tous les ados.
INSIDE MAN : TRES CLASSE
Jodie Foster joue les femmes de pouvoir face à
Denzel Washington et
Clive Owen. Madeleine White, son personnage, est l’émissaire des hautes sphères qui gardent un œil inquiet sur le déroulement du braquage de la Manhattan Trust Bank. Ce qu’il y a de formidable chez l’actrice, c’est son incarnation d’une force tranquille et pourtant autoritaire, et le fait qu’elle reste aussi sexy dans son tailleur. Une alliance de fermeté intellectuelle et de sensualité sans artifice, c’est d’ailleurs la marque de fabrique de l’exceptionnelle comédienne. Le magnétisme de
Jodie Foster éclate aux faces des policiers, des instances dirigeantes et des braqueurs pour lesquels elle joue les médiatrices expérimentées. Madeleine White ne baisse jamais la garde, sûre de sa domination sur ce monde très masculin. Il y a de la détermination, une poigne de fer et une élégance que l’actrice était l’une des rares à pouvoir profiler pour le rôle. Elle donne au film très engagé de
Spike Lee, un écho politique de grande envergure et finit d’imposer ce film de commande comme un brûlot salvateur dans la carrière du cinéaste.
BUGSY MALONE : CLASSE
Le film raconte la montée en puissance d'un nouveau parrain, Bugsy Malone, et du conflit d'intérêt qui va opposer Fat Sam à Dandy Dan, qui possède l'arme absolue : la mitraillette lanceuse de crème. Sur le papier, l'intrigue laisse perplexe... Des gamins qui se lancent des tartes à la crème et pots entiers de chantilly en pleine face en chantonnant des titres en mode Broadway ! Pourquoi pas, mais il faut un certain talent pour ne pas tomber dans le ridicule, la surenchère inutile ou l'exercice de style vain. Mais la force du film réside en sa capacité à créer une réelle société régie par des enfants, à leur hauteur et dans les limites que cela impose. Ainsi, les grosses et belles voitures sont à pédales et les fusils sont chargés de crème, on boit du lait et pas d'alcool et ce qu'il y a de plus flagrant c'est que ces enfants sont certainement bien plus intelligents que les caricatures qu'ils incarnent. C'est d'ailleurs dans un final prônant la paix et l'amour, faisant la part belle aux talents de danseurs des jeunes comédiens que le film décide de mettre un terme à cette histoire de violence à petite échelle. Pour l'anecdote, tous les comédiens ont été doublés pour les parties chantées du film. Pour le reste, ce sont bien les jeunes recrues qui font état d'un talent incroyable en travestissant leur âge et en tenant des conversations dignes des polars les plus sombres des années 1930.
Jodie Foster, en groupie du mafieux y interprète l’un de ses premiers rôles de femme fatale à seulement 14 ans. Subitement culte…
CANDLESHOE : GENTIMENT CLASSE
Dans la lignée des films Disney réservés à un jeune public réalisés dans les années 1960 et 1970,
Candleshoe fait partie de ces œuvres mineures mais sympathiques mettant en scène une galerie de personnages plus amusants les uns que les autres aux caractères bien trempés. Sorte de dessin animé en prises de vues réelles,
Candleshoe met en scène David Niven et
Jodie Foster dans une histoire de chasse au trésor rocambolesque dans un petit cottage anglais.
Da Vinci Code avant l’heure… La jeune comédienne y fait la petite peste blonde avant de se confronter à son sens moral et d’aider une famille dans le besoin. Bons sentiments, relations intergénérationnelles faciles et peu conflictuelles et scènes d’aventures accélérées ponctuent cette gentille production oubliée que vous pouvez redécouvrir en DVD. Pas besoin de se précipiter néanmoins…
LES ACCUSÉS : ASSEZ CLASSE
En 1988,
Jodie Foster tourne dans le film de la consécration, celui qui lui permettra de décrocher les prestigieuses statuettes du Golden Globe et l’Oscar de la meilleure actrice. Réalisé par Jonathan Kaplan, ce succès critique et public raconte l’éprouvant parcours d’une jeune femme violée et dont le procès réserve bien plus de mauvaises surprises que prévu. Si le film souffre parfois de quelques longueurs, nous avons affaire ici à une œuvre souvent bouleversante permettant à
Jodie Foster de faire état d’un talent démesuré. Maîtrisant le drame et l’aspect pathétique de son personnage, la comédienne est touchante de naturelle, prise de passion pour un rôle difficile mais passionnant. Entre le thriller et le film de justice,
Les Accusés a cependant pris quelques rides en 20 ans mais la prestation de la comédienne principale (et de sa camarade
Kelly McGillis) est tout simplement inoubliable. On se souvient encore des quelques images chocs qui rythment le film mais offrent une dimension violente et sans concessions peu négligeable dans une production hollywoodienne. Un film qui évite les clichés du genre mais qui tient principalement par Foster, royale.
LE SILENCE DES AGNEAUX : CLASSE
Faut-il véritablement revenir sur le film culte de
Jonathan Demme ? Véritable œuvre phare des années 1990 introduisant l’un des monstres les plus célèbres du cinéma contemporain, le film n’aurait jamais pu fonctionner sans l’excellent duo de comédiens composé par
Jodie Foster et
Anthony Hopkins. Leur confrontation, tout simplement mémorable constitue le point d’orgue d’un scénario dont l’enquête policière passe au second plan. La comédienne, forte et fragile à la fois, permet de trouver un excellent équilibre avec la froideur d’Hannibal et son flegme légendaire. On se souviendra donc de leur première rencontre, du regard d’Hopkins, de la peur camouflée de Foster et de nos sueurs froides. La comédienne rafle une fois de plus la statuette de la meilleure actrice aux Oscars tandis que le film de Demme peut se targuer d’avoir effectué un violent hold-up en subtilisant les récompenses les plus prestigieuses telles que meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur acteur et meilleur scénario adapté...
UN LONG DIMANCHE DE FIANCAILLES : TRES CLASSE
Un long dimanche de fiançailles est un film magique réalisé avec maestria et rigueur. Une rigueur qui se retrouve dans le montage et la construction temporelle, parfaitement maîtrisée où une douzaine de personnages se font écho et dialoguent sans jamais perdre de vue le fil conducteur du film (vous savez, le fil de Mathilde qui la mènera vers Manech ou qui la pendra...). Douze personnages donc, merveilleusement bien interprétés par des acteurs habités...Et
Jodie Foster, qui trouvait ici son meilleur rôle depuis bien longtemps, aussi court soit-il ! Plein de petits détails rendent ce film unique et tout concoure à faire de cette oeuvre un petit chef d'oeuvre... Et à l'image de Tina Lombardi (Cotillard, divine) haineuse, et pourtant fragile qui n'arrive pas à tuer de façon directe ses ennemis (voyez les chemins détournés qu'elle utilise : le miroir, les lunettes...), ce long dimanche repose sur un fil terriblement tendu et aiguisé, prêt à claquer. Un fil qui balance le spectateur à la fois dans les horreurs de la guerre tout en montrant l'homme dans ses plus bas instincts, dans ce qu'il a de pire et également dans cette recherche de l'amoureux perdu à laquelle tous veulent participer comme pour guérir, eux aussi, leurs blessures de guerre et retrouver quelque chose de perdu… Jeunet signe un film populaire, dans le meilleur sens du terme, et profite des moyens qu'on lui a donné pour nous greffer des ailes, à nous, spectateurs-albatros, qui survolons et plongeons dans cette peinture de l'homme et de la vie. Jeunet sait doser, sait émouvoir au moment opportun et ne tombe jamais dans la facilité, le grand-guignolesque ou le "pour faire joli". Jeunet est un grand, très grand réalisateur et une fois encore merci car il redonne au cinéma français un nouveau souffle et une nouvelle vie...
A VIF : ASSEZ CLASSE
Il est toujours délicat d'évoquer le thème de la vengeance, et plus particulièrement quand elle entraîne une folie meurtrière. Le film de
Neil Jordan pose l'éternelle question de la justice individuelle, de ses conséquences et de la morale qu'elle engendre. Est-il concevable de faire sa propre justice ? Dans quelles circonstances ? Quelles en sont les frontières ?
A vif englobe ces interrogations et prend étonnamment des chemins peu balisés, souvent mal limités mais assez intéressants pour ne pas crier instantanément au scandale... Le film possède en effet un atout majeur : son actrice principale. Faisant état d'un grand talent,
Jodie Foster réussit l'exploit d'interpréter ce personnage complexe d'un être tiraillé entre ses valeurs et sa soif de vengeance... Il est passionnant de voir comment cette femme, parfaite sous tout rapport, sure d'elle et visiblement intègre peut prendre à contre-pied toutes ses croyances et sombrer dans une descente aux enfers la menant aux actes les plus désespérés. Partant dans une guérilla contre les malfaiteurs de ce monde, Erica Baine va alors pointer son arme et tirer... Car il est facile de tuer,
Neil Jordan nous le fait comprendre. Mais il est encore plus facile de recommencer. Et là où le film aurait pu perdre pied, en cherchant la sympathie du spectateur pour cette meurtrière, il ne fait que légèrement trébucher. Car si l'écriture est parfois un peu lourde, on se surprend à comprendre le processus pouvant pousser à agir ainsi. C'est notamment grâce à la subtile utilisation du métier d'Erica, reporter radio, et de son magnétophone lui servant de journal intime, que l'on suit la pensée du personnage et son évolution. Intelligemment, Jordan ne cherche pas à excuser les actes de cette dernière mais plutôt à les expliquer. Il s'attarde ainsi beaucoup plus sur l'état mental et physique d'Erica que sur les meurtres...
FLIGHT PLAN : PAS TRES CLASSE
Kyle Pratt (
Jodie Foster) embarque à bord d’un avion avec sa fille Julia. Jusqu’ici tout va bien. Mais après un petit somme, Kyle réalise que sa petite fille a disparu. Fouillant chaque recoin de l’avion Kyle finit par se demander si elle n’est pas devenue folle tandis qu’aucun passager de l’avion ne semble jamais l’avoir aperçue en compagnie de la gamine. Mystère à la
Lost ? Conspiration généralisée ? Thriller fantastique à la
Mémoire Effacée ? Rien de tout cela. Jodie est juste prise dans un thriller non-sensique. Esbroufe proche de l’arnaque de premier ordre,
Flight Plan voit son actrice se débattre le long d’un grand couloir qui vole pendant plus d’une heure trente en criant à qui veut bien l’entendre qu’elle retrouvera sa môme. Et le spectateur insulté d’avoir été pris pour un pigeon de haut vol, tandis que les passagers étourdis n’avaient tout simplement rien vu, rien entendu. C’est pas très malin.
PANIC ROOM : CLASSE
Beaucoup ont conspué
Panic Room sous prétexte que le maître du thriller maniéré
David Fincher, au lieu de livrer une nouvelle révolution thématique et mentale à ses spectateurs, se permettait ici de s’offrir une petite pause récréative en mettant en scène à grands coups d’expérimentations « simplement amusantes », un huis clos au scénario simple et efficace. Et c’est d’autant plus dommage que simple et efficace,
Panic Room l’est vraiment. Utilisant à fond le concept de la fameuse chambre du titre, Fincher use (et abuse il est vrai) de ses cadres pour créer une ambiance malsaine et emploie ses acteurs au mieux de leurs capacités.
Forest Whitaker,
Jared Leto, et surtout
Jodie Foster, impériale dans ce rôle de mère qui lui va ici si bien, poussée aux dernières extrémités afin d’assouvir les exigences de son instinct maternel. Sorte de variation du thème de l’envahisseur au cœur d’une forteresse de béton urbaine,
Panic Room voit Jodie camper une Ripley terrestre magnifique, pleine de hargne et d’énergie. On aura beau dire, même le plus mineur des thrillers de Fincher reste un mètre étalon à étudier.
CONTACT : TRES CLASSE
Sorte de pendant adulte au
Explorers de
Joe Dante, le
Contact de
Robert Zemeckis voit note Jodie préférée incarner une scientifique passionnée par l’exploration des étoiles et le contact extraterrestre. Aidé par une réalisation au caractère réaliste portant par contraste aux nues ses passages fantastiques, Jodie happe littéralement le spectateur tant les convictions, l’enthousiasme et l’humanité qui se dégage de son personnage sont touchants et porteurs d’espoir. Tour à tour motivée, hallucinée, fragile ou seule contre tous, l’actrice passe avec une aisance stupéfiante d’un registre à l’autre, construisant une performance remarquable qui émeut autant qu’elle donne foi en une âme humaine regardant toujours au loin. De là à dire que le film tient en grande partie sur sa performance, il n’y a qu’un pas.
TAXI DRIVER : LA CLASSE MONDIALE
Voici la descente aux enfers de Travis Bickle. Il est le plus beau représentant de cette violence soudaine qui fait souvent irruption dans les films de Scorsese. Ce sociopathe moraliste qui se rêve justicier est sans doute l'un des personnages les plus aboutis du cinéaste, car il est la synthèse de toutes ses obsessions. Il est marginal, en dehors des lois qui régissent le monde. Il ne les rejette d'ailleurs aucunement, mais il est comme hors sujet, l'un de ces oubliés qui ne sauraient se conformer aux usages du monde. Travis c'est aussi la révolte d'un loser, dont la frustration longtemps contenue va lui donner la force de commettre un acte barbare, de passer de l'autre côté.
Pendant toute la première partie du film, il tente de « s'intégrer », de draguer cette jolie militante qui oeuvre au bureau de réélection d'un sénateur démocrate. Bon d'accord, il la traque un peu en cachette et l'espionne comme un rôdeur pas très catholique. Mais il obtient quand même un rancard avec la belle. Ça se corse seulement quand il emmène cette jeune fille rangée et BCBG au cinéma pour voir un film porno. Technique de drague certes très originale, mais à déconseiller. A partir de là, ce pauvre type, car c'en est un, développe une sorte d'obsession. Il veut tuer ce fameux sénateur qui serait la cause de sa perte et laver cette ville qui déborde de vices et de péchés. A cette fin, il se met en tête de sauver une jeune prostituée de treize ans (Jodie Foster) des griffes de son horrible mac (Harvey Keitel).
Dans ce long naufrage vers une folie vengeresse et meurtrière se construit le personnage légendaire qui scellera l'alliance de Scorsese et De Niro en symbiose totale. Dans la folie qui envahit son personnage, l'acteur improvisera face à un miroir le fameux « you talkin' to me », gravé dans la mémoire de tout cinéphile qui se respecte.
Dossier rédigé par Alex Masson, Kévin Dutot, Nicolas Schiavi, David Brami, Nicolas Houguet.