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clive owen (3 Octobre 1964 - )
Il y a cinq ans encore, avant Gosford Park (Robert Altman), le nom de cet acteur britannique de 42 ans était encore quasiment inconnu hors des frontières de son pays. Depuis, impossible de passer à côté de Clive Owen, l'une des stars les plus demandées à Hollywood et ailleurs, qui enchaîne film sur film avec un souci constant d'explorer tous les genres possibles. Ce succès éclatant, un peu tardif mais parfaitement mérité, il le doit en premier lieu à une persévérance hors du commun. Gros plan.
INSIDE MAN
Né en octobre 1964 à Coventry et quatrième d'une famille de cinq garçons, Clive Owen arrête sa vocation dès l'âge de 13 ans : depuis qu'il a interprété Artful Doger dans la pièce Oliver ! jouée par la petite troupe de théâtre de son école, il veut être acteur et rien d'autre. Négligeant ses études, il ne croit pas non plus à l'utilité des cours de théâtre malgré l'insistance d'un professeur qui lui arrange une audition à l'école d'art dramatique de Mountview : l'audition est réussie, mais il décline finalement l'offre pour poursuivre ses activités au sein de la troupe de son enfance. Sauf que cela ne débouche pas sur grand-chose. Après deux années de vaches maigres, la chance lui sourit enfin, même s'il doit pour cela momentanément laisser de côté son aversion pour toute forme d'enseignement. Son salut, c'est la RADA (Royal Academy of Dramatic Art), prestigieuse école à laquelle il postule en 1984 pour y être reçu dans la foulée et obtenir son diplôme trois ans plus tard, à l'âge de 23 ans. Même lorsque l'on ne croit pas aux vertus d'une formation officielle à l'art de la comédie, le fait est que les contacts et expériences que l'on y acquiert s'avèrent souvent précieux à l'arrivée. En plus de côtoyer un certain Ralph Fiennes durant ses études, il voit une opportunité en or lui tomber du ciel avec la nouvelle pièce d'Howard Baker, Women Beware Women, dont sa classe prépare une représentation avec Gary Oldman dans le premier rôle. Ce dernier étant tombé malade, on demande à Clive Owen de le remplacer au pied levé. La pièce se joue au théâtre londonien Royal Court et marque le début d'une longue et fructueuse carrière théâtrale qui se poursuivra jusqu'en 2001.
CHANCER
David Thewlis et Clive Owen dans VROOM
Presque simultanément, le comédien débute en 1988 une carrière au cinéma dans le road-movie Vroom (Beeban Kidron) aux côtés de David Thewlis (Naked, Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban). Mais c'est la télévision qui le fait connaître du grand public britannique, et plus particulièrement le rôle du séduisant Stephen Crane dans la série télévisée Chancer, diffusée en 1990. Pourtant, par crainte de se retrouver catalogué dans un seul et unique type de rôle et lassé de l'attention excessive que lui portent les tabloïds anglais, Clive Owen abandonne la série qui n'a alors que deux saisons à son actif. Cette peur de se laisser emprisonner explique d'ailleurs son plus récent refus de succéder à Pierce Brosnan dans le rôle de James Bond, au grand dam des fans de l'agent secret. En 1991, en dépit de son désistement de Chancer, l'aura de Stephen Crane lui colle encore tellement à la peau que sa prestation sulfureuse dans Close my Eyes (Stephen Poliakoff), dans lequel il incarne le frère incestueux de Saskia Reeves, lui vaut l'incompréhension générale. Et pas seulement celle du public puisque ses contrats passés avec certains publicitaires deviennent caducs du jour au lendemain. Shocking ! Un rejet quasi-unanime qui l'encourage à s'écarter provisoirement du grand comme du petit écran pour se consacrer de nouveau à la scène.
CLOSE MY EYES
Clive Owen ne réapparaît à la télévision que deux ans plus tard, mais aux Etats-Unis cette fois. Réalisée par Gregory Hoblit (Peur Primale), la série s'intitule Class of' 61 et compte aussi Laura Linney dans son casting. Il retrouve ensuite Stephen Poliakoff à l'occasion du film d'époque Century, où il donne la réplique à Miranda Richardson. Mais le succès cinématographique n'est pas encore au rendez-vous et il n'a d'autre choix que d'alterner avec la télévision pour assouvir sa soif de rôles variés. Le cinéma lui offre tout de même quelques opportunités à partir de 1996 puisqu'on le retrouve notamment dans le film américain The Rich Man's Wife (Amy Holden Jones) avec Halle Berry. Plus intéressant cependant est son film suivant, Bent (Sean Mathias), adaptation d'une pièce de théâtre britannique dont l'action se situe à Dachau, et où il incarne un homme qui préfère porter l'étoile jaune que de révéler son homosexualité. Il est entouré de Ian McKellen, premier interprète du rôle sur les planches, de Mick Jagger et de Jude Law – dont c'est l'une des premières apparitions sur grand écran. La controverse Close My Eyes semble déjà loin et le comédien se plaît apparemment à briser l'image de jeune homme charmant et charmeur qu'il a acquise à la télévision. La même année, il remonte sur scène pour s'illustrer dans Closer, pièce à succès qui sera quelques années plus tard adaptée au cinéma, comme chacun sait. Au théâtre, il n'interprète pas le rôle du docteur mais celui de Dan, tenu par Jude Law dans la version cinéma. L'enthousiasme critique est tel que la pièce se voit reprise à Broadway peu de temps après, avec d'autres comédiens à l'affiche. Mais aussi populaire soit-il auprès de ses compatriotes depuis près d'une dizaine d'années, Clive Owen continue de rester à peu près inconnu aux yeux du reste du monde jusqu'en 1998. Jusqu'à Croupier.
CROUPIER
Ce polar signé Mike Hodges (Get Carter, 1971) essuie pourtant un accueil glacial de la part du public anglais. Clive Owen y incarne Jack Manfred, un apprenti-écrivain qui se résigne à accepter un job de croupier dans un casino pour arrondir ses fins de mois. D'abord distant, il va progressivement se laisser happer par cet univers interlope, jusqu'à y perdre son âme. Etrangement, c'est la presse américaine qui s'emballe pour ce film sorti dans la plus parfaite indifférence dans son propre pays. Et c'est le jackpot à retardement pour l'acteur qui, revenu vers la télévision entre temps, voit d'un seul coup affluer les propositions d'outre-Atlantique où son magnétisme et la profondeur de son jeu ont durablement bouleversé les critiques.
GOSFORD PARK
La suite, c'est le film Greenfingers (Joel Hershman) avec Helen Mirren, et surtout un premier rôle récurrent dans la série de spots télévisés pour BMW, The Hire, qu'il tourne en 2001. Produits par David Fincher pour l'Internet et dirigés par de grands noms du cinéma tels que John Frankenheimer, Alejandro González Iňárittu, Ang Lee ou encore Wong Kar-Wai, ces courts-métrages à l'esthétique chiadée mettent tous en scène The Driver, un personnage mystérieux et placide qui se retrouve confronté à toutes sortes de situations rocambolesques agrémentées de défis automobiles à la gloire de la marque allemande. Une seconde saison voit le jour en 2002, produite cette fois par RSA Films, la société des frères Scott, donnant l'opportunité à Clive Owen de reprendre son rôle sous la direction de Tony Scott puis de John Woo, notamment. La même année, il confirme tout le bien que l'on pense de lui dans le polar classy et tortueux de Robert Altman, Gosford Park. Le public international commence à retenir son visage et son nom lorsque sort sur les écrans l'excellent The Bourne Identity (Doug Liman), dans lequel l'acteur s'acquitte avec brio du rôle d'un tueur missionné pour exécuter l'insaisissable Matt Damon. Avec brio parce que c'est un personnage que l'on n'oublie pas malgré son peu de temps d'apparition à l'écran et son mutisme inquiétant. Question de charisme.
THE HIRE
Au cours de l'année 2003, Clive Owen renoue avec Mike Hodges pour Seule la mort peut m'arrêter / I'll Sleep When I'm Dead, un film de gangsters maîtrisé qui n'est sorti que très tardivement sur les écrans français – l'été dernier pour être précis. Il enchaîne avec Sans Frontière / Beyond Borders (Martin Campbell), où il a pour partenaire Angelina Jolie dans une histoire centrée sur la cause humanitaire. En dépit de la popularité des deux comédiens, le film n'a jamais eu l'honneur d'une sortie en salles chez nous. Quoiqu'il en soit, l'aura grandissante de l'acteur ne pouvait l'écarter longtemps de l'accès au sommet d'une onéreuse production hollywoodienne… Et comme nul n'est à l'abri de quelques incidents de parcours, il s'avère que ladite production s'inscrit en bonne place dans le palmarès des pires divertissements de ces dernières années. Ce film, c'est Le Roi Arthur d'Antoine Fuqua, une boursouflure écœurante qui, en plus de massacrer l'une des légendes européennes les plus populaires, se paie le luxe d'infliger au spectateur deux heures d'ennui mortel à l'état pur. Double naufrage artistique et commercial (51,9 M$ de recettes US pour un budget de 120 M$, de quoi laisser songeur), le film ne vaut que pour la prestation de Clive Owen, seul à déclamer correctement et avec conviction son texte dans cet océan d'anachronismes transcendé par une bêtise ahurissante de tous les instants. Fort heureusement, sa prestation plus que sensationnelle dans Closer (Mike Nichols) vient très vite balayer ce faux pas.
CLOSER
Le personnage de Larry, dermato cynique, brutal et accessoirement accro des chat rooms pornos, lui offre toute latitude pour déployer pleinement les atours de son charme vénéneux. C'est au point que son jeu surpasse de loin celui de ses prestigieux partenaires, habituellement bons. Seule la talentueuse Natalie Portman se montre à la hauteur, les autres ne trouvant véritablement le ton que lorsqu'ils lui donnent la réplique. L'effet est immédiat : un Golden Globe dans la poche et une nomination à l'Oscar du meilleur second rôle – que lui raflera finalement Morgan Freeman pour sa prestation dans Million Dollar Baby –, plus divers prix aux Etats-Unis, au Canada et en Angleterre ; la liste est longue. Puis vient Sin City en 2005, adaptation du comic-book au style graphique fascinant de Frank Miller par l’auteur lui-même et Robert Rodriguez. L'occasion pour l'acteur, auquel rien ne sied mieux que les rôles ambigus à la limite de l'antipathie, de jouer de son humour pince-sans-rire et d'étoffer encore sa filmographie d'un nouveau genre cinématographique. A noter que Sin City 2, dans lequel il reprendra le rôle de Dwight McCarthy, est prévu pour 2007.
SIN CITY
Et ce n'est pas fini, puisque après le récent thriller Dérapage / Derailed (Mikael Håfström) où il fait face avec Jennifer Aniston à un terrifiant Vincent Cassel, on le retrouvera bientôt sous la direction d'Alfonso Cuarón dans un film de science-fiction intitulé The Children of Men. Adapté d'un roman de P.D. James, le film se situe dans un futur proche où la race humaine, devenue stérile, est menacée d'extinction. Clive Owen y interprétera un agent du gouvernement dont la mission consiste à protéger la seule femme enceinte de la planète, incarnée par Julianne Moore. Autre projet alléchant : Elizabeth : the Golden Age (Shekkar Kapur), suite du film d'époque de 1998 avec Cate Blanchett dans le rôle-titre. Sans compter Shoot 'Em Up (Michael Davis) où il fera équipe avec Monica Bellucci et Paul Giamatti (Sideways)… Tout un programme.
INSIDE MAN
Ce rythme effréné risque cependant raisonnablement de ne plus être d'actualité sous peu puisque l'acteur, quelque peu lessivé, vient d'annoncer qu'il comptait s'accorder un break d'au moins cinq mois dès le bouclage de son dernier film. De quoi voir venir, à en juger par la pléthore de projets en cours. En attendant, on peut savourer à loisir sa formidable prestation dans le non moins irrésistible Inside Man de Spike Lee.














