box office

1

WALKYRIE
entrées : 324 090 (1 semaine)




2

TWILIGHT - CHAPITRE 1 :
entrées : 1 967 655 (4 semaines)




3

LES NOCES REBELLES
entrées : 705 658 (2 semaines)




4

DE L'AUTRE COTE DU LIT
entrées : 1 471 067 (4 semaines)




5

YES MAN
entrées : 510 562 (2 semaines)




6

ESPION(S)
entrées : 205 586 (1 semaine)




7

SEPT VIES
entrées : 878 544 (3 semaines)




8

SLUMDOG MILLIONAIRE
entrées : 608 620 (3 semaines)




9

ENVOYES TRES SPECIAUX
entrées : 448 577 (2 semaines)




10

KING GUILLAUME
entrées : 141 566 (1 semaine)

ron howard (1 Mars 1954 - )

Il est parfois des réalisateurs qu'il fait bon détester. Que leur cinéma soit trop accessible, trop naïf, ou tout simplement trop populaire pour être honnête.

Si cette règle tacite peut avoir un fond de vérité selon les cas (mettez ici le nom d'un réalisateur à succès que vous détestez), elle relève parfois de l'amnésie partielle. Soit quelques arbres (les mauvais films) parvenant à cacher sinon une forêt; tout du moins un joli bosquet (les bons). Ron Howard peut assurément briguer une place dans cette seconde catégorie. Les éléments à charge? Une réalisation académique, principalement, une tendance à sombrer dans la mièvrerie et le sentimentalisme, et une propension à donner trop de clés à son spectateur. Des "défauts" que l'on retrouve déjà, en tout cas pour certains, dans l'œuvre de réalisateurs comme John Ford, David Lean, Franck Capra ou Steven Spielberg. Soit quelques-unes des principales influences cinématographiques de Ron Howard. Oui, mais voilà: pour son malheur, Ron Howard n'est ni John Ford, ni David Lean, ni Capra, et encore moins Spielberg. De là à le clouer au pilori, il y a tout de même un pas, qu'une filmographie loin d'être honteuse permet de tempérer.



Si le mérite d'un metteur en scène se mesure au nombre de steaks de vaches enragées qu'il a du ingurgiter et de portes claquant au nez qu'il a du enfoncer avant d'accéder à la renommée, alors force est de constater que les débuts dans le métier du petit Ronald William Howard plaident plutôt en faveur de ses détracteurs. Fils de parents acteurs, il joue son premier rôle en 1956 dans Frontier Woman, à l'âge de… 18 mois. S'il lui faudra attendre trois ans de plus pour obtenir son premier rôle parlant aux côtés de Yul Brynner dans The Journey, où il sera crédité sous le nom de Ronny Howard, il ne cessera plus dès lors de fréquenter les plateaux. C'est la télévision qui fait de lui un des enfants stars de l'Amérique, via des apparitions régulières dans des sitcoms telles que The Andy Griffith Show (à partir de 1960) ou Dennis la petite peste (idem). On le retrouve également dans un épisode de La Quatrième dimension, Balade pour le passé ("Walking Distance", saison 1). Mais c'est surtout pour le rôle du gendre idéal Richie Cunningham dans Happy Days, de 1974 à 1980, qu'il gagne une notoriété internationale. le sourire innocent, toutes taches de rousseur en avant, Ron Howard fait des étincelles et contribue à assurer la mythologie du programme via un personnage aujourd'hui pratiquement aussi célèbre que Fonzie, son antithèse version cool. Un personnage que Ron Howard avait pu sculpter l'année précédant le lancement du show, grâce à son rôle dans la principale source d'influence de Happy Days, soit American Graffiti. Une collaboration avec George Lucas qui s'avèrera déterminante par la suite, et l'occasion pour le jeune acteur d'affirmer sa réelle vocation: la réalisation. Du chemin a en effet été parcouru depuis ses premiers courts métrages en super-8 réalisés à l'âge de 15 ans (les trois premiers, Old Paint, Deed of Daring-Do et Cards, Cads, Guns, Gore and Death sont visibles sur le DVD des Disparues), et des contacts ont été noués. Avec Roger Corman notamment, qu'on ne présente plus. C'est donc en 1976, juste après sa performance dans Le dernier des géants (The Shootist) aux côtés de John Wayne, que Ron Howard embraye sur le tournage de son premier film en tant que réalisateur: Grand Theft Auto (Lâchez les bolides chez nous). Un film que Corman accepta de produire en échange de la participation de Ron Howard-acteur dans Eat my dust, une autre production du mogul. Grand Theft Auto sort en 1977, et remporte un franc succès auprès du public des drive-ins. (Pas étonnant pour un film se déroulant dans l'univers des courses automobiles.) Mais ce n'est qu'en 1984, après quelques téléfilms, une première fille (une certaine Bryce Dallas, née en 1981) et un second long métrage (Les Croque-morts en folie, 1982), que Ron Howard obtiendra un vrai succès populaire.



"Irréprochable" n'est pas une qualité que l'on peut accoler à Splash, le film par lequel tout arriva. "Cérébral" non plus. Et à vrai dire; même l'adjectif "divertissant" paraît aujourd'hui tout juste approprié pour qualifier cette inoffensive comédie où Tom Hanks, alors tout jeunot et pas encore connu, recueille dans sa piscine une authentique sirène (comprendre une fille vêtue d'un collant en forme de queue de mérou) incarnée avec candeur par Daryl Hannah. Pourtant, la sauce prend auprès du public et le film fait un petit carton. Que celui-ci soit mérité ou pas relève aujourd'hui de la rhétorique, Splash ayant ouvert la voie à tous les succès subséquents du réalisateur.
Cocoon tout d'abord, dès l'année suivante, qui pose cette fois clairement les bases du "style" Ron Howard. Soit une capacité toute spielbergienne à l'émerveillement qui en agace toujours plus d'un, une certaine fraîcheur dans les sentiments trop souvent assimilée à de la mièvrerie, mais avant tout une mise en scène aussi fluide qu'évidente, sans chichis, qui s'efface volontiers en faveur de l'histoire. Le récit, et la manière de le faire vivre sans efforts : là est sans doute la véritable préoccupation de Ron Howard, pour peu que l'on se penche sur sa filmographie. Cela ne s'effectue bien sûr pas toujours sans heurts, et ce n'est certainement pas un accident si les films les moins convaincants de l'ex-enfant acteur sont ceux dont la narration est la plus balisée et la moins surprenante. Cocoon, s'il se laisse toujours regarder sans déplaisir, peut prétendre appartenir à cette catégorie. Malgré un canevas pas plus bête qu'un autre (des papis commencent à retrouver la force de leur jeunesse au contact de cocons extraterrestres immergés dans la piscine de leurs voisins), le film se fourvoie dans des effets faciles, brasse quelques clichés et est aujourd'hui clairement estampillé eighties. Dommage, car il n'est pas pour autant dépourvu de qualités, comme en atteste une peinture jamais misérabiliste de la vieillesse et des dialogues parfois savoureux. (Don Ameche à James Garner: "-ne me dis pas que tu bandes ? -Un chat n'y planterait pas ses griffes.") Des qualités qui ont dû taper dans l'œil du public de l'époque, puisque le film a atteint les cimes du box-office, que Ron Howard n'a depuis quittées que rarement.

Mais c'est en 1988, le temps de faire trois autres enfants (des jumelles en 1985, un fils en 1987) et un autre film qui n'aura pas autant marqué les esprits (Gung-Ho, 1986) que Ron Howard met en scène ce qui reste peut-être comme son chef-d'œuvre: Willow.
Multidiffusé à la télévision, gavé jusqu'à la gueule d'images archi-connues (le dragon bicéphale -designé par Moebius-, la course-poursuite en luge, la séquence de transformation de la sorcière Raziel qui utilisait la technologie du morphing pour la première fois…), doté d'un script ultra-divertissant signé par Georges Lucas -qui produit le film et en a proposé la réalisation à son ancien acteur-, Willow n'aura pas mis longtemps à gagner ses galons de film culte. Rien d'étonnant à cela. Certes, le choc n’est en rien comparable à celui provoqué par un Star Wars avec des formules similaires (univers foisonnant et cohérent, souffle de la grande Aventure, scènes fonctionnant comme autant de vignettes de la culture Fantasy prenant enfin vie…), mais force est de constater que la magie distillée par le film opère toujours autant et que ce dernier a supporté fièrement l’épreuve du temps. Une franche réussite qui impose Ron Howard comme un Conteur au sens noble du terme; de ceux qui arrivent à insuffler la vie à une histoire grâce à des procédés a priori rebattus (la fameuse mise en scène "académique" tant décriée) et qui savent s'adapter à de multiples genres cinématographiques sans pour autant perdre leur identité. C'est d'ailleurs le maître-mot de la carrière du réalisateur à partir de cette époque: "Diversité". Un éclectisme salutaire, qui dénote avant tout d'une ouverture d'esprit dont ne peuvent se prévaloir d'autres réalisateurs plus "palmés".



Son carton suivant ne fera que confirmer cette tendance: juste après Portrait craché d'une famille modèle (Parenthood, 1989), Ron Howard passe du coq à l'âne en réalisant Backdraft (1991), le film le plus connu sur des pompiers (OK, en même temps il n'y en a pas trente mille, on vous l'accorde) et, serait-on tenté de dire, également un des meilleurs. A l'origine de cette réussite formelle, une idée toute bête: traiter le feu comme un personnage à part entière, plutôt que comme un accessoire de film d'action. Un parti pris payant, comme en atteste la puissance des scènes d'incendie, faisant penser à un film de monstre à l'ancienne dans leurs meilleurs moments. On n'en dira hélas pas autant du scénario, une enquête policière un chouia plan-plan doublée d'une chronique familiale où deux frères pompiers -le vétéran et la jeune recrue, incarnés respectivement par Kurt Russel et Alec Baldwin- dont le papa est mort au feu passent le film à se prendre le bec jusqu'à l'inévitable réconciliation. Un ramassis de méchants clichés, c'est incontestable. Et pourtant, le film se suit sans déplaisir, et le mot "fin" apparaît sans qu'on l'ait vu venir. (Qui peut dire qu'il n'est pas tombé dessus par hasard lors d'un de ses passages télé, et n'a pas fini par le regarder jusqu'au bout ?) L'effet Ron Howard, c'est aussi cela.

Pour son film suivant, les enjeux montent d'un cran, et le projet se fait plus proche encore de son initiateur. Difficile en effet de ne pas voir dans Horizons lointains (Far and Away, 1992) un des films les plus personnels à ce jour de Ron Howard, de part son implication dans l'écriture de l'histoire originale (jamais renouvelée depuis) et ses propres ascendances irlandaises. C'est aussi à ce jour son film le plus épique et Fordien, grâce notamment à l'excellent score de John Williams et à une reconstitution finale de la ruée sur l'Oklahoma bluffante de réalisme. Le métrage bénéficie également de l'alchimie du couple Tom Cruise / Nicole Kidman, dont la performance pour l'un en tant que paysan irlandais cherchant à s'extirper de sa misère et pour l'autre de fille de bonne famille plongée malgré elle dans le chaos du Nouveau Monde fait franchement des étincelles. Une de ses meilleures réalisations, ce qui en rend d'autant plus incompréhensible la désaffection presque générale que subit le film aujourd'hui.



En 1994, Ron Howard signe Le Journal (The Paper), une critique sous forme de comédie du milieu de la presse New-Yorkaise avec Mickael Keaton. Un échec public, un des rares de sa carrière. C'est dire le contraste avec son film suivant; multimillionnaire pour le coup: Apollo 13 fut un des plus gros succès de l'année 1995. Un succès mérité, dans la mesure où cette mise en image d'une histoire vraie (l'incident technique qui faillit coûter la vie aux trois astronautes de la mission Apollo 13 en 1970) se pose comme un des principaux pics de la filmographie de Ron Howard. La reconstitution des faits est bien sûr opérée aux petits oignons (les dialogues entre les astronautes et Houston sont souvent des retranscriptions exactes des échanges ayant eu lieu en 1970, les scènes sous zéro-G ne sont pas truquées et ont été tournées lors de centaines de sessions de vols paraboliques, etc…), mais c'est surtout sur le plan de l'émotion que le film tire son épingle du jeu. Les dernières scènes, notamment, devraient vous faire verser votre petite larme. Une parfaite combinaison entre un scénario carré, une mise en scène inspirée et une interprétation de haut vol (entre Tom Hanks, Bill Paxton, Gary Sinise et Kevin Bacon, on est effectivement plus proche de la voiture de compétition que de la trottinette). A ce propos, il est amusant de noter qu'une bonne partie de la famille Howard s'est donné rendez-vous devant la caméra pour Apollo 13 : les parents de Ron bien sûr; mais aussi sa fille Bryce Dallas dans un petit rôle, ainsi que son frère Clint, qui apparaît dans pratiquement tous ses films -souvent grimé- et qui joue ici un technicien de CapCom.

Ron poursuit sa boulimie de tournage avec La Rançon (Ransom), réalisé un an plus tard avec Mel Gibson. Il y incarne un homme d'affaire dont la fille est kidnappée, et ne sera relâchée que contre une rançon mirobolante. A partir d'une trame ultra-classique, Ron Howard et ses scénaristes arrivent à broder un vrai suspense, qui ne se relâche pas avant l'ultime bobine. La preuve, avant tout, que l'homme est à l'aise dans tous les domaines, du biopic au polar en passant par la Fantasy la plus débridée.
De façon fort logique, il déjoue encore les pronostics en se frottant de nouveau à la comédie avec En direct sur Edtv (EdTV, 1999). Dans cette satire de la téléréalité alors naissante, Matthew McConaughey et Woody Harrelson sont deux frères dont le premier se voit sollicité par une chaîne de TV qui veut filmer sa vie 24 heures sur 24. si le trait est épais et les rebondissements pas toujours finauds, le film fait tout de même mouche, et s'avère avec le recul pratiquement visionnaire au vu des dérives récentes de la téléréalité. Une œuvre plaisante, à défaut d'être aussi fouillée et intelligente que The Truman Show sorti un an plus tôt.



Le film suivant de Ron Howard peut laisser perplexe, et se pose comme l'incontestable OVNI de sa filmographie. Le Grinch (How The Grinch stole Christmas, 2000), adaptation d'un livre pour enfants du Dr Seuss archi-connu outre-Atlantique, est en effet à mi-chemin entre le conte de fées bariolé et candide (ce qu'il est en apparence) et le trip sous acide dopé aux SFX et aux prothèses de maquillage (ce qu'il est tout court). "Pétage de plomb" : telle est l'expression qui nous vient à l'esprit pour qualifier le film dès les premières images, expression qui ne nous lâchera plus jusqu'à la fin. Pétage de plomb du directeur de la photo, pétage de plomb du décorateur (qui s'est assurément fait plaisir sur le projet), pétage de plomb des costumiers, pétage de plomb de Jim Carrey surtout, devant comme derrière la caméra, et dans les grandes largeurs. Un jour, ne supportant plus le maquillage intégral très contraignant créé et appliqué par le génial Kasuhiro Tsuji pour le compte de Rick Baker, il quitte le plateau en arrachant ses prothèses. Il n'acceptera de reprendre le travail qu'après que Ron Howard se soit lui-même laissé grimer en Grinch pour le reste de la journée. Une anecdote qui donne une idée du pandémonium que dut être le tournage de ce film aux velléités burtoniennes, qui échoue dans les grandes largeurs faute d'avoir su rendre le résultat digeste à l'écran. N'est pas Tim Burton qui veut : Ron Howard l'aura compris à ses dépends, et reviendra dès lors vers une formule certes moins risquée, mais beaucoup plus adaptée à sa manière de raconter une histoire.

un homme d


Académique, Un homme d'exception l'est, c'est incontestable. On frôlerait même l'overdose d'académisme, si tant est que cela existe. Comprendre que A beautiful mind, son titre original (2001), ne sort que rarement du sentier balisé du biopic légèrement hagiographique, même lorsqu'il s'agit d'évoquer la maladie mentale pourtant très graphique de John Nash (la schizophrénie). Tout juste Ron Howard se permet-il d'utiliser quelques images de synthèse lorsque son "bel esprit" calcule des formules mathématiques, ainsi -avec cette fois un maximum d'efficacité- que lors de l'exposé de la théorie qui vaudra à John Nash le prix Nobel. Une scène aussi didactique que limpide, construite autour d'une métaphore amusante (des jeunes filles célibataires représentant autant de "marchés potentiels"). Pour le reste, il faut bien avouer que cette biographie filmée manque cruellement de ressort et d'intérêt, malgré la présence d'acteurs de haut vol semblant croire dur comme fer qu'ils participent à un jalon essentiel de l'Histoire du Cinéma.
Il faut croire que l'enthousiasme de Russell Crowe et de Jennifer Connelly fut contagieux auprès des membres votants de l'Académie des Oscars, puisque outre une statuette pour leurs interprétations respective, ils décernèrent la récompense suprême (meilleur film) au métrage de Ron Howard en 2002, face à In the bedroom, Moulin Rouge ou encore La Communauté de l'Anneau. Que le film ait été nommé était déjà étonnant en soit; de là à le faire gagner, on n'émettra qu'une réflexion: faut pas pousser Mémé dans les orties. Une décision qui fleure bon le consensus et la campagne de lobbying bien menée, plus que le triomphe du Grand Cinéma. On laissera cependant le bénéfice du doute à Ron Howard, qui somme toute n'a pas à s'excuser d'avoir remporté une statuette. Mais le bonhomme peut assurément mieux faire, comme il l'a démontré par le passé.

Et il le confirmera dès son film suivant, Les disparues (The Missing), apparu sur les écrans en 2003. Là encore, Howard prouve qu'il ne se repose pas sur ses lauriers, et que la versatilité est plus que jamais son cheval de bataille. Difficile en effet de faire plus éloigné de son film précédent que ce western cru et réaliste, tournant autour d'un sujet peu souvent abordé de façon crédible (le shamanisme), et qui se paie de plus le luxe de montrer des indiens pas forcément gentils et pacifiques dans l'ère cinématographique post-Danse avec les loups. Ajoutez à cela une pincée de cruauté et de violence étonnamment graphique de la part de notre gendre idéal de réalisateur (voir la mort d'un des personnages principaux au début du film), une louche de très bons acteurs, une autre marque de fabrique de Ron Howard (Tommy Lee Jones, Kate Blanchett, excusez du peu), et vous obtiendrez une excellente surprise, sorti dans l'indifférence générale. Si le film s'essouffle hélas en bout de course, et ne se conclut pas de manière aussi percutante qu'il avait commencé, il n'en mérite pas moins une deuxième chance, que le DVD s'empressera de combler.



Ce qui nous amène tout doucement au dernier -et non des moindres, si si- jalon à ce jour d'une filmographie aussi diversifiée que surprenante, dominée par le soucis de raconter une histoire de manière à la fois simple et efficace, et où les thèmes de la découverte, de la survie, de la famille et de l'apprentissage montrent le sommet de leur crâne comme autant de bornes kilométriques sur une route de campagne en pleine nuit (snif). Une filmographie où le savoir faire de la mise en scène -pourtant bien réel, si si- sait s'effacer en faveur du récit. Autant d'éléments qui se retrouvent, à divers degrés, dans la dernière collaboration en date entre Ron Howard et Russell Crowe: De l'ombre à la lumière (Cinderella Man, 2005).
Un film qui a été conspué un peu partout, y compris dans ces pages, pour les mêmes raisons qui sont ramenées sur le tapis pour un film de Ron Howard sur deux : excès de mièvrerie, de bons sentiments, d'académisme, de chantage émotionnel. Notre réponse à cela: des films mièvres, emplis de bons sentiments, académiques et tire-larmes comme celui-là, on aimerait en voir plus souvent. Si si. On peut dire ce que l'on veut sur De l'ombre à la lumière, et ce sera sans doute vrai. Mais peu importe: le film fonctionne, et il fonctionne même très bien, pour peu que l'on oublie nos préjugés un instant et que l'on se laisse happer par la simplicité et la tragédie inhérente à l'histoire de Jim Braddock. Un autre point en faveur du métrage: s'il s'agit avant tout de l'histoire d'une famille plongée dans la grande Dépression, il se double d'un excellent film de sport où le Noble Art -la boxe, donc- est utilisé de façon cinégénique au possible qui donne lieu à quelques-unes des meilleurs scènes de ring de ces dernières années -si si- culminant dans un combat final où l'émotion se dispute à un suspense aussi authentique que bien dosé (Ron Howard a l'intelligence de ne laisser aucune piste en amont quant à l'issue du combat). Bref: un film à réévaluer d'urgence, à l'aune de ses qualités intrinsèques plutôt que pour les choix de mise en scène parfaitement défendables -si si- de Ron Howard.



A la veille de la sortie du Da Vinci Code, une question fleurit donc sur toutes les lèvres -ou sur tous les forums, c'est selon-: à quel versant de la filmographie du réalisateur appartiendra l'adaptation du roman de Dan Brown ? Le côté Obscur, fait de grosses ficelles et de clichés un peu trop voyants, ou la Force, qui conjugue bonnes idées de script, innovations techniques et réalisation classique mais efficace? Un élément de réponse: quoi que l'on pense du livre ou de la polémique qui l'entoure, son potentiel cinématographique est indéniable. Et dans la mesure où Ron Howard a mis tous les atouts de son côté (tournage au Louvre, participation de son compère Tom Hanks…), et sait transcender des scénarios qui sur le papier ne transpirent pas l'originalité -De l'ombre à la lumière, encore une fois-, on a envie de pencher pour la seconde hypothèse. Et parce que le réalisateur n'est jamais là où on l'attend, et a souvent su relever les défis les plus incongrus, l'espoir est permis et le pari est lancé : on vous en fiche notre billet, Ron Howard va surpasser le roman de Dan Brown sans y mettre trop d'efforts et remettre une nouvelle fois les pendules à l'heure quant à sa prétendue absence de talent. Arrested Developement, la série qu'il produit et dont il assure la voix off, tendrait à le prouver. Et ce n'est pas moi mais Kevin Prin qui le dit, un fervent détracteur du monsieur pourtant.
Si si.



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