Après la superbe édition de Crésus, l'éditeur CinéGénération rend un nouvel hommage vibrant à Jean Giono en nous livrant un transfert on ne peut plus fidèle aux volontés colorimétriques de Giono et de Leterrier. Ce transfert n'est certes pas exempt de petits défauts (léger grain et quelques artéfacts de compression) mais la facture générale de cette édition est excellente. La définition est pointue, les contrastes bien gérés, d'un éclat redonnant à cette oeuvre une belle jeunesse et le nouveau transfert haute définition particulièrement soigné.
La piste mono d'origine est on ne peut plus claire, offrant aux dialogues de Giono une très belle clarté. On notera néanmoins un léger souffle mais globalement le travail est de très bonne qualité.
L'éditeur ne se contente pas de restaurer le film. Il nous livre une interactivité de premier choix avec en première lieu un commentaire audio de François Leterrier. Le réalisateur nous y explique chaque scène, nous livre son lot d'anecdotes de façon assez didactique mais l'on sent incontestablement le plaisir qu'il a à ressortir cette oeuvre des placards.
Vous trouverez ensuite un documentaire s'intéressant essentiellement à l'adaptation du roman pour le grand écran (De l'écrit à l'écran - 53mn) à travers la genèse des deux oeuvres. Puis, Sur les traces du Roi (40mn), nous permet de revenir sur les lieux du tournage, le tout par le biais d'interviews des principaux protagonistes. Ces deux documentaires vous permettront de redécouvrir une oeuvre qui le mérite. On en vient à rêver un soin identique pour leurs films de tous les éditeurs.
En 1840, le capitaine de Gendarmerie Langlois est chargé par le procureur du Roi de se rendre sur un plateau désertique pour enquêter sur la disparition d'une jeune fille. A son arrivée en pleine tempête de neige, il est hébergé chez Clara, une ancienne tenancière de maison close, devenue aubergiste. Peu à peu, Langlois remarque que les habitants du village ont des comportements étranges...
Adapté en toute liberté par Giono lui-même de ses Chroniques Romanesques, ce Roi sans divertissement est certes bien loin du roman mais trouve à l'écran une toute autre dimension et un souffle en grande partie dû à l'interprétation toute en finesse de Charles Vanel et le côté intimiste de la réalisation de François Leterrier. Giono, qui se plaignait des adaptations trop libres que faisait Pagnol de ses oeuvres, transcende son oeuvre et comme le disait Cocteau à propos du film, "C'est un film admirable : Un jour, il sera à l'honneur des cinémathèques".
Letterier fait un admirable travail sur les couleurs, celles-ci sont ternes, glaciales, austères, proches d'un noir et blanc afin de mieux mettre en valeur le rouge, véritable point d'orgue du film.
Voici aujourd'hui une belle occasion de rendre à cette oeuvre un hommage qu'elle mérite amplement et rattraper ainsi l'échec cuisant de sa sortie salle.
Par Pascal Faber