
Romain Le Vern 6
PHENOMENES
Un film de M. Night Shyamalan
Avec Mark Wahlberg, Zooey Deschanel, Spencer Breslin, John Leguizamo, Betty Buckley, Frank Collison, Victoria Clark
Date de sortie : 11 juin 2008
On le sait, depuis ses débuts, M. Night Shyamalan construit des histoires essentiellement basées sur le réalisme fantastique où un événement extraordinaire contamine un contexte ordinaire. Phénomènes, son dernier long métrage, répond à cette logique mais de manière moins évidente. Il faut dire qu'il arrive après La jeune fille de l'eau, suicide artistique sublime et échec commercial foudroyant, où Shyamalan flinguait l'assurance de ses plans, chahutait ses ficelles narratives et déconstruisait totalement ce qui faisait son style impassible en prenant des risques monstrueux. Tel un narrateur dépressif, il posait une question claire au spectateur: est-ce que les histoires les plus naïves et merveilleuses peuvent encore séduire un public aujourd'hui rompu aux productions les plus cyniques? C'était à la fois un appel à l'aide, une confession égotiste et une horrible désillusion. Phénomènes arrive au moment où tous ses fans, extatiques devant Sixième Sens, Incassable et dans une moindre mesure Signes, pensent avoir fait le tour de sa petite boutique des horreurs. Il ne faut pas se fier aux apparences : Shyamalan n'a jamais été aussi intéressant que dans cet état de fragilité, guidé par le doute et moins par ses certitudes de savoir, incapable de dire si oui ou non le cinéma peut encore faire rêver. Ce qui frappe au prime abord dans Phénomènes, c'est que Shyamalan ne cherche plus à parler de fantômes, de super héros, d'extra-terrestres ou de sirènes mais bel et bien d'hommes et de femmes comme les autres, paumés dans ce qui s'annonce comme une fin du monde imminente. A l'image du cinéaste, les personnages sont au coeur d'une attaque mystérieuse inexpliquée et inexplicable sans pouvoir fournir d'explication (la vérité est ailleurs).
Comme il est incorrigible, Shyamalan adopte l'hypothèse de Hitchcock dans Les oiseaux (une revanche de la nature sur l'homme). Ici, les Américains post-11 septembre ne sont plus armés de bonnes intentions, ont peur des autres ((les gens se suicident sans raison apparente; la population pense immédiatement à une attaque terroriste). Dans la seconde partie, les personnages principaux (le couple Wahlberg-Deschanel et la petite fille) évoluent en pleine nature et font de mauvaises rencontres avec des individus louches, écrasés par la démence, la peur et la solitude (un homme cloîtré chez lui que l'on ne verra qu'à travers une silhouette menaçante; une femme qui sirote une citronnade et cache des blessures incurables qui ont bousillé sa raison). Ironiquement, la progression dramatique de Phénomènes emprunte la démarche inverse de La jeune fille de l'eau où les habitants d'une résidence mettaient en commun leurs efforts pour sauver une créature magnifique et ravivaient la part de rêve qu'ils avaient perdue. C'était surtout un film contaminé par le spleen de son créateur largué par Disney et paumé chez Warner. Pour le coup, Phénomènes prend les atours d'un film de commande moins personnel, même s'il porte l'empreinte de son auteur jusque dans la sacralisation des moments les plus infimes (le dernier regard de John Leguizamo qui se sépare de sa fille, filmé au ralenti).
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LES PHENOMENES DE M. NIGHT SHYAMALANA défaut de posséder l’envergure des précédents longs métrages de M. Night Sh... | ||







LES PHENOMENES DE M. NIGHT SHYAMALAN






















