
Nicolas Houguet
Voyage au bout de l'enfer
voyageauboutdelenfer
A voir beaucoup de films, on finit par supporter assez bien le spectacle de la violence, conscients qu'après tout, ce n'est que du cinéma. Les débats sur ce sujet sont toujours assez biaisés, comme si les gens n'étaient pas capables de faire la différence entre la fiction et la réalité. Je me souviens pourtant du malaise que j'ai ressenti parfois comme devant le viol de Irréversible. Même si c'est une scène qui m'a dérangé, troublé et franchement mis mal à l'aise, ce n'est finalement pas ce qui m'a paru le plus insoutenable. A l'adolescence, à l'âge où on voit sous le manteau des films déconseillés aux jeunes (et sur lesquels ils se précipitent logiquement), je me souviens de l'une des plus grandes claques de ma vie devant Voyage au bout de l'enfer de Michael Cimino.
Insoutenable ne veut pas dire horrible. Être impressionné ainsi m'est arrivé rarement. Surtout par ce long moment où les personnages sont retenus prisonniers au Vietnam, dans une cage de bambous à demi immergée dans la rivière, tandis que dans la cabane au dessus d'eux, leurs geôliers jouent à la roulette russe. Une impression de nausée vous prend à la gorge, un effroi pour le sort de ces amis auxquels on s'est attachés, pendant toute la première partie du film, pendant une partie de chasse ou un mariage. Parce que la vraie violence est morale, pas graphique. C'est en définitive cela qui est insoutenable. On partage l'horreur qu'ils ressentent, leur besoin de s'en sortir. Plus profondément, c'est leur lien d'amitié qui est troublant, déchirant, jusque dans la dernière scène de face à face entre Robert De Niro, le visage déformé de tristesse, et Christopher Walken, perdu dans un enfer inextricable.
voyageauboutdelenfer
Bien des moments dans le film de Cimino m'ont bouleversé, marqué, choqué, changé peut-être. Parce que personne n'a filmé ainsi cette horreur, d'une manière aussi profonde et perturbante, qui justifie la traduction française du titre. On les accompagne véritablement au bout de leur enfer. Ainsi, c'est insoutenable par moments, sans doute, comme une expérience morale douloureuse, mais c'est surtout sublime.
![]() | |||||
| |||||
|
| ||||










































