box office

1

LOL (LAUGHING OUT LOUD)
entrées : 1 544 865 (2 semaines)




2

VOLT, STAR MALGRE LUI
entrées : 1 444 144 (2 semaines)




3

L'ETRANGE HISTOIRE DE BE
entrées : 1 478 534 (2 semaines)




4

CE QUE PENSENT LES HOMME
entrées : 310 809 (1 semaine)




5

LE SEMINAIRE
entrées : 295 258 (1 semaine)




6

TWILIGHT - CHAPITRE 1 :
entrées : 2 407 342 (6 semaines)




7

SLUMDOG MILLIONAIRE
entrées : 943 213 (5 semaines)




8

MEILLEURES ENNEMIES
entrées : 144 059 (1 semaine)




9

RICKY
entrées : 135 612 (1 semaine)




10

LA LEGENDE DE DESPEREAUX
entrées : 124 210 (1 semaine)

tony scott (21 Juin 1944 - )

Certains cinéastes n’ont pas la reconnaissance qu’ils méritent. A chaque long-métrage de Tony Scott, il est plus ou moins toisé par la critique.

Il a certes fait quelques mauvais films, qui, paradoxalement lui ont valu le succès. Il est certain que Top Gun était à lui seul une parodie avec son scénario insipide, ses dialogues involontairement hilarants ou très vulgaires et ses personnages psychologiquement taillés à la serpe. Cependant, nul ne vient contester la virtuosité de mise en scène de ce merveilleux nanar, notamment et surtout pendant les scènes de vol. Si Tony Scott n’avait été le réalisateur que de ce film et de Jours de tonnerre avec l’acteur à minettes par excellence de l’époque, Tom Cruise, on aurait pu lui en faire reproche, ainsi que de la suite du Flic de Beverly Hills. Seulement, en dehors de ces oeuvres opportunistes mais néanmoins assez bien troussées, se développe très tôt un style unique et la patte d’un véritable auteur.



Alors quand Quentin Tarantino salua le réalisateur de Revenge et l’imposa in extremis (il avait déjà signé avec quelqu’un d’autre) pour réaliser True Romance, l’un de ses premiers scenarii et sans doute celui qui lui était le plus intime et le plus cher, on se dit qu’il faut sortir de ces préjugés paresseux qui cataloguent un réalisateur comme superficiel et esbroufeur, simplement parce qu’il vient de la pub. Bref, ce genre de critique est fautive, surtout qu’on peut sans trop se tromper parler de grands films, de contributions importantes, voire de chefs d’œuvre quand on évoque Revenge, Spy Game, Man on fire ou même Domino. L’un des rares réalisateurs à ne pas sombrer dans le lénifiant et le politiquement correct, dans la forme comme dans le fond, à montrer la violence telle qu’elle est, à oser les jurons. Pour dire les choses : un réalisateur qui a des couilles.

Il s’agit d’ailleurs de quelqu’un dont on connaît à peu près toute la filmographie sans vraiment s’en rendre compte. Ce qu’on sait moins, c’est que dès son premier film, Les Prédateurs, éreinté à sa sortie car jugé trop esthétisant (alors qu’il était déjà précurseur dans son montage), Tony Scott affirmait un style, du moins l’annonçait. D’une histoire extrêmement originale mêlant vampirisme et réflexion sur le vieillissement, Tony Scott impose un traitement nouveau. C’est déjà un réalisateur expérimental, un maître du montage avec des images nerveuses, frappantes et efficaces qui deviendront sa marque. Il offre à Deneuve un très beau rôle qui colle à sa beauté froide et une excellente performance de David Bowie, qui se révèle être un acteur de tout premier ordre (souvenons nous da sa prestation dans Furyo), hélas trop rare au cinéma. Il campe un homme de trente ans qui subit un vieillissement accéléré jusqu’à mourir en fin de journée. Dans le traitement audacieux, à la fois choquant et esthétique, nerveux et sensible, avec de beaux moments accompagnés de musique classique, presque chorégraphiés, on reconnaît déjà l’art du metteur en scène. Il a pu être qualifié d’artificiel alors que c’est une véritable création cinématographique.



Mais Scott a pu se fourvoyer et mettre sa maestria de mise en scène au service de films qui ne le méritaient pas. A revoir Top gun en particulier, on est face à un sommet de médiocrité scénaristique. Le film en devient presque parodique -dans ses dialogues hyper machos avec des hommes des vrais, et cette scène d’amour ridicule en contre jour, très eighties, sur fond de « Take my breath awaaaaay »-. Seulement, grâce à son réalisateur, il est indéniablement fun dans ses combats aériens. Malgré ses côtés totalement grotesques qui inspirèrent quelques mauvais esprits dans le premier Hot shots, il est sauvé de l’oubli pas ses morceaux de bravoure là, nerveux, palpitants, qui vous collent encore au siège. De même pour les scènes de course dans Jour de tonnerre, deux films qui sont le fruit de sa collaboration avec le producteur Jerry Bruckheimer, capable du meilleur (Pirates des caraïbes) comme du pire (Pearl Harbor).

Le vrai Tony Scott s’affirme assez tardivement, à partir du moment où il gagne son indépendance, associé à son frère Ridley et leur boite de production « Scott free ». Ridley peut tourner son grand film sur les croisades (Kingdom of heaven) et Tony se déchainer dans une virtuosité de mise en scène hallucinante (et une multiplication de plans et de filtres, de tout ce qu’il est possible de faire, d’une manière presque hystérique et boulimique qui ferait passer l’Oliver Stone de Tueurs nés pour un enfant de choeurs). On en voit les prémices dans Ennemi d’Etat et surtout, la référence du film d’espionnage récent, Spy game. On entend souvent que les bons réalisateurs sont ceux qui rendent la caméra invisible, qui la font oublier. C’est la définition du cinéaste classique et académique. Scott fait mentir cet adage. Car chez lui, la caméra, voire le procédé (grue, hélicoptère, travelings, différences d’objectif…), est plus que perceptible. C’est même la clé de son style.



Il conçoit un film comme une toile de maître de la peinture abstraite et se sert de tout ce qu’il a à disposition pour rendre sa pensée dans tout ce qu’elle peut avoir de furieux. Une image frappait sur le plateau de Man On Fire, c’étaient ces caméras alignées par dizaines, shootant une scène sous tous les angles. Ça ressemblait à un peloton d’exécution. Tony Scott ose, innove, invente, improvise. Depuis la violence de True Romance qui a ouvert la voie à toute une génération de réalisateurs, et la rudesse de ce film magnifique et dur, Revenge, adapté d’une belle nouvelle de Jim Harrison, il explore un cinéma brutal et des histoires violentes et intenses. Le dynamisme de sa grammaire cinématographique a donc évolué dans ce sens dans une surenchère perpétuelle et jouissive. Il est un virtuose de la caméra et un génie (osons le terme) du montage.

Son audace et sa démesure récente sont tout simplement uniques. Nul ne traite une histoire comme lui, ne la montre comme lui, dans ce style audacieux et jusqu’au-boutiste dans un incroyable déchaînement dans le nombre de plans, de procédés, et la violence qu’il est l’un des derniers à capter frontalement dans l’estomaquant Man on Fire ou l’impressionnant Domino. Tony Scott, contrairement à ce qu’on pourrait croire, n’est pas adepte des manipulations numériques. Cependant, il utilise tous les types de caméras qu’il a à sa disposition (jusqu’à une caméra à manivelle de 1910 !), un peu à la manière d’un peintre qui préparerait ses couleurs sur sa palette. Cela donne une image foisonnante, hétéroclite, protéiforme. Une mise en image en forme d’étourdissant « prends ça dans ta gu… », qui vous laisse K.O. Des films qui deviennent souvent une démonstration technique de tout ce que le cinéma a dans le ventre.



Mais la grandeur de cette technique, sa surprise aussi, c’est qu’elle ne tue pas l’émotion mais la met en avant. Ainsi, la fin de Man on fire est bouleversante. De même que la fin de Spy Game, après une débauche d’action, de confrontations, d’explosions. Tout ça sert un but, tout ça n’est pas gratuit comme on l’a souvent entendu dire. La violence déchainée de Denzel Washington, sa cruauté même, appuyée sans complaisance par des images choc, tout est justifié. Et cela en fait une figure de justicier à l’ancienne, c’est à dire dans la lignée des grandes vendettas impitoyables du cinéma des années 70, avec des anti-héros qui tuaient, qui se vengeaient, qui n’avaient pas peur de risquer la damnation. Le cinéma de Tony Scott est tout entier consacré à un paradoxe : l’immoralité au service d’une morale. Même le personnage de Domino Harvey est motivé par l’adrénaline et tire plutôt fierté du fait qu’elle ne tue personne au début de sa carrière de chasseur de prime.

Le déchaînement apparemment désordonné est dévoué à une sorte de code d’honneur supérieur. C’est le sujet de beaucoup de ses films et également la définition de sa technique dans la maestria qu’il a acquise en particulier à la fin des années 90 jusqu’à maintenant. Robert Redford brouille les pistes dans Spy Game, multiplie les points de vue, mêle les histoires et sème la confusion pour délivrer son protégé Brad Pitt. Denzel Washington déchaîne sa vengeance d’une manière absolument impitoyable et anarchique pour sauver la fillette. Au bout du désordre il y a le salut. On peut aussi expliquer ainsi le happy end de True Romance que le scénariste Tarantino n’avait pas compris jusqu’à voir le film monté dans sa version définitive et contre laquelle il s’est battu avec rage.



Car au bout du chaos de bruit et de fureur, ce volcan cinématographique que sont devenus les films de Scott, il y a l’espoir. Tous ses personnages sont motivés par la noblesse, l’amour, la loyauté, l’amitié (jusqu’aux plus paumés comme Domino), ce qui rend son œuvre si particulière. Dans ce désordre organisé, il y a un grand souffle, une vision rude et dure de l’humanité et de ses valeurs essentielles (positives ou négatives, souvent mêlées, de l’amour à la mort, de l’amitié qui passe sur toutes les lois parce qu’elle est loyale). Derrière la violence, les images montées comme des rafales de mitraillettes avec toutes les caméras possibles, dont il utilise les objectifs comme des calibres de flingues, il y a cette beauté originelle et fondatrice de l’humain et de ses pulsions premières (l’amour, le sexe, la mort), des instincts de base qui sont mués d’une manière assez inattendue par un espoir et un certain optimisme. Malgré toute la violence, la cruauté, la barbarie même parfois (la scène du Motel dans True Romance et la vengeance de Patricia Arquette contre le (déjà) mafieux James Gandolfini qui l’a brutalisée). Ça en fait sans doute le cinéaste le plus intéressant, le plus intense, le plus complet actuellement en activité, en recherche constante sur son médium de prédilection. Il est plus un virtuose dans la tradition d’un Godard que d’un réalisateur de clips pour MTV.

Il a une préférence pour les personnages complexes et les histoires alambiquées et déstructurées et il vous embarque dans son grand vertige sans jamais vous perdre, avec une exigence de cinéaste rare justement quand elle est alliée à cette générosité essentielle de conteur (que ceux qui expérimentent ont rarement). Une technique très poussée et très érudite, étourdissante de procédés, mais toujours au service de l’instinct et des tripes de celui qui les utilise.



Car aucun des grands films de Tony Scott n’est simplement un exercice de style. C’est avant tout une histoire, souvent même un motif classique, presque un poncif (la vengeance par exemple) qu’il parvient à revivifier, à renouveler par son regard si particulier et sa méthode de surenchère permanente de procédés (ralentis, filtres, mouvements de caméra constants). Pourtant l’acteur est toujours au centre de sa vision et de son intérêt, tel Denzel Washington et Keira Knightley dans ses derniers films. Leur performance est soulignée, sublimée par le montage. Tony Scott n’est pas un styliste pur comme Stanley Kubrick, qui, au fond, n’était pas très intéressé par ses acteurs. On sent cette grande préoccupation du facteur humain chez Scott. Il leur a d’ailleurs offert leur plus grands rôles : Denzel Washington est impressionnant de force vengeresse dans Man on fire, on n’aurait pas soupçonné une telle rage chez Keira Knightley. Et même le grand Robert Redford trouve avec Spy game l’un des plus grands rôles de sa carrière, pourtant dans le même registre qu’il avait déjà exploré dans Les Trois jours du condor de Sidney Pollack. Or il est rare qu’un acteur à ce stade de reconnaissance et à cet âge trouve un rôle et un metteur en scène à la mesure de son talent.

Ce style finalement assez récent et plutôt révolutionnaire, Tony Scott l’a affirmé et c’est devenu sa marque. A l’opposé de la mise en scène épileptique sans raison apparente d’un Michael Bay dans The Island, Tony Scott s’est inventé un langage cinématographique : ce montage hystérique et décomplexé au mépris du bon goût et de ce qui se fait habituellement, transcende et sublime tout ce qu’il aborde, faisant ressortir une sorte d’univers incandescent et furieux rarement vu en nos temps lisses voués aux effets spéciaux et à la haute définition très proprette.



L’image que renvoie Scott est rugueuse, furieuse, aux antipodes de cela. Elle est « sale », vulgaire, contraire aux usages de la cinéphilie convenue. Comme Scorsese en ses premiers temps. Il faudra peut-être un peu de temps pour que les regards académiques s’accommodent de cette fureur qui rappelle la frénésie de certains très bons jeux vidéo.
Car le cinéma actuel de Scott est en phase avec son temps, en évolution et en expérimentation constante, dans la prise de risque, le contraire d’une machine à oscars bien fédératrice.

Se marginalisant ainsi par cet anticonformisme de forme et de fond, il aura du mal à être bien accueilli, accepté. On continuera de crier à l’esbroufe, parce que c’est ce qui se fait, c’est le jugement à peu près commun sur ce cinéaste. Mais le temps passera et il sera l’un de ces réalisateurs qui seront reconnus sans doute dans dix ans, parce qu’ils auront fait tomber les barrières entre l’art expérimental et l’art qui divertit le public. Comme Stanley Kubrick en son temps, qualifié d’ultra-violent pour Orange mécanique. Il est toujours bon de rappeler qu’à sa mort, il n’avait reçu qu’un oscar pour les effets spéciaux de 2001, Odyssée de l’espace. Ça laisse songeur.



Alors oui, Tony Scott est excessif (c’est l’endroit pour le dire). Mais c’est cela qui le différencie de tous, c’est ce qui fait sa patte, c’est ce qui fait que l’on revoit chacun de ses films avec la même impatience. Parce que cette intensité ne court pas les rues. Et elle n’est pas loin d’être unique. Elle est en tout cas indéniablement courageuse dans un univers qui n’aime pas beaucoup les risques.


Film par Réalisateur




Film par Acteurs