THE WRESTLER * * *
2008 – Mars – 105 minutes
Réalisé par Darren Aronofsky
Avec : Mickey Rourke, Evan Rachel Wood, Marisa Tomei…
Sortie le 18 février 2009
Le Dernier Combat
Randy Robinson alias The Ram est une ancienne star du catch. Sa gloire est passée depuis quelques années maintenant et il vivote dans un camping à trailers où il aime jouer à la console vidéo avec son jeune voisin. Mais sa console à lui date des 80’s, née lors des balbutiements de cette nouvelle révolution qu’est le monde virtuel. Il joue en plus à un jeu le mettant en scène ! Bouhh le narcissique !!! Du narcissisme, Randy n’a gardé que le minimum vital pour ne pas tomber dans le pathétique le plus total. On va le suivre de ses combats à la petite semaine jusque dans sa vie intime (la stripteaseuse dont il tombe amoureux, sa fille lesbienne avec qui il entretient des rapports orageux) jusqu’au jour où il fait une crise cardiaque. Son médecin lui ordonne d’arrêter la seule chose qu’il sache faire…
Aronofsky laisse tomber tout ce qui faisait son cinéma ici pour ne dépeindre qu’un anti-héros qui rêvait d’être un héros. Ici exit les recherches visuelles qui faisaient sa marque et la puissance de son cinéma. Qui n’a pas été transcendé par les plans, le montage sonore et visuel de Requiem for a Dream ? Qui n’a pas été touché par la grâce des images de son conte new age The Fountain ? Qui ne s’est pas creusé la tête en regardant ce mathématicien fou perdre la raison à cause de chiffres (Pi) ? Ici ne vous attendez pas à être dévasté par la puissance des images mais attendez vous plutôt à être bouleversé par la simplicité du projet et l’humanisme de The Wrestler. La caméra épaule qui suit son anti-héros au plus près de ses fêlures donne aussi une puissance au film, un mouvement constant qui montre que son personnage central est toujours dans l’action et son réalisateur dans le vif du sujet. D’ailleurs Aronofsky a choisi Maryse Alberti pour la photographie du film. Celle-ci a participé à nombreux documentaires et ce choix apparaît évidemment bien judicieux au regard du résultat. Ici pas de radicalisme poussé qui a pu rebuter certains spectateurs à la vision de son chef d’œuvre Requiem for a Dream. Ici Aronofsky, même si il filme avec talent, fait profil bas au profit de son histoire, de ses personnages et surtout de son acteur. Et quel acteur !
Belle gueule des années 80, l’époque où il faisait tomber les minettes et rêver tout un pan des populations mondiales avec sa gueule de bad boy digne d’un nouveau Brando, Mickey Rourke a connu un sacré parcours bien différent de ce qu’il aurait pu faire. Sa traversée du désert a duré presque autant que sa gloire d’antan. C’est en 2005 grâce à Robert Rodriguez et le personnage de Marv dans Sin City que sa côte de popularité auprès du public et de la profession remonte fortement. Montagne de muscles, gueule fracassée par la boxe, les excès en tout genre et la chirurgie esthétique (là franchement je ferai un énorme procès à sa place), Rourke joue de ses défauts physiques pour en faire un avantage et cette gueule bizarre servira désormais ses rôles. A propos de cette carrière qu’il a foutu en l’air, Rourke en reste conscient. Avant de tourner avec lui, Aronofsky avait envisagé Nicolas Cage puis Stallone. Puis, la magie des agendas et des producteurs a fait que Rourke s’est retrouvé impliqué sur le projet. Aronofsky n’y est pas allé par quatre chemins pour lui confier le rôle principal : « Tu es un grand acteur qui a bousillé sa carrière et que plus personne ne veut engager. Tu feras tout ce que je te dis. Tu ne me manqueras pas de respect et tu ne sortiras pas la nuit ». Avec cette promesse faite au réalisateur, Rourke s’est donné à fond pour réussir à incarner The Jam, ce qu’il fait à merveille à l’écran. Entraînement intensif au catch, étude approfondie du scénario et réécriture de la plupart de ses dialogues… Rourke is back et peut-être pour de bon !
A l’image de Rourke, The Jam est un has been qui a besoin d’un dernier combat d’envergure pour partir en beauté et avec dignité. A la vision du film on pense irrémédiablement au poignant Rocky Balboa de Stallone, sorti il y a maintenant deux ans et donc The Wrestler, même si il traite d’un autre sport, arrive un peu en retard sur le portrait du sportif autant cogné par la vie que par les coups. Ceci dit, rien ne vous empêche d’apprécier l’un et l’autre (ce que j’ai fait) car tous les deux possèdent leurs propres identités, directement liées à leurs protagonistes. Ici The Jam, tout comme Stallone-Rocky, est un être meurtri par la vie, qui porte sa carcasse de colosse comme d’autres leurs croix. Le poids de ce corps et de cette image deviennent trop lourds à porter. Ils sont ce qu’ils veulent éviter d’être : des monstres de foire. Mais ils adorent, par contre, assurer le show ; se donner en spectacle. C’est ce qui fait la force du catch, sport ô combien mis en scène. Et Aronofsky filme tout ça : la préparation de matchs mi-truqués mi réalistes où sang et larmes coulent sur scène pour assurer un spectacle tout droit issu de ceux que donnaient les gladiateurs autrefois. Même si le final diffère (ici il n’est absolument pas question de tuer). Tout l’envers du décor est dévoilé mais sans volonté d’écorner un mythe, juste montrer la réalité dans ce qu’elle a de plus pathétique et de plus beau.
Mais tout le film ne se base pas sur le catch mais sur un catcheur. Sa vie de looser est transfigurée par son personnage qui ne baisse pas les bras. Allant contre sa nature contradictoire, égoïste, Randy The Jam tente même à un moment de se réconcilier avec sa fille qu’il a laissé tombée quand il était au top. Désormais, alerté par son état de santé vacillante, il va essayer de changer. Mais cela ne se fera pas sans mal. Les scènes entre Rourke et Wood sont d’une infinie justesse et rendent bien compte de la complexité qui peut exister dans les rapports enfants - parents. La scène sur le ponton où il tente de s’excuser est bouleversante. En cela Rourke prouve qu’il peut aussi bien incarner son personnage de façon physique que de façon dramatique et cela n’est pas une révélation mais avec ce film (qui lui a fait remporté le golden globe du meilleur acteur cette année et bientôt, on l’espère, l’Oscar), Rourke prouve aux producteurs qu’on peut bâtir de nouveau un film avec lui en tête d’affiche, en espérant qu’il ne soit pas rattrapé par ses vieux démons. Citons aussi Marisa Tomei en stripteaseuse attachante qui tombe amoureuse de Randy mais qui ne veut pas s’engager avec un client. Donc en résumé The Wrestler est un film d’une grande sobriété qui vaut plus par son interprétation fabuleuse que par son scénario déjà vu. Ne mérite peut-être pas le lion d’or qu’il a remporté mais mérite toute votre attention. Les bons films, aussi classiques soient-ils, restent rares de nos jours pour ne pas les bouder.