Petit retour critique sur deux films qui sortent cette semaine en DVD, d'un coté Rec de Jaume Balaguero et Paco Plaza et de l'autre Doomsday de Neil Marshall...
REC de Jaume BALAGUERO et Paco PLAZA
Lors de sa sortie en salles Rec le nouveau film de Jaume Balaguero et Paco Plaza était précédé d'une grosse réputation d'implacable machine à foutre la pétoche. Et le premier teaser très éfficace du film montrant les réactions de spectateurs ne faisait que renforcer cette sensation que le nouveau petit bijou du cinoche fantastique ibérique allait être une expérience de pure terreur fébrilement attendue par tout les fans de films d'horreur. A l'arrivée la sensation reste mitigé car si le film comporte quelques moments de franche et pur frayeur il est aussi trop souvent cahotique et inutilement bavard.
Rec raconte donc l'histoire d' Angela une jeune présentatrice de télévision locale qui pour les besoins de son émission va suivre durant toute une nuit le quotidien d'une équipe de pompiers. Lorsque ses mêmes pompiers interviennent dans un immeuble pour secourir une vielle femme enfermée chez elle, la "télé réalité" va doucement basculer vers une télé cauchemar puisque les résidents semblent être les victimes d'un virus diabolique les faisant muter en des créatures extrêmement agressives.
Rec se veut donc quasi documentaire dans sa forme afin d'assurer une immersion complète dans la véracité de ce qu'il raconte. Le problème de ce cinéma "réalité" ou l'on mixe des codes du documentaires avec ceux de la fiction c'est qu'il faut essayer de rester crédible quoi que l'on raconte sous peine de perdre les spectateurs entre deux pôles que sont la réalité et la pure fiction. De ce point de vu là Rec est loin de toujours tenir ses promesses notamment à cause de comédiens pas toujours très juste dans ce cote "cinéma vérité" ( Avec une grosses réserve sur ce point n'ayant vu que le film en Vf à ce jour) . Balaguero et Plaza ont eu la très bonne idée de prendre des comédiens débutants ou assez peu connu assurant une identification aux personnages assez immédiate mais paradoxalement à trop vouloir jouer la véracité et l'authenticité on finit parfois par ne voir que le jeu. Ainsi la très (trop) longue scène ou la journaliste interview un à un les différents habitants de l'immeuble ne sonne pas toujours très juste à mes yeux. Les aspects censés renforcés le réalisme des intervenants ressemblent plus à des trucs de mise en scène qu'a un véritable moment de véracité, On pourra quand même noter l'intelligence du propos des deux réalisateurs qui nous montre a quel point une situation de panique réveille des mécanisme d'égoïsme et de rejet de l'autre , les habitants trouvant des coupables en désignant systématiquement les plus faibles comme l'handicapé ou la jeune fille. Cette pseudo réalité souffre également d'une mécanique scénaristique un poil trop voyante dans son crescendo horrifique pour être totalement crédible.
Rec est un film extrêmement agressif dans sa forme puisque qu'il tente de capter sur le vif des sentiments tels que la terreur, la panique ou la fuite avec comme procède celui d'une caméra subjective en perpétuel mouvement et perte de repères. Un aspect cahotique parfois un peu fatiguant dans son tremblement épileptique et qui surtout n'arrive pas à vraiment retranscrire a l'image le sentiment de terreur, Le sentiment qui domine reste plutôt celui de panique. Le travail de l'univers sonore est lui aussi très important et là encore assez agressif, ça cri beaucoup dans REC, ça hurle ; les micros étant au plus près des personnages on entends les distorsions,le larsen, les coups et lorsque le flic use de son pistolet on a soudain l'impression d'avoir l'oreille collé au canon de l'arme. On ne peut pas donc pas vraiment condamner la forme du film puisqu'elle est en parfaite adéquation avec le fond. Le petit groupe de survivants cherchant à rester souder les plans sont souvent pris au plus près des visages et des faits, le cadre et l'image en mouvement constant exprime parfaitement la fuite de personnages ne sachant plus du tout ou aller.
Mais lorsque REC devient monstrueusement flippant c'est au contraire dans les moments ou l'action se pose enfin un peu et que le regard se fixe avec fascination ou qu'il cherche et scrute un environnement inconnu et monstrueusement hostile. Le cadre et les mouvements de caméra se posent alors et redeviennent beaucoup plus cinématographique pour livrer alors les deux scènes les plus terrifiantes du film. Un simple plan fixe comme lorsque le flic tente d'approcher la fillette contaminée et immobile et un très lent panoramique à 180° pour l'exploration terrifiante du grenier. L'ultime scène sous les combles reste la plus réussis en matière de tension et de trouille, bien plus convaincante en tout cas que le bruyant fracas de nombreuses scènes précédentes . Rec fait évidement parfois penser au film Le projet Blair Witch ( Un film qui lui ne montrait strictement rien pour aboutir un final tout aussi traumatisant), mais le film de Balaguero et Plaza doit aussi beaucoup à l'univers des jeux vidéos notamment à la série vidéo ludique des Silent Hill pour l'ambiance glauque de certaines scènes ou même les Résident Evil pour l'exploration d'un univers clos infesté de créatures dangereuses ou encore les FPS pour la vue subjective.
REC que je brûle d'impatience de revoir en Blu-ray et en VOST reste donc une légère déception mais très relative tant le film était attendu ( un peu trop sans doute) , dans l'état le métrage de Balaguero et Plaza reste une formidable expérience sensitive parfois bordélique mais toujours viscérale. Enfin un film qui réhabilite la suggestion comme moteur de la peur là ou le cinéma américain depuis Saw et Hostel confond trop souvent étalage de boucherie et ambiance de terreur.
DOOMSDAY de Neil MARSHALL
Doomsday est le dernier film en date de Neil marshall le réalisateur du très moyen Dog soldiers et du très bon The descent. Alors Doomsday... Uhmmm ! Comment dire ? Le problème pour critiquer un film comme celui là c'est qu'on ne sait pas trop par quel bout on va le prendre tant il navigue entre grotesque et excellence et puis c'est le typiquement le genre de film dont les défauts peuvent très vite devenir des qualités selon l'angle sous lequel on le regarde.
L'histoire de Doomsday est une sorte de super méga-remix qui oscille entre hommage référentiel et le plagiat pur et simple d'œuvres majeures de ses dernières années. On retrouve dans le film des éléments de 28 jours plus tard pour l'épidémie ravageant tout un pays, de New York 1997 pour le concept de ville prison, de Mad Max 2 pour la poursuite finale mais aussi des brides de The warriors de Walter Hill ou de La chair et le sang de Verhoeven..... C'est évident que Neil Marshall souhaitait faire un film qui rende hommage à des cinéastes tels que John Carpenter avec son héroïne borgne qui ressemble à l'improbable fiancée de Snake Plisken, à George Miller pour la bande de sauvages motorisées et hirsutes sortant tout droit des délires post-apocalyptique des Mad Max mais si les intentions sont plus que louables à l'arrivée il rend aussi un vibrant hommage sans doute beaucoup moins volontaire celui là au cinéma Bis Italien des années 80 ,celui des films de Enzo G Castellari, Sergio Martino ou Bruno Mattei qui eux aussi singeaient avec plus ou moins de réussite les succès du cinéma de genre ricains
Le mot qui convient sans doute le mieux pour définir le nouveau film de Neil Marshall serait "too much", et c'est cette accumulation de trop qui finit par rendre le film complètement bancal et fatiguant. Le réalisateur voulait certainement rendre hommage à plein de cinéma de genre et sous-genre diffèrents du coup il multiplie sans cesse les ruptures de ton entre science fiction, actionner, survival et épopée médiévale et comme certaines parties du récit sont beaucoup moins intense que d'autres le rythme du film s'en ressent énormément. La générosité du réalisateur anglais est évidente mais le trop est parfois l'ennemi du bien,
Du coté des personnages c'est un peu le même problème, Neil Marshall voulait sans doute des icônes de pop culture, des personnages charismatiques de bande dessiné mais à force de ne définir les caractères de ses héros que par de gros contours grosiers il n'en fait que de vagues caricatures. L'exemple le plus frappant reste sans conteste Sol (Graig Conway) le chef des méchants qui à force de cabotiner en roue libre ressemble finalement plus à un pitoyable clown punk qu'a un terrifiant chef de guerre à la Humongus. Il n'y a strictement aucun personnages de Doomsday qui échappe à une représentation purement caricaturale de son caractère entre le politicien véreux, le scientifique devenu fou, le soldat qui se sacrifie au ralenti........Alors fatalement le fait de les voir tous réunis dans un même film ça finit par juste faire un petit peu trop.
Neil Marshalll souhaitait que ses scènes d'action " soient les plus réalistes possible" ce qui est plutôt une bonne intention au départ, alors pourquoi avoir recours à ses effets de montage ultra cut à la mode qui rendent l'action au mieux bordélique au pire complètement illisible? Pourquoi ne pas avoir plus souvent recours au plan large permettant de voir l'action dans son ensemble plutôt que d'écraser et de réduire le regard avec des plans moyens et des gros plans? Et puis quand on invoque comme une profession de foi le soucis de "réalisme" on ne truffe pas ses scènes d'un second degrés maladroit qui va forcement créer un décalage entre l'action et son impact sur le spectateur. L'énorme différence entre Doomsday et ses illustres modèles que sont New York 1997 et Mad Mad 2 c'est que Miller ou Carpenter croient en ce qu'ils racontent et qu'ils ne sacrifient jamais leurs récits et leurs personnages juste pour faire du "fun". Car le gros problème c'est qu'a force de vouloir faire "fun" on finit parfois par être à limite de juste faire très "con" et malheureusement Doomsday flirte souvent dangereusement avec la frontière.
Malgré tout cela Doomsday reste un spectacle diablement réjouissant car justement il évoque le plaisir nostalgique des films d'anticipation post-apocalyptique des années 80 avec une enorme générosité de la part de son réalisateur. Et puis Doomsday est définitivement dans l'esprit "grindhouse" que j'aime bien , du pur divertissement de série B , du cinoche bis qui flirte parfois avec le Z....... Et puis ne serait ce que pour la poursuite finale évoquant Mad Max 2 il ne faut pas non plus trop bouder son plaisir. Dommage donc que le film ne se prenne finalement pas un peu plus au sérieux, la distanciation du second degrés étant parfois ce qui sépare les tout petits films des grands chefs d'œuvres.
.