VENDREDI 13 * *
2009 – Paramount/New Line – 97 minutes
Réalisé par Marcus Nispel
Avec : Jared Padalecki, Danielle Panabaker, Amanda Righetti, Derek Mears…
Sortie : 11 février 2009
Jason Returns
Quoi de plus naturel dans cette ère où les remakes se font à la pelle que de reprendre le hit du box office Vendredi 13 ? Cette œuvre devenue culte avec le temps (ça faudrait qu’on m’explique un jour) est désormais retravaillée par l’équipe de l’excellent remake de Massacre à la tronçonneuse (2003). Marcus Nispel réalise alors que demande le peuple ? La société de production de Micheal Bay (Platinum Dunes), responsable donc de la réussite citée plus haut et aussi du ratage Amityville (2005) et de l’inégal Hitcher (2007), sera bientôt aux commandes de la renaissance de Freddy qui pourra de nouveau faire cauchemarder les jeunes américains sur Elm Street. Donc avant de voir ce nouveau remake, retournons aux origines : le premier film.
Réalisé par Sean S. Cunningham et écrit par Victor Miller, le premier Vendredi 13 (sorti chez nous un 11 février aussi mais il y a 28 ans) voulait profiter des récents succès que furent Black Christmas ou Halloween pour proposer une nouvelle source de cauchemars pour les jeunes américains. En voyant le film on ne peut s’empêcher de ne voir que la visée commerciale tant le slasher reste cinématographiquement pauvre. Personnellement j’avais vu la version française de l’époque qui rajoutait au film un côté nanar pas piqué des hannetons. Le revoir aujourd’hui est une expérience assez fastidieuse mais en bande cela peut avoir un charme certain. Entendre Mrs Voorhees crier en vf. « Jackiiiiiieeeee, môman est làààààààà… » reste toujours pour moi une source de fou rire garanti à chaque visionnage. Ceci explique donc cela. Ajoutez à cela l’ennui que peut provoquer ce premier chapitre et vous obtenez l’un des slashers les plus pauvres de l’histoire du film d’horreur. Pourtant à l’époque le film marcha très bien, engendrant des suites jusqu’à épuisement (New-York, l’espace). Non mais on rêve ! Heureusement que les producteurs ne se la pétaient pas trop avec leur franchise car là ça aurait été le pompon. Ensuite j’ai vu les deux premières suites et j’ai abandonné jusqu’au dernier officiel (Jason X) que je n’ai pu regarder en entier tant le taux de médiocrité avait fait pété le baromètre de bon goût ! Mais bon cela ne m’avait aucunement empêché d’apprécier le cross-over avec Freddy Krueger qui, lui au moins, a de meilleurs opus dans une franchise sensiblement supérieure (je dis sensiblement car les opus 4, 5, 6 restent assez consternants). Freddy vs. Jason date de 2003 mais j’en garde le très bon souvenir d’une bonne poilade aussi potache qu’efficace. Donc pour résumer, je n’étais pas un grand fan du fifils à sa môman qui décimait de jolies plantes car il devait se venger ainsi que sa p’tite maman. Non, aucune attraction particulière pour ce boogeyman devenu très célèbre avec les années. Michael Myers et son côté froid et statique ou Freddy Krueger et sa libido en folie m’ont toujours plus marqué. Mais un remake par le gars qui avait apposé sa patte particulière sur Massacre à la tronçonneuse, qui pouvait refuser ?
Nispel est à la base un clippeur doué qui impose un univers particulier mi sombre mi féerique avec des forêts éclairées de l’intérieur. Je pense clairement au clip qu’il avait réalisé pour Mylène Farmer, Comme j’ai mal. Sublime travail de cadre et de lumière. Mais bon, vous en avez sûrement vu d’autres vous aussi car il en a réalisé près de 250 (Cher, Bryan Adams, Mariah Carey…) et plus de 2000 pubs. Cet allemand arrivé aux Etats-Unis à l’âge de vingt ans, tout droit issu d’une école d’Art/Design était un réalisateur arty avant de se lancer dans l’horreur et le remake. Depuis le remake de Massacre… qui a beaucoup plu pour son travail de mise en scène, rendant l’histoire presque onirique, Nispel a réalisé une nouvelle adaptation de Frankenstein pour la télé et un film d’Heroic Fantasy franchement médiocre (Pathfinder). Echec que l’on doit plus à la production houleuse et au scénario anémique qu’au travail du réalisateur. Franchement on attendait Nispel dans un tout autre projet et celui de dépoussiérer Vendredi 13 devenait de plus en plus alléchant même si il ne pouvait changer de la merde en or à moins de réécrire intégralement l’histoire et de n’utiliser que les mots clés : Jason, Crystal Lake et Mrs Voorhees. Il avait donc du boulot sur la planche le bonhomme car cela n’allait pas être une mince affaire. Ecrit par le duo potache et efficace de Freddy vs. Jason, le nouveau Vendredi 13 se devait au moins de faire rire et d’être efficace. Et il l’est ! A la sortie de la projection on ne peut dire que cela.
Le reboot 2009 reprend la trame du premier (années 80) expédiée en deux minutes et en flashs puis on embraye de nos jours sur une bande de jeunes glands qui campent en pleine forêt près d’un champ de beuh. Les idiots, faut leur préciser que c’est dangereux de rester dans les environs de Crystal Camp ! Alors ça y va : ça fornique, ça fume sans aucun respect pour les habitants du lac… enfin l’habitant : Jason. Et il n’est pas content ! Très efficace, ce pré-générique reprend les codes du Jason Movie : ados stupides (enfin ados, ils ont tous la trentaine et les filles sont siliconées des cheveux aux orteils), drogue, sexe à gogo et insouciance totale mais le boogeyman le plus reaganien du cinoche refait surface plus bourru et bourrin que jamais. Pas de dérapages les jeunes sinon Jason va vous mettre un coup de machette dans les gencives ! On est en terrain connu mais pas de souci puisqu’on sent que le film est parti dans la déconnade la plus pure. Puis BAM le titre apparaît en lettres rouge sang pa pa pammm. Vous allez voir c’que vous allez voir ! De nouveaux jeunes apparaissent tous aussi cons les uns que les autres mais ces caricatures d’ados (les pouffes sexy, la pouffe romantique, le connard richissime, le rigolo et le black de service) sont uniquement crées pour faire rire et on peut dire que les scénaristes ont bien réussi leur coup tant ils sont stupides. Une seule envie taraude le spectateur : les voir tous crever dans d’atroces souffrances. Ce qui ne tarde pas à arriver ! Même l’humour voulu fat sourire. Pour exemple je pense à la scène sur le bateau où un blond décoloré crie de joie puis se prend une flèche en pleine tête le coupant ainsi dans son élan. Cette scène vaut son pesant de cacahuètes. Le scénario leur adjoint un jeune homme qui recherche sa sœur (pour le côté suspense) et hop, l’affaire est jouée ! Voilà l’intérêt de ce remake : faire sursauter avec ses scènes gore vues et revues mais diablement efficaces grâce au savoir-faire de Nispel - qui au passage en oublie ses motifs visuels qui faisaient le prix de Massacre 2003 - mais qui emballe néanmoins le tout avec maîtrise. Il y a à boire et à manger (horreur, scènes gore, nanas à poil en pagaille…) et on retrouve l’essence du premier qui devait mieux fonctionner il y a trente ans. Ce qui était mieux avant (allez la minute réac’) : les filles sexy et na-tu-relles (ahhh ces poitrines…). En définitive la version 2009 est un slasher honorable qui ne décevra que les fans hardos de Jason où ceux qui attendent trop de Nispel.