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Test "Flash Back" Leaving Las Vegas (Test DVD)
8/28/2008 6:38

USA, 1995
De Mike Figgis
Scénario : Mike Figgis
Avec Nicolas Cage, Elizabeth Shue, Julian Sands


Durée : 1h47


Ben, scénariste raté, est alcoolique. Le jour de son licenciement, il décide de partir pour Las Vegas, où les bars sont ouverts toute la nuit, pour y mourir par l'alcool. Un soir, il rencontre Sera, prostituée victime de son mac, acceptant son destin. Après maintes rencontres, Ben emménage chez Sera, où les deux co-existent, acceptant la vie de chacun, cherchant un équilibre qui jamais ne vient.


Comment classer Leaving Las Vegas? Dans la grande famille du drame, évidemment, mais il est, en dehors de cela, bien difficile de donner un genre à ce sixième film de Mike Figgis. Le film est une romance, si étrange soit-elle, il traite d'alcoolisme, de prostitution, de mort, de vies déchirées, mais aussi de Las Vegas, tout cela de manière si juste qu'il semble important de replacer ce film dans la juste mesure qui lui convient. L'auteur du livre, John O’Brien, fut en grande partie inspiré de sa propre vie de scénariste alcoolique pour écrire cette sombre descente aux enfers. Son suicide, quinze jours après la vente des droits d'adaptation, ne fit que renforcer l'intérêt pour son histoire. Mike Figgis, sortant alors de lourds échecs publics et critiques (Mister Jones, Les Leçons de la vie), entame avec ce film ce qui apparaît aujourd'hui comme un tournant symbolique. Elisabeth Shue gagnera avec ce film une reconnaissance qu'elle n'avait pas connue auparavant, dans des rôles constants de fiancée modèle (Cocktail, Back to the future 2 et 3). Nicolas Cage, malgré une renommée acquise dans des rôles marquant dans le cinéma indépendant (Arizona Junior, Red Rock West, Sailor et Lula) est lui aussi en perte de vitesse (on rappellera que Barbet Schroeder a dû se battre avec les producteurs pour l'imposer dans Kiss of Death). On peut dire que Leaving Las Vegas est en quelque sorte la pierre angulaire pour toutes ces personnes. Le film obtint quatre nominations aux Oscars, le prix du meilleur film décerné par la critique de Los Angeles, et bien d'autres prix. Nicolas Cage et Elisabeth Shue accumulèrent les prix d'interprétation (dont l'Oscar et le Golden Globe pour Cage), et la renommée, changeant leurs carrières de façon impressionnante.


Si Leaving Las Vegas devait être avant tout quelque chose, il serait une tragique, émouvante et étrange histoire d'amour, une de ces histoires invraisemblables, l'amour de deux paumés, un amour à la fois sincère et masochiste. Sera, prostituée, rencontre Ben, alcoolique. Tous deux savent qu'il n'ont pas de temps, que Ben a fait le choix de renoncer à la vie, tandis que Sera a choisi d'accepter la sienne. Ils ont ainsi la contrainte commune d'accepter le monde de l'autre, tout en sachant que cela aura une fin, acceptant leurs choix volontaires, comme décidés à en finir d'être seuls. La solitude est en effet le centre de toutes les émotions des deux personnages (Sera affirme qu'elle en a assez d'être seule, Ben veut juste passer du temps avec elle...). Aussi on comprend les efforts de Sera, cette force inaltérable, tout comme on observe la retenue de Ben, homme brisé pour qui cette femme est "son ange", tant elle lui apparaît dans ses rêves idylliques entre deux gorgées de son poison.


La justesse de Mike Figgis repose là, dans cet équilibre menacé sans arrêt par la voix de la raison. De même, en observant le jeu auquel se livre le couple, il réalise parfaitement les enjeux de ses personnages, le rejet qu'ils éprouvent l'un pour l'autre, qui se traduit par quelques scènes particulièrement dures: les cadeaux en sont un exemple particulièrement flagrant, ou le fait que Ben refuse de faire l'amour à Sera, ou que celle-ci s'efforce en permanence de faire comme si l'homme en face de lui était normal. C'est ainsi que l'on observe notre couple, entre haine et amour, rejet et attraction. Mais on observe aussi le regard des autres, dans un Las Vegas plus désolant que jamais, jugé plus que froidement par l' oeil de la caméra, que ce soit les lumières aveuglantes de la nuit ou le froid désolant du jour. "The whole year inn, the hole you're in", peut-on lire à l'entrée de l'hôtel de Ben; la ville est effrayante de jour, tant que ses rues sont vides, comme si le monde cessait d'exister; la ville est vorace de nuit, attirant les âmes perdues vers les lumières aveuglantes. Sera et Ben semblent ici dans leurs univers, couple normal le jour, redevenant des icônes de nuit, celles d'une vie ratée.


Ben l'alcoolique, particulièrement, est montré dès le début comme un homme qui a tout perdu. La première scène le montre chargeant son caddie d'alcool pour le retrouver, deux séquences plus tard, le frigo vide, affalé sur le sol, remarquant que dans sa nuit sans fin, il a perdu son alliance. Dans sa gestuelle, sa façon d'être, on devine quel genre d'homme fut Ben. En dix minutes, on découvre qu'il a perdu ses amis, qu'il a été renvoyé, qu'il n'attire autour de lui que des regards de négation, le rejet des autres (la scène où il tente de séduire une femme au bar est particulièrement évocatrice) ou la compassion de gens ignorants. On le voit également mettre fin à sa vie passée, brûler jusqu'à son identité (passeport, photos de famille), pour ne laisser qu'un vélo (qu'il a visiblement acheté en mémoire fugitive d'un enfant disparu). Mike Figgis, par l'intermédiaire de son personnage, dresse le portrait concret d'un homme qui par le vice a tout perdu, ou qui est tombé dans le vice en perdant tout. Il s’en suit une prise de conscience incroyable du quotidien assez fou de ce qu'est l'alcoolisme. Mais ne nous y trompons pas, Figgis n'appelle pas à de la compassion pour son personnage; un homme qui choisit de se donner la mort est un homme encore libre.
Et Figgis le sait, et même si par l'intermédiaire de Sera on oublie le chemin de croix de Ben, il n'en saurait finir autrement que dans la mort. La mort, Figgis la filme comme toujours de façon théâtrale (Robert downey Jr dans Pour une nuit,Stellan Skarsgaard dans Time Code, Saffron Burrows dans Mademoiselle Julie), comme un sacrifice. Si on pourra trouver dans la fin de Leaving Las Vegas une morale assez dérangeante (l'ultime coït entre les deux personnages, à la fois émouvant et pathétique), c'est dans les derniers mots de Sera qu'il faut y chercher une réponse: "On savait qu'on avait peu de temps". Sera, joué par Elisabeth shue, constitue aussi un sujet douloureux. Une prostituée qui accepte son sort, vit dans une belle résidence jusqu’à ce qu’elle soit démasquée. Une femme dont on suit le parcours chaotique, de sa séparation d’avec Yuri, son mac, violent et psychotique (Julian Sands, habitué de Figgis) à son viol collectif (scène éprouvante, où Figgis fait preuve d’une violence visuelle assez intense pour marquer le spectateur dans sa chair). Entre deux il y a Ben, et ces mystérieuses confidences (un psychiatre, une caméra…), et au delà de tout cela, il y a le destin d’une femme qui se bat pour être "normale".


Leaving Las Vegas n’avait rien pour séduire, rien de beau, rien de lumineux, juste le triste conte de deux êtres inadaptés qui cherchent à tout prix à être acceptés tels qu’ils sont, ce qui en soit est probablement le plus dur des combats. Souligné par la musique de Mike Figgis lui-même, le film écœure ou émeut selon les jugements. Il ne laisse en tout cas pas indifférent.

 

Pour résumé, un film puissant émouvant à déconseiller aux âmes sensibles et aux dépressifs




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