Elle a commencé à tourner sous l’oeil aiguisé de Larry Clark, s’est tournée vers le cinéma exigeant de Spike Lee et a su faire ses preuves dans des productions plus lourdes telles que Men In Black 2, Alexandre ou Sin CityPulpeuse, sexy, la belle brune
Rosario Dawson partage aujourd’hui la tête d’affiche avec
Will Smith dans
Sept Vies, le (gros) mélodrame signé
Gabriele Muccino. A bientôt 30 ans, la comédienne n’est pas encore très connue du grand public à la fois en raison de ses choix, plutôt tournés vers le petit cinéma indépendant américain mais également parce qu’elle a souvent été reléguée au statut de second rôle dans les grosses productions dans lesquelles elle a tourné. Ce n’est pourtant pas le talent qui manque ! Elle commence à tourner à l’âge de seize ans dans l’un des films précurseurs du cinéma indépendant américain tel que nous le connaissons aujourd’hui... il va donc sans dire que la carrière cinéma de Rosario est plutôt atypique, curieuse voire complètement illogique. Près de quarante films au compteur en moins de 15 ans. Si vous ne savez pas qui elle est, vous l’avez sûrement déjà vue quelque part... Nous vous proposons de vous rafraîchir la mémoire avec le portrait d’une comédienne fraîchement remontée contre le star-système hollywoodien et bien décidée à nous étonner.

sept vies
Tout commence avec un photographe contemporain encore inconnu dans le monde du cinéma,
Larry Clark (
Bully, Ken Park...), qui, aidé d’un jeune scénariste prénommé
Harmony Korine (
Mister Lonely,
Gummo...), décide de réaliser un film sur l’adolescence paumée du Manhattan des années 1990. Pour son casting, rien de plus simple, il cherche ses acteurs dans la rue.
Rosario Dawson est assise devant l’entrée de son immeuble, on lui demande si elle veut participer au tournage d’un film... Elle accepte. Le film choque, surprend et dans sa décadence, initie un nouveau mouvement de cinéma underground plus axé sur la réalité et les véritables problèmes d’une société à la dérive. Le film, joué par une bande de comédiens amateurs, regroupe plusieurs jeunes talents qui se confirmeront dans les années à venir.
Jon Abrahams,
Chloë Sévigny et bien entendu,
Rosario Dawson. Elle interprète Ruby, une ado entamant une relation avec le jeune Telly dont la seule et unique passion est de déflorer les vierges de son quartier. Il est atteint du virus du sida mais ne le sait pas... Sa dernière conquête, qui a contracté la maladie, fait alors tout le nécessaire pour le retrouver et ainsi éviter qu’il transmette le virus à la nouvelle cible de Telly : Ruby. Difficile d’entamer une carrière cinématographique sur un tel film sans en être marqué au fer rouge. Dans ses jeunes années, alors qu’elle n’avait jamais aspiré à devenir comédienne mais plutôt biologiste spécialisée dans la vie sous-marine,
Rosario Dawson décide néanmoins de se tourner vers le cinéma après cette invitation inattendue de
Larry Clark.

sept vies
Rosario Dawson ne perd d’ailleurs pas de temps et enchaîne directement sur un autre film majeur :
He got game, le film de
Spike Lee, où elle tourne aux côtés de
Denzel Washington,
John Turturro et
Milla Jovovich. Si les premiers films de sa carrière ne sont pas de réels succès au box-office, ils lui permettent néanmoins de tourner avec plusieurs acteurs montants ou confirmés comme
Jennifer Esposito (
Side Streets, 1998),
Forest Whitaker (
Light it up, 1999),
Julia Stiles et
Selma Blair (
Down to You, 2000),
John Leguizamo (
King of the Jungle, 2000) ou
Edward Burns (
Rencontres à Manhattan, 2001). Rosario n’a pas encore quitté New York et tourne uniquement dans des productions qui se font dans la grande pomme. Hollywood, Rosario ne connaît pas encore... Elle tourne d’ailleurs dans plusieurs projets obscurs comme
Trigger Happy de
Julian West, le premier long-métrage de
Ethan Hawke,
Chelsea Walls ou
Ash Wednesday, le second film d’Edward Burns (après Rencontres à Manhattan). Elle chérit ces petites productions par dessus tout et semble s’épanouir dans le rôle de l’actrice bien décidée à se démarquer du star-system...
C’était sans compter sur Barry Sonnenfeld et son Men In Black 2 qui, pour les besoins d’un scénario sympathique mais convenu, se devait de caster une jeune et jolie comédienne qui ferait fondre le massif Will Smith. C’est donc Rosario Dawson qui, en 2002, fait ses débuts à Hollywood dans l’une des plus grosses productions de l’année. Forcément, tout s’accélère pour l’actrice qui s’était cantonnée aux productions fauchées new-yorkaises et le tapis rouge commence alors à lui faire de l’oeil... Tout comme les faramineux salaires de la côte Ouest. Elle accepte ainsi de tourner dans le très mauvais Pluto Nash avec Eddie Murphy... Comme pour se racheter une crédibilité artistique, elle se précipite alors sur la proposition de Spike Lee de la faire tourner dans la 24 heures avant la nuit.

sincityint0
Back to New York... Elle joue le rôle de Naturelle Riviera, un nom qui lui va comme un gant, et crève l’écran par sa simplicité et par son amour pour le personnage de Monty joué par Edward Norton. Le film est une nouvelle étape dans sa carrière... Rosario est alors reconnue dans la profession comme une jeune comédienne montante. Après le très moyen film d’action Bienvenue dans la jungle aux côtés de The Rock et Seann William Scott où Rosario semble parfaitement paumée, son rôle dans Alexandre d’Oliver Stone la révèle une seconde fois au grand public. Elle fait état d’une jolie palette mais semble encore peu à l’aise dans une si grosse production. Il faudra attendre Sin City et la patte de Robert Rodriguez pour découvrir une Rosario Dawson métamorphosée, explosant sa sensualité et sa beauté pour incarner une protistuée avide de vengeance... Rosario devient une icône sexy d’Hollywood contre toute attente et dans Rent, l’adaptation sur grand écran de la comédie musicale de Broadway elle-même adaptée de La Bohème de Puccini, elle offre à sa volupté une dimension aérienne, désinvolte presque je-me’en-foutiste qui la fait passer pour le genre de comédienne qui se moque bien d’avoir l’air canon mais qui le reste quand même ! Les nerds Kevin Smith et Jason Mewes adorent ces nanas-là et décident alors d’en faire leur égérie dans Clerks 2, tout comme le gros geek Quentin Tarantino qui la choisit pour son Grindhouse : Boulevard de la mort ! Dans le rôle d’Abernathy, où elle défonce la tronche de Kurt Russell à coup de santiag, Rosario Dawson excelle et semble dire discrètement au public, « voilà qui je suis : une sacrée et dangereuse demoiselle... ». On veut bien la croire...

boulevard de la mort
D’ailleurs, la jeune actrice ne fait rien comme les autres et sentant bien que les rôles vraiment intéréssants ne tomberont pas tout cuits, décide de monter sa propre boîte de production, Trybe, avec sa Taglia Lugacy afin de tourner un film qui lui tient à coeur : Descent. Elle y interprète Maya, une jeune étudiante violée dont l’identité va complètement changer... Se terrant dans le silence la journée, elle obtient son diplôme, est embauchée dans un magasin de prêt-à-porter et évite ses collègues. La nuit, elle se transforme en danseuse de boîte de nuit, sniffant de la coke et lorsqu’elle retrouve son agresseur, elle le fait tomber dans un étrange piège... Le film, s’il n’est pas exempt de qualités, perd le spectateur par son manque de clarté dans les intentions des personnages et semble trop brouillon pour nous captiver de bout en bout. Néanmoins, Rosario Dawson y réalise une excellente composition et confirme qu’elle n’est pas encore à la botte des producteurs hollywoodiens et que son métier est bien plus qu’un gagne-pain...
Elle est également parfaite dans ses derniers films, L'oeil du mal ou Sept Vies, qui manquent néanmoins d’un peu de légèreté et d’originalité pour nous convaincre. Mais s'il y a bien quelque chose que nous ne pouvons enlever au dernier, ce sont les prestations des deux comédiens principaux, Will Smith et Rosario Dawson qui, dans un registre complexe et larmoyant, réussissent néanmoins à tirer leur épingle du jeu en proposant une interprétation sans faille, pudique et toute en retenue... La jeune comédienne américaine fait état d'une jolie sensibilité et d'un savoir-faire assez épatant en face du molosse Will Smith qui nous avait déjà prouvés dans Je suis une légende ou A la recherche du bonheur qu'il avait la larmichette facile. Ils tiennent le film de bout en bout et sauvent in extremis Sept vies de la catastrophe intégrale...

alexandre
Mais ce sont certainement ses participations aux films Killshot et Explicit Ills que nous attendons impatiemment. Le premier, qui réunit Thomas Jane, Mickey Rourke, Diane Lane et Joseph Gordon-Levitt est le nouveau long-métrage de John Madden à qui l’on doit Shakespeare in Love et semble être un polar d’excellente facture selon les premières rumeurs. Explicit Ills, quant à lui, est précédée d’une très bonne réputation après son passage dans divers festivals. Affaire à suivre également pour un certain Sin City 2, actuellement en préparation... Rosario Dawson n’est pas prête de nous lâcher la grappe et c’est tant mieux.