[DOSSIER] LE GORE AU CINEMA : 40 ANS DE BOUCHERIE - PARTIE I (Dossier)
2/23/2009 10:00
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Avertissement Lire ce qui suit peut causer des nausées, des pertes d'appétit et entraîner un malaise psychologique évident. Le lecteur veut bien noter que l'auteur se décharge de toutes responsabilités.
AVANT-PROPOS
En avril 2005, j'ai entrepris de rédiger une rétrospective sur le cinéma gore, de ses origines à nos jours. Le dossier qui en a résulté a été publié à l'époque sur DVDrama. Depuis, l'article en question a disparu de ses colonnes. Aujourd'hui, j'ai donc décidé de le publier à nouveau, avec quelques modifications, cette fois sur mon blog afin d'en assurer la pérennité.
Dans les pages qui vont suivre, les films sont parfois présentés avec moult détails, parfois sous forme d'une simple liste. En essayant d'être exhaustif, j'ai choisi des films qui me semblent emblématiques de leur genre et de leur époque, donc s'il en manque un, c'est soit un film mineur à mes yeux, soit un simple oubli de ma part. Veuillez donc m'en excuser par avance.
Par ailleurs, certains genres à part entière, comme le slasher ou le film de zombies, peuvent couvrir plusieurs décennies. C'est pourquoi j'ai pu être amené à parler de films dans une décennie donnée alors qu'ils sont sortis une décennie plus tôt ou plus tard. Dans un souci de cohérence, la date est de toute façon indiquée. J'espère cependant que tout paraîtra clair dans vos esprits.
INTRODUCTION
De ses débuts marginaux à l'orée des années 60 à sa chute dans les années 90, en passant par son apogée au cours des années 80, le gore est passé de l'état d'un jeune premier fringuant à celui de vieille star usée par ses excès. Il semble donc intéressant de retracer ce parcours hors du commun, jalonné de films qui ont marqué le cinéma de genre mais aussi de navets absolument immondes.
Pour illustrer mon propos, dans un premier temps, je vais tenter de définir le gore et d'en donner les origines. J'enchaînerai ensuite, en suivant une chronologie par décennie, sur son évolution au cinéma, enrichie d'exemples de métrages ayant brillé avec plus ou moins d'éclat dans le genre.
Alors, installez-vous confortablement, et suivez-moi dans mon enquête, au cours de laquelle, tel un Nicholas Cage dans le 8 MM de Joel Schumacher, je me suis aventuré dans les bas-fonds ténébreux et glauques du genre. J'ai déterré quelques cadavres, essuyé le vomi sur mon complet-veston et tenté de nettoyer sans succès les éclaboussures de sang sur le tapis. A moins que ce ne soit l'inverse...
 EVIL DEAD 2 : DEAD BY DAWN (1987) de Sam Raimi
LE GORE : DEFINITION ET ORIGINES
 LA NUIT DES MORTS VIVANTS (1968) de George A. Romero
Définition du mot gore Il faut d'abord savoir que le mot n'existe pas en français et est emprunté à la langue anglaise, du nom commun gore ("sang") ou encore du verbe to gore ("éventrer d'un coup de corne"). Il faut donc s'attendre à du contenu saignant ! IL est bon également de noter que le mot gore ne s'accorde pas (Ex. Des films gore).
En termes cinématographiques, le mot gore renvoie à des films du cinéma d'horreur, où les mutilations diverses et variées sont montrées dans toutes leur "splendeur", sans censure, en général en gros plans, le but étant de dégoûter le plus de spectateurs possible - et pourquoi pas les charmer aussi, pour peu qu'ils apprécient ce genre de spectacle. En matière de gore, l'imagination des scénaristes, secondée de celle des superviseurs d'effets spéciaux, est sans limite dans le domaine !
On peut donc étendre cette appellation à tout plan explicite, généreux en tripailles, sans pour autant que le film appartienne à l'horreur pure.
Le théâtre du Grand Guignol Le théâtre du Grand Guignol est le nom d'un établissement parisien ayant horrifié le bon peuple français pendant soixante longues années. Le théâtre fut fondé en 1897 par Oscar Metenier (1871-1942).
Une soirée typique au Grand Guignol se composait de 5 ou 6 petites représentations, aux sujets souvent provocateurs et suffisamment choquants pour attirer les foules en mal de sensations fortes - le répertoire s'étendant du drame criminel à suspens à des histoires de sexe. La renommée du théâtre reposait surtout sur ses pièces d'horreur et de terreur, avec décapitations, démembrements, énucléations, gorges tranchées, jets d'acide et autres joyeusetés du même tonneau - gerbes de sang arrosant le public comprises.
Au fil des ans, la direction changea - Robert Hossein lui-même fut à la tête du théâtre ! Sa réputation ne s'en trouva pas pour autant atténuée, bien au contraire, et il devint l'une des principales attractions touristiques de Paris. Au début des années 60, cependant, la formule sembla lasser le public, et en 1962, le théâtre ferma définitivement ses portes. Malgré tout, sa renommée internationale eu un profond impact sur la représentation de l'horreur et sur la genèse des effets spéciaux gore au cinéma. Même encore aujourd'hui, c'est une référence souvent citée par les réalisateurs et les experts en effets spéciaux. Des pièces du Grand Guignol sont toujours jouées dans certains théâtres.
Première incursion du gore au cinéma
La première incursion du gore au cinéma se fait dans UN CHIEN ANDALOU (1929), de Luis Buñuel, qui s'inscrit dans la mouvance surréaliste, à laquelle appartiennent aussi Eluard, Dalí, Breton ou encore Magritte. Ainsi, la fameuse scène de l'oeil tranché par un rasoir demeure encore aujourd'hui éprouvante à regarder.
Le surréalisme fut, et est encore, déterminant pour le cinéma en général, d'horreur en particulier, tout autant que le théâtre du Grand Guignol. En effet, comment ne pas penser à un tableau de Dalí à la vision de la partouze gore et organique qui clôt le film SOCIETY (Brian Yuzna, 1990) ?
Mais en petit Marty McFly facétieux, je m'avance un peu trop loin dans le temps. Commençons donc par le commencement.
LES ANNEES 60 : LES DEBUTS DU CINEMA GORE... ET LE DEBUT DES ENNUIS AVEC LA CENSURE
Le père du gore moderne : Herschell Gordon Lewis
En 1963, Herschell Gordon Lewis, ancien professeur d'anglais, signe BLOOD FEAST, dans lequel apparaissent pour la première fois à l'écran des chairs mutilées en gros plan, dont une scène particulièrement dégueulasse d'arrachage de langue à la tenaille. Bien que le réalisateur lui-même qualifie son travail d'"accident de la nature", le succès est au rendez-vous et ouvre la brèche à d'autres films aux titres évocateurs.
Sentant le bon filon, Lewis ne s'arrête pas là et signe 2000 MANIACS (1964), COLOR ME BLOOD RED (1965), A TASTE OF BLOOD et GRUESOME TWOSOME (1967) et SHE-DEVILS ON WHEELS (1968), suivis de deux autres films dans la décennie suivante - THE WIZARD OF GORE (1970) et GORE GORE GIRLS (1972) - avant que le monsieur ne prenne sa retraite... jusqu'en 2002, date à laquelle il réalise BLOOD FEAST 2 : ALL U CAN EAT.
Cependant, le travail de [b]Lewis[/b] donne des sueurs froides aux censeurs. Ces derniers le jugent décadent, obscène et tout simplement horrible, le condamnant à ne pas être distribué via les circuits traditionnels, sous peine de coupures sévères. Le père du cinéma gore n'a donc pas d'autres choix que de distribuer ses films lui-même. Il crée pour cela sa propre salle de cinéma pour les diffuser ainsi que d'autres oeuvres dans le même ton, tous dignes héritiers du Grand Guignol.
Malgré les démêlés avec la censure, le travail de Lewis ouvre la voie à d'autres réalisateurs. C'est ainsi qu'en 1967 se fait remarquer un court-métrage intitulé THE BIG SHAVE et signé par un jeune réalisateur au talent prometteur du nom de Martin Scorcese - on y découvre un homme qui, comme le titre semble le suggérer, se rase d'un peu trop près - tandis qu'en 1968 sort sur les écrans américains le film d'un certain George Andrew Romero, LA NUIT DES MORTS-VIVANTS. Cannibalisme, matricide à la truelle, démembrements, cadavres putréfiés errant dans la campagne, crânes explosés, le film de Romero ne recule devant rien pour révulser le spectateur. Contre toute attente - les censeurs de l'époque doivent encore en avoir des frissons s'ils sont toujours de ce monde - le film est un succès et demeure encore aujourd'hui LA référence du film de morts-vivants.
La révolution gore est en marche alors qu'une nouvelle décennie arrive...
A SUIVRE : LES ANNES 70 : LE SUCCES FACE A LA CENSURE
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