VENDREDI 13
(Friday the 13th)
de Marcus Nispel (2009)
avec Jared Padalecki, Derek Mears, Amanda Righetti, Danielle Panabaker, Travis Van Winkle, Aaron Yoo, Julianna Guill, Arlen Escarpeta, Willa Ford, Ryan Hansen, Jonathan Sadowski, America Olivo
Une rumeur plane au-dessus des eaux de Crystal Lake : la mère d'un jeune handicapé nommé Jason, noyé lors d'une colonie de vacances, serait revenue pour accomplir sa vengeance contre les moniteurs. Assassinée, c'est bientôt son fils, revenu d'entre les morts, qui reprend le flambeau et décime quiconque s'aventurera du côté du lac ...
Dans la logique implacable de Hollywood de tout vouloir "remaker" il était évident que la série des Vendredi 13 y passerait tôt ou tard tant Jason Voorhees est une véritable icône de l'horreur de l'autre côté de l'Atlantique. Fort de leur succès commercial (100 m de $ de recette sur le sol américain) et en partie artistique du remake de Massacre à la Tronçonneuse, le duo Bay/Nispel se charge donc de redonner un nouveau départ à cette saga née en 1980 sous la houlette de Sean S. Cunningham.
Ce qui s'annonçait à priori comme une bonne nouvelle, n'est en fait qu'une très grosse déception. Loin d'avoir réussi à retranscrire dans ce remake le même respect de l'original comme lors de celui du film de Tobe Hooper, ce Vendredi 13 est clairement destiné à un public adolescent ne connaissant pas ou peu les volets originaux de la série.
Ce remake reste malgré tout un très honnête slasher, respectant scrupuleusement le cahier des charges ou presque (les meurtres ne possèdent pas le moindre instant de tension et sont très peu impressionnants surtout vis à vis des autres production horrifiques sorties ces dernières années).
Les jeunes adolescents/adultes sont comme à l'accoutumé, soit intéressés par le sexe, soit par le mélange alcool drogue, soit par les deux.
Les personnages sont caricaturaux au possible et tous les poncifs du genre sont bien présents. Si c'est dans la tradition de la série de manquer de finesse et bien dans ce film les stéréotypes sont encore plus criants et à une exception prêt on devine qui restera vivant à la fin du métrage.
Certains passages sont assez drôles (celui du jeune asiatique avec une crosse de hockey dans la main qui tombe nez à nez avec Jason et qui lui propose gentillement son objet) mais dans l'ensemble ça ne vole pas très haut quand ils ne tombent pas carrément à plat.
Marcus Nispel sait filmer ses décors parfois vraiment magnifiques et trouve quelques bonnes idées pour faire avancer son métrage sans que son rythme ne vienne à faiblir. Le film est scindé en deux d'où le titre du film qui n'apparaît que au bout de 20/25 minutes de projection.
Le réalisateur respecte les différents code du genre, nous offrant des passages où la caméra subjective produit un bel effet, filme son tueur de façon presque "trop" élégante et se permet même une introduction assez réussie avec une scène bien construite et probablement l'unique passage semblant faire partie cette saga horrifique.
Car là où le film est un échec terrible, voir consternant pour tout fan, c'est que Marcus Nispel nous offre autre chose que ce à quoi on pouvait légitimement s'attendre : un Vendredi 13 !
Bien que le film pullule de référence, clin d'œil ou autres scènes directement lés à la série originale, son tueur n'est pas Jason Voorhees.
Si dans le remake de Massacre à la Tronçonneuse ses personnages restaient assez proche de ceux de l'original avec quelques divergences ou rajouts positifs (le shérif) en conservant l'esprit du film, ici on est très très loin du compte.
Son nouveau Jason Voorhees est trop éloigné de celui crée dans le second volet et très peu développé par la série originale. Mais un élément important semblait pourtant évident : Jason Voorhees est un tueur implacable, déciment sans aucune forme de réflexion tout être vivant (lapins et chiens y compris) s'approchant de son territoire, monstre bestial sans la moindre compassion qui au fil des épisodes était devenu un être presque mythique autant lié à la réalité qu'au monde du phantasme.
Dans ce remake le duo Nispel/Bay nous donne leur propre version, leur point de vue qui est complètement différent et qui au final change complètement le comportement et la nature même du tueur de Cristal Lake.
Pour eux Jason Voorhees est une un chasseur masqué qui installe des pièges à loup, séquestre ces victimes, prend son temps pour tuer (la scène du sac de couchage et du piège à loup), fait des bonds et cavale après ces proies, construit tout un système de galeries souterraines avec des "alarmes" dans la forêt pour retrouver les fuyards.
A force de vouloir redonner une nouvelle image à leur tueur, une nouvelle conception de ce qu'est un Vendredi 13, le duo nous offre autre chose que ce à quoi nous étions en droit d'attendre. Un simple slasher, assez bon malgré tout, mais certainement pas un nouvel épisode du tueur de Cristal Lake.
De plus comme l'avait fait précédemment Rob Zombie avec sa version de Halloween, la première partie qui explique les origines et les raisons des meurtres de Jason est une belle réussite dans ses tout premiers instants mais dès que le tueur masqué fait son apparition et tue sa première victime le film bascule hors des sentiers codifiés de la série.
Le film oscille constamment entre références tirées des anciens volets (le bus du sixième épisode fait un retour inattendu, certains décors identiques au film original, plusieurs meurtres déjà vus, etc...) et (mauvaises) idées nouvelles destinées à rajeunir la saga.
D'ailleurs si le film ne portait pas ce titre, on aurait facilement imaginé qu'il n'était qu'un slasher efficace s'inspirant de la saga "Jasonienne" tout comme l'était par exemple The Burning dans les années 80.
Mais dès lors que le métrage nous présente son tueur au masque de hockey ayant pour nom Jason, qu'il ouvre sur la mort de Miss Voorhees et qu'il se déroule sur le site de Cristal Lake il déçoit et frustre tout fan de la série.
Le plus étonnant est l'histoire qui nous est proposée pour remake du premier volet.
Passées les 20 premières minutes où le scénario s'attarde sur les deux premières histoires, le reste n'est en fait qu'une presque copie du quatrième volet, Chapitre Final. Hormis la famille habitant près du lac, dont le fils sera le véritable tueur de Jason "humain", tout le reste est bien présent : frère recherchant sa sœur, fête dans une maison où Jason viendra s'amuser à sa façon, déroulement de l'intrigue quasi identique sauf son final. Et là on s'enfonce presque dans la parodie avec cette fin qui est d'une bêtise désarmante et qui ne possède aucune logique, sauf celle de vouloir se rapprocher in-extremis des deux premiers épisodes de la série.
Autre phénomène pour le moins déroutant, est la facilité avec laquelle tous ces jeunes réussissent à trouver la maison où se terre le tueur alors que la police lors de sa longue enquête liée aux nombreuses disparitions n'a pu réussir à découvrir quoi que ce soit.
Au final ce remake est un slasher tout à fait correct, qui probablement gagnera en violence et en meurtres sanglants dans une version"uncut" lors de sa sortie dvd, fâcheuse et injustifiée (artistiquement pas financièrement) mode depuis quelques temps, qui plaira très certainement aux novices de la saga, à ceux qui n'y portaient que très peu d'intérêt, mais qui laissera aux vrais fan un arrière goût très désagréable devant ce qui n'est finalement l'un des pire épisodes de cette série suscitant une véritable déception qui risque de condamner à jamais ce qu'était l'esprit de la saga.
Le Vendredi 13 de Marcus Nispel et Michael Bay n'est tout simplement pas un Vendredi 13...