Anne Athaway Vs. Kate Hudson (3 critiques) (Critique Cin�ma)
Les Passagers (Passengers) *
Rachel se marie (Rachel getting Married) * * *
La Copine de mon meilleur ami (My best friend’s girl) * *
Usa – 2008 – TriStar/Sony/Lions Gate – 93mns/113 mns/101 mns (unrated 112 mns)
Réalisés par Rodrigo Garcia / Jonathan Demme / Howard Deutch
Avec Anne Hataway, Patrick Wilson, Dianne Wiest… /Anne Hataway, Rosemarie DeWitt, Debra Winger… /Dane Cook, Kate Hudson, Jason Biggs, Alec Baldwin…
Sorties : 11 mars / 15 avril / 9 septembre 2009
Anne Versus Kate : La guerre continue…
Nous retrouvons les délicieuses Anne Hataway et Kate Hudson quelques semaines après leur petite guerre entre amies consentantes (le fort drôle Bride Wars). Honneur est fait à Anne qui a deux films sur le point de sortir en France face à la comédie avec Miss Hudson qui, d’après le calendrier des distributeurs français, ne fera son apparition qu’en septembre ! Si ça vous tente, le film est déjà disponible en import. Mais commençons par le commencement shall we ?
Dans le premier film Anne Hataway interprète Claire, une thérapeute qui doit aider les survivants d’une catastrophe aérienne. Elle se bute à un mur avec un homme qui tente de la séduire. Tout d’abord très pro, elle va peu à peu tomber sous son charme. Tandis qu’avance l’enquête, les passagers disparaissent mystérieusement et Claire soupçonne la compagnie de les faire disparaître pour étouffer l’affaire. Sur un postulat de départ intéressant Rodrigo Garcia, auteur du poignant Ce que je sais d’elle… d’un simple regard et du plus inégal Nine Lives, réalisateur de séries (Six Feet Under, Big Love…), se retrouve aux commandes d’un thriller codifié jusqu’à la moelle. Ecrite par Ronnie Christensen, spécialisé dans le téléfilm, cette histoire déjà vue où le rebondissement final se devine au bout de vingt minutes (moins pour les plus perspicaces) est une réelle déception. Tout le travail de lumière et de réalisation qui donne au film une ambiance plutôt mystérieuse est vite écrasé par son scénario pachydermique. Entre alors en jeu le charme et la qualité de jeu de Miss Hataway. N’y allons pas par quatre chemins : elle porte le film sur ses frêles épaules. Si on suit cette histoire très lambda de thriller balourd, c’est uniquement grâce à elle. Bien secondée par Patrick Wilson (Le fantôme de l’Opéra, Harcelés), Dianne Wiest (Hannah et ses sœurs) et David Morse (La Ligne Verte, Dancer in the Dark), elle donne réellement à croire à son personnage qui s’enfonce peu à peu dans l’irrationel. Avec aplomb la jeune femme tient le film du début à la fin. Sinon RAS, attendez le film à la télé, sa réelle place. Vite vu, vite zappé. Espérons retrouver Garcia dans des projets plus ambitieux, plus dans la veine de ses premiers films. Espérons aussi que le scénariste reste à la télé.
Deuxième proposition de cinéma, beaucoup plus intéressante celle là : Rachel se marie. Réalisé par Jonathan Demme, Rachel se marie est la nouvelle fiction (quatre après le très réussi remake de Manchurian Candidate) du réalisateur Oscarisé en 1991 pour son chef d’œuvre Le Silence des Agneaux. Cet originaire de New York est un cinéaste autant passionné par la fiction que par le documentaire (qui occupe une bonne partie de son temps). Oncle de Ted Demme (réalisateur talentueux de Blow, décédé en 2002), père de trois enfants, ce réalisateur de 65 ans a toujours été pour moi insaisissable. Il peut autant être dans la rigueur formelle visuellement splendide (Le Silence des Agneaux), le classicisme de très bonne facture (Philadelphia), le baroque visuel moite (l’étrange et non moins passionnant Beloved) ou être passionné par le réalisme des documentaires. Un auteur en dents de scie qui a connu son heure de gloire durant les années 90 et qui n’a jamais retrouvé de sa superbe d’antan. Il s’est fait deux remakes coup sur coup avec le grotesque mais rigolo La Vérité sur Charlie (relecture de Charade) et l’énergique nouvelle version d’Un crime dans la tête avec Denzel Washington, qui d’ailleurs l’a réhabilité aux yeux de pas mal de monde dans la sphère cinéphilique. Mais rien à faire ce réalisateur m’intrigue par ses choix artistiques qui changent selon l’œuvre. Ici il utilise les codes du documentaire (caméra vidéo portée à l’épaule ou en steady, découpage un peu brut de décoffrage…) pour raconter l’histoire d’une famille rongée par les rancœurs et les névroses. C’est le grand chambardement dans la vie de Rachel (Rosemarie DeWitt, brillante) : elle se marie. Ce qu’elle attend avec moins d’impatience par contre et plus d’anxiété c’est le retour de sa sœur cadette Kym (Anne Hataway). Cette dernière sort de rehab et n’est pas totalement remise de ses névroses énormes que l’on imagine aisément issues de gros traumas d’enfance ou d’adolescence. Kym est borderline. Elle est tout le temps agitée, tente tant bien que mal de masquer sa peine et débarque au mariage de sa sœur comme un tank dans le jardin d’un pavillon de banlieue. On sent dès le départ, avec cette caméra instable qui suit tous ses mouvements, que quelque chose va craquer. Mais quand ? Comment ?
Anne Hataway prouve ici, une fois encore, qu’elle excelle dans son métier de comédienne. Cette actrice radieuse de 26 ans, démontre qu’elle peut tout jouer et il serait tant qu’elle soit récompensée pour son travail et non pour ses choix de rôles. Prenez un exemple, Hataway a été découverte par le monde entier dans Princesse malgré elle en 2001. Depuis, elle a joué dans une petite dizaine de films et n’a jamais été nommée pour ses rôles comiques. Pourtant ils étaient la preuve de son talent avant ce rôle plus noir. Bride Wars où elle excelle dans l’interprétation d’une jeune instit coincos et romantique qui se transforme en harpie dégénérée prête à tout pour réussir son mariage ou encore en assistante souffre douleur de Meryl Streep dans Devil wears Prada, prouvent l’étendue de son énergie, de sa cinégénie et de ses qualités de composition. Oui mais ces deux rôles ne lui ont offert ni nomination ni récompense. Dans Rachel se marie, dès les premières scènes on se dit tiens voilà un rôle qui va lui rapporter beaucoup en terme de nominations et qui va peut-être séduire les votants des Oscars. Pas loupé : une névrosée anciennement junkie, filmé sous tous les angles, les moins avantageux de préférence (en train d’uriner, d’ailleurs ce plan ne sert à rien dans le film, vous jugerez par vous-mêmes, ou dans des états lamentables…) et hop le tour est joué : 12 nominations pour Hataway dont 4 récompenses raflées. Alors oui sa prestation est formidable mais reste logique face à son travail de comédienne. Et en cela les récompenses ne servent pas à saluer un talent particulier sur un film donné mais à récompenser un artiste dans un rôle qui attire l’attention de ces cérémonies là. C’est assez triste et peu réflecteur du travail des comédiens. Ce n’est pas la peine de développer plus car je pense que beaucoup pensent comme moi de ce système franchement limité. Un seul exemple qui fera ouvrir les yeux à ceux qui ne voient pas où je veux en venir : Johnny Depp. Beaucoup de rôles formidables, d’interprétations démentes et le sieur Depp n’a jamais reçu la statuette sacrée. CQFD.
Retour au film de Demme. Ici, comme dans la plupart de son œuvre, l’attraction majeure est sa direction d’acteurs : parfaite. Les relations entre les deux sœurs et leurs parents séparés sont infiniment bien campées. Le scénario de Jenny Lumet, même si il n’évite pas les lieux communs du drame familial lourdaud (méga trauma, émotions enfouies), arrive à rendre justice aux acteurs grâce aux dialogues ciselés, aux moments de tensions qui n’ont pas l’air de s’apaiser scène après scène. Face à Hataway, pleine de contradictions, de sensibilité exacerbée, on retrouve Rosemarie DeWitt, la sœurette de Tara de la brillante série signée Diablo Cody avec Toni Colette en mère aux multiples personnalités (The United States of Tara). Elle compose avec ce personnage de Rachel, une jeune femme heureuse, stable mais pleine de rancœur face à sa jeune sœur car elle a reçu moins d’attention qu’elle. Leurs plaies sont toujours à vif mais le film leur permet de soigner certaines blessures (la scène poignante de confrontation entre Kym et Rachel face à leur père effondré vers les deux-tiers du métrage). Leur duo porte le film de Demme, qui signe le film de sa caméra épaule tendue qui annonce à tout moment l’explosion violente de sentiments contrariés. On est en terrain connu (Festen, Pardonnez-moi pour ne citer que les plus récents) : celui du film de règlements de comptes en famille. Rien de bien neuf mais exécuté avec talent. Et l’émotion finit par percer grâce à cette volonté de réalisme. Rachel se marie se déguste comme un bon petit vin. Pas bien novateur mais rendant justice aux talents de ses comédiens et à la qualité de ses thèmes. Sur un sujet assez proche (deux sœurs et le mariage de l’une d’entre elles, évènement catalyseur de névroses toujours vivantes) on pense à Margot at the wedding de Noah Baumbach (2007).
Anne, avec ces deux rôles aux antipodes, assure donc la relève des Nicole Kidman et autres Naomi Watts. En thérapeute bien sous tous rapports ou en bad girl, ancienne junkie, elle assure. De plus hier soir, à la cérémonie des Oscars, elle exécuta un pas de danse mi drolatique mi glamour, poussant la chansonnette avec Hugh Jackman sur une parodie de Frost/Nixon avec autant de fraîcheur que de talent. Consciente qu’elle ne décrocherait pas la statuette (attribuée à Kate Winslet qui se les rafle toutes depuis des semaines pour The Reader ou Revolutionary Road), elle garda un sourire et une bonne humeur à toute épreuve. La classe en somme !

Sa cops de cinéma se retrouve quant-à-elle à l’affiche de La Copine de mon meilleur ami. Pas un chef d’œuvre du cinéma ni même un film subtil et léger mais une comédie us. grasse et graveleuse qui réussit le tour de force de se concentrer sur son personnage principal : un connard de première.
Interprété par Dane Cook, assez méconnu en France, le rôle de Tank est un vrai bonheur pour un acteur tant le personnage est à la fois charismatique et mufle. Pour moi la découverte de ce comique hilarant ne s’est pas faite de la meilleure des façons qu’il soit. Dans Mr Brooks, complètement à côté de son rôle, il m’avait totalement horripilé. Puis avec London ou Waiting, il m’était apparu dans de meilleurs jours. Ici il porte cette petite comédie sentimentale. Il interprète le meilleur ami de Jason Biggs. Très porté sur les coups vite faits bien faits, Tank ne s’embarrasse pas de sentimentalisme idiot dans sa vie où son boulot consiste à sortir avec les ex de ses potes qui le rémunèrent pour les effrayer afin qu’elles se remettent en couple avec eux. La première scène est croustillante à souhait. Il ramène une jeune femme devant sa porte et se montre plus que grossier pour arriver à se glisser dans le lit de la donzelle. Elle lui explique en dix points tout ce qu’il ne fallait pas faire lors d’un premier rendez-vous. Et ces dix points sont hilarants. Rien de plus grossier mais Cook s’y montre brillant accentuant le trait à chaque scène. Son petit business fonctionne bien jusqu’au jour où son meilleur ami l’engage pour effrayer sa belle (Kate Hudson). Il s’avère que celle-ci n’est pas insensible à son réel charme caché sous ses manières vulgaires. S’en suit une comédie romantique plus comique que romantique de facture assez prévisible qui vaut essentiellement pour le portrait de ce connard de première classe (qui finira par se racheter…sniff) et ses seconds couteaux biens choisis : Biggs, dans son rôle de crétin maladroit et complexé, reste toujours aussi hilarant (la scène du rasage accidentel de ses sourcils reste un moment très délectable) ; la sexy et grande gueule Lizzi Caplan (True Blood, Mean Girls) en meilleure amie amatrice de godes ; Alec Baldwin en père très porté sur le sexe et last but not least la copine du titre en question, Kate Hudson, qui prouve que même si on ne mène pas une carrière « à récompense », on peut toujours être une excellente actrice. Bientôt à l’affiche du très attendu Nine, Hudson irradie cette comédie simple mais efficace qui vous tirera plus d’un rire.